Une vague de chaleur dévastatrice sévit en ce moment en Europe. Les records de températures ont été largement dépassés. Le nombre de morts commence à croître et n’est pas sans rappeler la canicule européenne de 2003 qui avait tué entre 30 000 et 50 000 personnes selon la plupart des estimations. L’Organisation Météorologique Mondiale avait tweeté vendredi 28 juin :

Pour la première fois dans l’histoire, la #France voit des températures au-dessus de 45°C. Villevieille a enregistré 45,1°C cet après-midi à 14h59, battant le précédent record de 44,3°C obtenu seulement une heure auparavant, par @meteofrance #heatwave #climatechange


Selon les météorologistes de Weather.com, une zone anticyclonique au-dessus de l’Europe est le facteur « météo » responsable de la canicule. Le temps qu’il fait est en partie gouverné par fluctuation des masses d’air dans l’atmosphère. Il affiche une variabilité naturelle et quotidienne. Un « barrage routier » atmosphérique, en quelque sorte, est responsable de fontes record du côté du Groenland et est également en train d’altérer les tendances globales mentionnées plus haut, causant ainsi une chaleur extrême en Europe. D’aucuns dérouleront le récit prévisible selon lequel les canicules sont un fait naturel. C’est le cas. Cependant, un nombre croissant d’ouvrages scientifiques et notre bon sens nous indiquent que quelque chose d’autre se trame également.  

John Knox, professeur de sciences atmosphériques à l’Université de Géorgie (États-Unis) a mis au point l’une des analogies les plus convaincantes et transparentes pour expliquer pourquoi un signal anthropique du changement climatique est de plus en plus associé à des événements tels que la canicule européenne. Knox écrit :

Le précédent record pour le pays était de 44,1°C (111,4 °F), en raison de la canicule mortelle de 2003 en Europe. En bref, la France vient tout juste de battre sa plus haute température de 3 degrés Fahrenheit. C’est beaucoup. Comme avec les records de 100 mètres en secondes, les records nationaux de température devraient être battus en dixièmes, voire centièmes – pas en valeurs entières. S’il s’agissait d’athlétisme, un nouveau record de cette ampleur susciterait des suspicions immédiates de dopage. Le coureur est rapide, mais il ou elle n’est en aucun cas aussi rapide.  

Par ailleurs, un tweet sagace de @robsobs souligne, « Remarquez qu’au moins 12 autres “coureurs’’ ont également battu le record précédent, et tout ceci a eu lieu avant la période de pointe habituelle. »

Bien entendu, il existe toujours le petit groupe très bruyant qui ressort des arguments bateaux et non pertinent dont les véritables climatologistes ont conscience ou qu’ils ont considérés depuis longtemps. Par exemple, certaines personnes estiment qu’il n’est pas bien grave d’avoir une canicule pendant l’été. Le professeur Knox en convient, mais il fait remarquer que l’été en France, bien que pouvant s’avérer chaud, ne devrait pas l’être à ce point, et certainement pas aussi tôt. De plus, de véritables scientifiques du climat ont évalué la mesure dans laquelle les extrêmes événements contemporains sont liés au changement climatique. Précédemment dans Forbes, il a été fait le résumé suivant du rapport 2016 de la National Academy of Science sur l’attribution :

La certitude est la plus forte pour les événement extrêmes relatifs aux aspects de la température (par exemple une extrême chaleur et un manque d’événements de froid extrême). La science de l’attribution est relativement jeune, mais elle a progressé rapidement. Le panel d’experts de la National Academy a noté que l’attribution est la plus fiable quand il existe des principes physiques solides, des preuves d’observation cohérentes, et la capacité de modèles numériques à reproduire l’événement. Ces « trois pieds du tabouret » ont été utilisé comme références pour évaluer la certitude.

Le graphique ci-dessous montre qu’il y a une très grande certitude que  « l’empreinte du changement climatique » est étalée sur toute la génération actuelle de canicules sur Terre. De nombreuses études affirment que le nombre de canicules augmente (et continuera à augmenter) en fréquence ou en intensité tandis que le climat change. Une étude de 2018 parue dans Environmental Research Letters est parvenue à la conclusion que, dans 571 villes :

  • Le nombre de jours de canicule augmente dans les scénarios de climat futur, particulièrement dans le sud de l’Europe.
  • Les plus grandes augmentations de températures caniculaires se trouvent en Europe centrale.

 

Une autre théorie climatique zombie (quelque chose qui revient sans cesse malgré le fait que les scientifiques l’ont réfutée depuis longtemps) circulant sur Internet est que tous les chiffres sont faux, car les thermomètres se trouvent dans des villes ou proche du bitume. Vous rencontrerez typiquement une image choisie d’un thermomètre proche d’une route ou d’un bâtiment. Cette théorie peut paraître particulièrement amusante, car on peut imaginer que les climatologistes sont assez intelligents pour connaître les effets urbains sur les températures.

La présente canicule est très dangereuse. La combinaison de records de températures maximales et minimales est un double coup dur pour les humains. De hautes températures nocturnes sont particulièrement dangereuses pour les populations vulnérables telles que les personnes âgées, les enfants, ou les personnes sans accès à une climatisation suffisante.

En conclusion, il paraît intéressant de noter qu’il n’a pas une fois été fait mention dans cet article d’un ours polaire ou de l’année 2080. Le changement climatique est un problème immédiat.