Le télétravail, une réalité encore nouvelle aujourd’hui, suscite des réactions mitigées de la part des employés du monde entier. Certains adorent la liberté et l’absence de trajet, d’autres regrettent les bureaux confortables et le manque de relations sociales. Quoiqu’il en soit, tout le monde s’accorde sur un point : le télétravail peut créer un cycle de travail permanent, 24h/24.


 

Ce phénomène est devenu si extrême que, dans certains pays, le législateur a dû intervenir. Début novembre, le Portugal a, à son tour, rejoint la liste des pays imposant des limites aux employeurs en matière de télétravail.

Le 5 novembre, le Parlement portugais a approuvé plusieurs amendements à la législation du travail du pays. Ces amendements interdisent aux cadres d’entreprises de 10 employés ou plus de contacter leurs équipes pour des questions relevant du travail en dehors des heures normales de travail. Si les cadres ne respectent pas cette mesure, leur entreprise risque une amende. Cette nouvelle réglementation portugaise met également en place de nouvelles mesures :

  • Les entreprises doivent participer à la prise en charge de certaines dépenses liées au télétravail, telles que les factures d’électricité et d’internet.
  • Les parents d’enfants de moins de huit ans ont le droit de travailler depuis leur domicile sans avoir à prendre de dispositions préalables avec leur employeur.
  • Les entreprises doivent organiser des réunions physiques tous les deux mois pour lutter contre la solitude et préserver le capital social.

 

Le Portugal n’est pas le seul pays à mettre en place des limites au télétravail. En février dernier, le Parlement européen a demandé que le « droit à la déconnexion » soit reconnu comme un droit fondamental au sein de l’Union européenne. La France, l’Italie et l’Espagne ont déjà légiféré sur la question, à différents niveaux. En Allemagne, les employés peuvent négocier ce droit à la déconnexion avec leur entreprise. Des pays comme la Slovaquie et l’Irlande ont pris des mesures dans ce sens, tandis que les discussions se poursuivent au Canada et aux Pays-Bas.

Dans certains cas, poser des limites est nécessaire pour éviter toute dérive. Avec la technologie, les employeurs peuvent s’attendre à ce que leurs employés soient joignables à tout moment. Or, le manque de pause au travail compromet la productivité et le bonheur des employés. En outre, le stress engendré par un cycle de travail sans fin est l’un des principaux facteurs de démission.

 

Pas de limites, pas d’employés ?

Certaines personnes choisissent de quitter le marché du travail, ou rêvent de le faire, en raison de l’absence de limites au respect de la vie privée engendrée par le télétravail durant la pandémie. Sandra Knowles, cadre supérieure dans le secteur bancaire en Australie, a récemment déclaré à News.com.au que lorsqu’elle a démissionné de son emploi, elle a eu l’impression de quitter une relation abusive, car son employeur attendait qu’elle soit disponible 24h/24. « J’ai travaillé 60 à 70 heures par semaine pendant trois mois et je n’ai pas du tout été récompensée ou reconnue pour cela », a-t-elle déclaré.

Sandra Knowles n’est pas la seule. Quelque 4,3 millions de personnes aux États-Unis ont quitté leur emploi au cours du seul mois d’août, selon une enquête sur les ouvertures d’emploi et la rotation du personnel.

 

Fixer des limites : l’approche DIY

Les nouvelles réglementations sur le droit à la déconnexion et les discussions qui les entourent témoignent de la reconnaissance croissante de l’importance de limites. Cependant, de nombreux pays ne posent pas de limites, ce qui signifie que vous devez être en mesure de le faire vous-même. Les limites vous aident à vous élever et à prospérer dans le monde de l’entreprise, et à éviter l’épuisement professionnel.

Il vaut mieux fixer de bonnes limites que de se laisser déborder au point de quitter le monde du travail. Voici trois façons de profiter de l’élan actuel pour établir de meilleures limites au travail :

 

1. Fixer des limites sur les outils de communication au sein de l’entreprise

Si vous dirigez une équipe et que vous constatez que les outils de communication de l’entreprise empiètent sur le temps de travail de l’équipe, établissez des lignes directrices et donnez l’exemple. Par exemple, vous pourriez établir une règle selon laquelle aucun message lié au travail ne peut être envoyé avant midi ou après 18 heures. Réservez ce temps pour une réflexion approfondie. Si quelqu’un a une question, demandez-lui d’attendre pour la poser ou, mieux encore, voyez s’il peut la résoudre sans interrompre les autres.

 

2. Si le travail empiète sur votre vie personnelle, prévoyez du temps pour vous durant votre journée de travail

Lorsque vous travaillez avec des partenaires situés dans différents pays, il est normal que le travail s’étende jusqu’à la nuit ou qu’elle commence très tôt. Il faut s’adapter à ce genre de situation pour pouvoir communiquer avec des collègues situés sur différents fuseaux horaires. Cependant, où que vous travailliez, lorsque certaines parties de votre travail doivent être effectuées en dehors des heures normales de bureau, prévoyez en contrepartie du temps pour votre vie personnelle. Si vous avez une réunion tard le soir, prenez le temps de faire de l’exercice ou de vous occuper d’autres tâches personnelles entre neuf et cinq heures. Fixer des limites en réservant du temps pour sa vie personnelle est une compétence importante pour toute personne travaillant dans un environnement virtuel ou hybride.

 

3. Communiquez vos limites tout en montrant votre désir de collaboration et d’excellence

Si votre travail vous oblige à travailler en dehors des heures normales, fixez des limites personnelles et faites-les connaître tout en soulignant votre approche collaborative et votre désir de bien faire. Vous pourriez par exemple dire : « Ces réunions tardives menacent ma productivité le lendemain. Je veux vraiment m’assurer que je donne le meilleur de moi-même ». Proposez ensuite une solution : « Établissons des priorités. Choisissez la réunion la plus importante à laquelle je dois assister chaque semaine, je me rendrai à celle-là et je commencerai plus tard le lendemain ». Ou encore : « Cela ne me dérange pas de commencer les réunions à six heures du matin une fois par semaine, mais je ne peux pas le faire tous les jours. Laissez-moi déléguer les autres réunions à quelqu’un d’autre de mon équipe, qui pourra également en tirer des enseignements ».

 

Article traduit de Forbes US – Auteure : Aliza Knox

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