Porté aux nues durant la seconde moitié du XXe siècle, le fameux « modèle suédois » de l’Etat Providence a, semble-t-il, vécu. L’ayant réduit, avec une certaine habileté, à portion congrue, la Suède a « changé de registre » et érigé un nouveau modèle… à destination des start-up locales qui disposent de conditions idoines pour s’épanouir et devenir des « licornes », ces sociétés valorisées à plus d’un milliard de dollars. Une source d’inspiration pour la « Start-up Nation » qu’Emmanuel Macron appelle de ses vœux. 

Suède 7 – France 3. Non, il ne s’agit pas de résultat d’un match de Coupe du monde de football opposant les Bleus aux « Blagult » (bleu et or) mais du nombre de « licornes » – ces start-up non cotées dont la valorisation dépasse le milliard de dollars – que chaque pays abrite en son sein. Rapporté à sa population de 10 millions d’habitants, le contingent de licornes suédoises est le plus important, juste derrière l’indéboulonnable Silicon Valley. De son côté, la France reste à la traîne de son homologue scandinave avec « seulement » 3 licornes et se trouve également devancée par son voisin d’outre-Rhin qui en compte aussi 7. Même sur ce terrain, le couple franco-allemand brille par son déséquilibre. Parmi ces réussites françaises, le spécialiste du covoiturage Blablacar, Critéo ou encore Vente Privée. Si l’on se réfère à la définition stricto sensu de la licorne, l’hébergeur OVH d’Octave Klaba n’intègre pas ce cercle très fermé car l’entreprise a vu le jour avant l’an 2000 (en 1999). 


En dépit de ces contingences comptables, une chose est certaine : l’Europe est loin du compte par rapport aux Etats-Unis et la Chine qui font office de puissances régnantes en la matière. Ainsi, 41% des licornes sont américaines tandis que 37% d’entre elles battent pavillon chinois. En matière de potentiel « Titan » – sociétés cotées ou non, créées après 2000, dont la valorisation atteint les 50 milliards de dollars – le Vieux Continent n’entrevoit pas l’ombre d’un espoir. Même Spotify, récemment cotée en Bourse, devrait espérer quadrupler ses revenus pour intégrer ce « saint des saints » qui est très clairement un mirage aujourd’hui.  Pourtant, le service de streaming scandinave peut faire office de modèle pour un écosystème français, certes en progression, mais néanmoins encore un peu « tendre » pour jouer dans la cour des grands.

La Suède, un « terreau fertile » 

La Suède, peut-être encore davantage que la France à l’heure actuelle, est un terreau particulièrement fertile pour toute entreprise désireuse de croître à vitesse grand V. Du point de vue réglementaire – l’une des pommes de discorde de notre modèle français en l’état -, le royaume brille par son agilité… et un taux d’imposition sur les sociétés ayant fondu à 22% contre 58% aux prémices des années 1990. Autres indicateurs révélateurs de la volonté suédoise de faire la part belle à ces géants en devenir, Stockholm consacre 3,2% de son PIB en R&D (contre 2,25% en France) et le pays est également dans le Top 10 mondial en termes de brevets déposés. Une volonté d’innover tous azimuts. 

Une agilité enviée et admirée par pléthore d’entrepreneurs français, notamment Alain Thébault, cofondateur de SeaBubbles, qui développe des « véhicules futuristes » destinés à « voler » au-dessus des eaux et qui a rencontré de nombreuses difficultés dans son développement imputables aux lourdeurs administratives françaises. « En Suède tout va plus vite.  J’admire ‘l’énergie positive’ et la volonté de cette nation de s’affranchir des pesanteurs administratives pour encourager l’innovation et la prise de risque », nous expliquait le maître d’oeuvre de la start-up… dont le cofondateur, Anders Bringdal,… est suédois. 

Quid des TPE et ETI ? 

Pour autant, n’existe-t-il pas une « alternative » à cette sempiternelle course aux licornes et autres « compétitions » entre pays européens ? C’est en tout cas l’avis de Nicolas Hazard, fondateur de l’INCO, qui s’exprimait dans nos colonnes il y a quelques mois. « Pour moi ce n’est pas le problème principal même si moult observateurs déplorent, en effet, le manque de licornes dans l’Hexagone. Il convient d’abord de réfléchir au « modèle » d’entreprise que nous souhaitons. Si une licorne, certes valorisée à un milliard, ne crée pas d’emploi et n’apporte rien à l’économie française, si ce n’est le prestige d’en posséder une en France, où sont l’intérêt et la plus-value ? »

Et de dérouler son raisonnement. « Ce qui m’intéresse davantage c’est que nous investissions dans des entreprises, en l’occurrence des start-up, qui ont un fort potentiel de croissance et de création de richesses sur le territoire.  Plutôt que maximiser le nombre de licornes, je préfère largement que nous mettions en exergue les entreprises, notamment les TPE et les ETI, qui peuvent, à terme, avoir l’impact économique le plus important sur la société française ».  De judicieux conseils et sources d’inspiration qui feront peut-être qu’au-delà des mots et autres slogans, la France deviendra réellement une « Start-up Nation ».