Peu en cours malgré pléthore d’applications aussi célèbres que Android Pay, Apple Pay ou encore Square pour ne citer que les plus célèbres, le paiement mobile pâtit encore de la complexité de son usage. Mais avec Snapay, la jeune entrepreneure américaine Elise Moussa tente de tordre le coup à cette idée reçue en proposant un produit épuré et facile d’accès.

4,5 milliards. Soit le nombre de personnes aux quatre coins de la planète qui sont les – heureux – possesseurs d’un téléphone portable. Une « manne » ou une clientèle potentielle considérable à l’heure où le marché des applications est en effervescence. Pourtant, concernant plus spécifiquement les transactions mobiles, le constat est accablant. Seul 1% des possesseurs de smartphone ont recours à cette manière de régler leurs achats (la proportion grimpe toutefois à 12% en Afrique). Trop lourd, trop contraignant. De facto, seuls les utilisateurs d’iPhone peuvent utiliser Apple Pay tandis que les téléphones équipés d’Android bénéficient de son équivalent, Android Pay. Désireuse de ressouder un « marché fragmenté », mais également de s’adresser aux 2 milliards de personnes dépourvues d’un compte bancaire – mais qui possèdent un téléphone – afin de les « introduire » via Snapay dans « l’univers » des transactions mobiles, Elise Moussa, jeune entrepreneure a décidé de remédier à cela en posant les jalons d’une application utilisable sur n’importe quel support et ainsi s’adjoindre « le meilleur des deux géants ».

Baptisée Snapay, celle-ci se veut un condensé des bienfaits de toutes les applications susnommées en une seule avec en toile de fond la simplicité d’utilisation. Comment dès lors a germé cette idée dans l’esprit de sa fondatrice ? Comme chaque coup de maître, Elise Moussa s’est évertuée à recueillir les fruits de sa propre expérience. « J’étais en vacances au Liban où je rendais visite à ma famille pour les fêtes de Noël en 2012. Pendant une sortie shopping, j’avais laissé ma carte bancaire à la maison et le responsable du magasin a refusé de prendre le dernier billet de 100 dollars que j’avais sur moi. J’ai donc dû, après moult péripéties, trouver une agence de change pour obtenir des livres libanaises », narre Elise Moussa. C’est à ce moment-là que lui vient l’idée de proposer un service de paiement mobile permettant de régler ses achats et ainsi s’affranchir, au passage, des contraintes de la conversion monétaire. Snapay est sur rampe de lancement.

Un parcours semé d’embûches

Une incursion dans l’univers aseptisé et (encore) confiné des fintech qui s’apparente à un presque saut dans l’inconnu pour la jeune entrepreneure. Originaire de Boston et ayant grandi aux confins des brumes du Massachussetts, la jeune Elise, avant l’expérience Snapay, jouissait déjà d’une petite cote dans le cénacle entrepreneurial de la côte est où elle avait lancé une première start-up baptisée « Whatisbe » qui proposait des questionnaires en ligne et chaque questionnaire rempli permettait l’obtention de points convertibles en argent afin de financer ses études. « Education is the most important thing » avait coutume de lui répéter son père emporté par un cancer alors qu’Elise n’était âgée que de quinze ans. Armée de ce mantra couplé à une volonté de fer, Elise s’évertue à matérialiser le postulat paternel, elle qui se destinait à embrasser la carrière d’avocate spécialisée dans les droits de l’homme. Mais les affres de la vie vont malheureusement vite la rattraper. Après un accident, sa mère n’est plus en état de subvenir aux besoins de la famille et la jeune femme n’a d’autres alternatives que de cesser ses études, alors qu’elle poursuivait une maîtrise, pour se mettre au travail.

Mais une lueur suffit à faire fondre les ténèbres. Evoluant, avant la fondation de sa première start-up, dans l’univers bancaire, Elise Moussa va se retrouver face à un choix cornélien quand une grande banque va lui faire un pont d’or. Deux possibilités s’offrent à elle : rejoindre cette grande institution et assurer ainsi son avenir financier ou concrétiser ses propres rêves en montant sa structure. « Ma mère m’a dit qu’il était désormais temps que je pense à moi après plusieurs années à supporter notre famille. Je suis donc retourné à l’école, à la Harvard Graduate School of Education, pour peaufiner l’idée de mon premier projet ». Et d’ajouter « Je lui en serai toujours reconnaissante, elle m’a toujours soutenue ». Avec, toujours en ligne de mire, le fameux adage répété à l’envi par son père. Nous sommes alors en 2011 et le marché des EdTech n’est pas encore suffisamment mature et Whatisbe aura donc du mal à trouver son modèle.

La fusée Snapay débarque en France

Mais Elise Moussa n’est pas femme à renoncer si facilement et décide donc, ce fameux soir de Noël 2012, de se lancer dans l’aventure Snapay avec pour objectif de démocratiser l’usage du paiement mobile. Pendant quatre ans, aux côtés d’ingénieurs, elle va patiemment dessiner les contours de l’application. « C’est simple et sécurisé. Il y a simplement besoin d’une connexion internet, d’un appareil photo et d’un compte bancaire directement relié à l’appli », précise Elise. En effet, nul besoin « d’hardware » ou  d’un petit accessoire supplémentaire, comme c’est le cas notamment pour Square, pour utiliser l’application. Snapay se subdivise d’ailleurs en deux applications : l’une à destination des clients, l’autre dévolue aux enseignes type magasins et restaurants. « La caissière ou la serveuse entre la somme à payer sur Snapay, ce qui génère un QR Code. Moi, en tant que client, je « scanne » ce QR Code et l’addition est directement débitée de mon compte bancaire ». Un paiement « mobile to mobile », comme le dépeint la CEO de Snapay

Avec ce système, les « marchands » n’auront pas à débourser chaque mois une commission pour des terminaux de paiement et autres « machine à carte bleue » voués, selon Elise Moussa, à disparaître à terme, car obsolètes. Objectif avoué de l’entrepreneure : rendre, à la manière d’un Facebook, les gens financièrement connectés. Pour atteindre cela, Elise Moussa bénéficie de l’appui « d’une grande banque européenne » dont elle se refuse, pour le moment, à dévoiler le nom et qui, si elle a déjà travaillé sur la problématique des paiements mobiles, s’intéresse, pour la première fois, à la technologie « mobile to mobile ». Mais qui, pour la première fois se lance sur le segment des solutions de paiements mobiles. L’application est téléchargeable, notamment sur Android et iOs, depuis le 22 avril dernier, date à laquelle Snapay a été officiellement lancé simultanément dans 50 pays, parmi lesquels la France et les Etats-Unis. Deux nations chères au cœur de sa fondatrice.

« Fierté d’appartenir à l’écosystème français »

C’est d’ailleurs étreinte d’émotion, mais radieuse, qu’Elise Moussa s’est exprimée, dans la foulée de ce lancement, devant la fédération française des inventeurs (FFI) ainsi qu’Europe France Inventeurs au sein du laboratoire Gustave Eiffel niché dans une rue discrète du XVIe arrondissement. « C’est un grand honneur pour moi, en tant qu’Américaine, de m’adresser à vous dans ce temple de l’innovation où Gustave Eiffel a œuvré à la création de la Tour Eiffel mais également de la Statue de la Liberté », déclare-t-elle devant une assemblée toute acquise à sa cause. Et de déclamer son amour de Paris et de la France.

« Il y a tellement d’énergie positive en France et je sens également énormément de talent en ce qui concerne le vivier de femmes entrepreneures », souligne Elise Moussa, conquise par la diversité des profils et des projets au sein de l’écosystème français. « En France, tout est très connecté à l’Europe, en tant qu’entrepreneure on se sent capable ‘d’attaquer’ tout le continent via Paris », ajoute-elle. D’ailleurs où installera-t-elle ses bureaux ? « Nous étudions plusieurs possibilités. Mais j’aimerai beaucoup que nous puissions avoir la chance de nous installer à Station F ». Armée de sa volonté et de son sourire angélique, Elise Moussa fourmille de projets pour son application. « Pourquoi pas prochainement utiliser Snapay pour acheter des tickets de métro par exemple ? », ajoute-elle de sa voix chantante et douce. Les ténèbres ont définitivement laissé la place à la lumière.