Fondée en 2009 par un ancien de Facebook, Quora permet de poser des questions et de trouver ou donner des réponses sur presque n’importe quel sujet. Après une phase de test, le site sera accessible à tous les francophones fin avril. La communauté n’est pas anonyme et note les réponses en fonction de leur pertinence. Le paradis de la sérendipité.

« Les énergies renouvelables peuvent-elles réellement subvenir aux besoins énergétiques de la planète ? ». « Faut-il un troisième tour à l’élection présidentielle ? ». « L’Union européenne survivra-t-elle aux dix prochaines années ? » Voilà quelques-unes des questions posées par des internautes sur le site Quora, version française. Une version test jusqu’à la fin du mois d’avril.

Fondée en 2009 par Adam D’Angelo, ancien directeur technique de Facebook, la plate-forme fonctionne comme un immense forum où l’internaute qui souhaite s’inscrire gratuitement peut poser une question ou y répondre. Dans les réponses, certains donnent simplement leur avis, d’autres réagissent aux commentaires déjà laissés ou simplement sautent de page en page, poussés par la curiosité. Un bonheur de sérendipité, cette activité qui consiste à trouver autre chose que ce que l’on était venu chercher.

Des contenus différents en français
Le site est déjà disponible en anglais et en espagnol. « Nous voulons qu’un maximum de personnes aient accès à la plate-forme », indique Adam D’Angelo. « Or, tout le monde ne parle pas anglais. » Avec 280 millions de francophones dans le monde, Quora s’ouvre à une communauté potentiellement nombreuse et très diverse, dont certains membres utilisaient déjà la version anglophone.

En français, les contenus sont et seront différents. Selon Adam D’Angelo, « les questions posées par un Français vont être plus pertinentes pour des personnes qui vivent en France. » Exemple du moment pour étayer cette affirmation : les nombreuses interrogations autour de la campagne pour l’élection présidentielle. L’ancien de Facebook en est persuadé, « chaque culture est différente et nous avons déjà constaté avec la version beta en français qu’il y a beaucoup d’experts en politique, en science et en éducation qui partagent leur savoir. »

Une communauté qui s’autorégule
En 2016, Quora affichait 100 millions de visiteurs uniques par mois dans le monde. La raison du succès ? La possibilité de trouver à peu près toutes les réponses aux questions qu’un internaute peut se poser. « Je veux que Quora soit le meilleur endroit pour partager des connaissances », souhaite Adam D’Angelo. Contrairement à Wikipedia, le site n’exige pas de ses auteurs qu’ils indiquent leurs sources. C’est à la communauté de s’autoréguler. Les membres sont invités à laisser des commentaires, mais surtout à noter les réponses. Toutefois, les intervenants n’ont pas tous la même valeur. Quora ne donne pas le même poids à la réponse d’un citoyen lambda et à celle d’un expert. C’est pourquoi, Adam D’Angelo compte bien avoir « le plus d’experts possible ». Ces experts sont cependant autoproclamés, puisque la plate-forme fait le pari de croire l’internaute quand il indique sur sa mini-biographie être plombier, historien, ou scientifique.

Certaines réponses sont amusantes en mode « joke coming », comme dans cette réponse à la question « Why is French literature better ?« , d’autres superficielles de type « je pense que ça dépend de vos goûts », voire teintées de préjugés. Ne pas remettre en cause le terme de « successful » pour parler de la colonisation américaine est par exemple critiquable en soi. A partir de quel moment l’internaute n’est-il pas orienté ? En se posant en expert, donc en sachant, les internautes venus chercher une réponse pourraient avoir tendance à adhérer sans remettre en cause la réponse donnée.

Un espace respectueux
« La qualité des réponses est primordiale », insiste le fondateur. Outre l’autorégulation de la communauté, la plate-forme dispose de deux outils efficaces : un système de modération qui permet d’exclure un membre au moindre dérapage ou proposer de l’aide (par exemple sous la question « How can i die without pain ? » des numéros de prévention contre le suicide sont proposés), et l’obligation de s’inscrire en son nom et en indiquant une courte biographie. Pas d’anonymat possible sur Quora. « Les gens mettent en avant leur propre réputation », souligne Adam D’Angelo. Impossible de dire n’importe quoi, sous peine de se griller « in real life ». Sauf à créer une fausse identité. Ce cas de figure est improbable sur Quora où les internautes sont particulièrement respectueux, et c’est une autre raison de son succès.

« Be nice, be respectful ». La devise de Quora annonce la couleur. « Sur le site, il n’y a pas de harcèlement ou d’attaque », assure l’ancien de Facebook. « Les gens et les échanges restent civils. » Selon Adam D’Angelo, le fait de donner son nom, de se présenter jouent beaucoup dans cette cordialité. « Les gens savent qu’ici on se comporte bien, insiste-t-il. Donc ils se comportent bien à leur tour. » Quora corrrespond peut-être à la plus haute idée qu’on puisse se faire d’internet à en croire des journalistes de Slate et Rue89 qui avaient déjà déclaré leur amour à la plate-forme. Quora ne doit peut-être pas être considéré comme une encyclopédie, mais comme un immense et infini forum dans lequel piocher des inspirations plus que des réponses toutes faites.