Conceptrice de robots agricoles, la société toulousaine Naïo Technologies, fer de lance de l’AgTech hexagonale, a terminé l’année 2017 avec une levée de fonds de 2 millions d’euros et embrasse 2018 sous les meilleurs auspices.

« La robotique agricole en marche ». Si la formule, largement éculée depuis la campagne victorieuse d’Emmanuel Macron, peut s’avérer un brin suranné, force est de constater qu’elle épouse néanmoins parfaitement le dessein de la start-up Naïo Technologies de moderniser l’agriculture française. Un secteur longtemps cantonné à des pratiques d’un autre temps mais qui retrouve littéralement une seconde jeunesse grâce à des initiatives prometteuses et ambitieuses. Une « cure de jouvence » à laquelle contribue, avec d’autres, Naïo Technologies grâce notamment à trois innovations qui ont fait sa renommée en France et bientôt – c’est l’un des objectifs de la levée de fonds –  au-delà de nos frontières puisqu’elle espère prochainement commercialiser ses modèles hors de France.


Pour rappel, la jeune pousse mise sur orbite dès 2011 par deux ingénieurs en robotique, en l’occurrence Gaëtan Séverac et Aymeric Barthès, compte actuellement 80 appareils autonomes en exploitation dans le monde. Un « escadron » qui place la petite entreprise – qui a tout de même enregistré un chiffre d’affaires 2017 supérieur à 1,5 million d’euros –  parmi les leaders mondiaux de la robotique agricole. Une jolie prouesse. Une réussite incarnée par les trois « modèles » et ambassadeurs du savoir-faire de la société toulousaine. Premier de cordée, en 2013, le robot « OZ » destiné au désherbage mécanique pour les petits maraîchers et dont le succès a permis à la start-up de poursuivre sa marche en avant. Trois ans plus tard, c’est « Dino », exclusivement dévolu au désherbage industriel, qui vient récompenser les efforts de Naio Technologies.

« Continuer à produire localement »

Enfin, en 2017, c’est au tour de « Ted », robot viticole de « débouler » dans le paysage avec un premier exemplaire, comme le rappelle Reuters, acquis par le château Clerc Milon, l’un des domaines Baron Philippe de Rothschild. De quoi alimenter certains poncifs comme celui, toujours très en vogue, arguant que les « machines volent le travail des humains ? ». Une thèse battue en brèche par Aymeric Barthès, dans des propos toujours rapportés par Reuters. « Face à la crise agricole, nos robots de désherbage mécanique, sans herbicide, permettent aux agriculteurs de baisser leurs coûts pour continuer à produire localement. Et au final, on s’aperçoit que la main d’œuvre n’est pas remplacée mais utilisée pour des tâches ‘plus nobles’ comme valoriser les cultures et améliorer la commercialisation ». De quoi tordre le cou à toutes ces idées reçues.

Mais Naïo Technologies nourrit de grandes ambitions, notamment à l’international comme évoqué en préambule. Doublant chaque année son chiffre d’affaires depuis 2013, date de  la mise sur le marché de son premier robot, la start-up a donc achevé l’année 2017 par une levée de fonds de 2 millions d’euros. Une « manne » nécessaire à la commercialisation de ses modèles à l’international. Ainsi, la jeune pousse, qui emploie 26 salariés, ambitionne, avec ce nouveau tour de table, le quatrième de son histoire, de financer son développement industriel et commercial. Objectif avoué : la vente de 70 robots en 2018 pour un chiffre d’affaires « multiplié par deux » à hauteur de 3 millions d’euros. En l’état, Naïo Technologies réalise 80% de ses ventes en France mais la société toulousaine a trouvé, en fin d’année, un distributeur au Japon pour couvrir l’ensemble du Pays du Soleil Levant.

De nouveaux partenaires

La société toulousaine, avec cette levée de fonds, a également « élargi » son board. Si les « investisseurs historiques » que sont la plateforme de financement participatif toulousaine Wiseed, qui a « remis au pot » à hauteur de 200 000 euros, ainsi que les sociétés de capital-risque Capagro et Demeter Ventures (800 000 euros chacune), la start-up a accueilli deux nouveaux investisseurs. Il s’agit du groupe vitivinicole Oeneo, détenu en partie par la famille Hériard-Dubreuil, et la société américaine Pro Drones Investments qui ont tous les deux « injecté » 100 000 euros. Par voie de conséquence, leurs dirigeants, Nicolas Hériard-Dubreuil, DG d’Oeno, et son cousin, Vivien Hériard-Dubreuil, président de Pro Drones Investments intègrent le conseil d’administration de Naïo. Mais les deux cofondateurs, Gaëtan Séverac et Aymeric Barthès, conservent chacun 10% du capital de l’entreprise. Avec ces « nouveaux entrants », Naïo Technologies a toutes les cartes en main pour atteindre ses nouveaux objectifs. Celui de placer la France sur la carte de l’AgTech est d’ores et déjà rempli.