Orchestrée par Ametix depuis maintenant quatre ans, la nouvelle édition du concours du meilleur développeur de France prend ses quartiers ce mardi à Station F. Objectif de cet événement : donner ses lettres de noblesse à une profession qui souffre encore d’un déficit d’image, comme l’explique, pour Forbes France, Vincent Klingbeil, confondateur d’Ametix et maître d’œuvre de ce projet.

Le concours du meilleur développeur de France fête ce mardi sa cinquième édition. Pouvez-vous revenir sur la genèse de ce projet mis en branle par Ametix, dont vous êtes l’un des trois cofondateurs ?

Il s’agit ni plus ni moins du plus grand « hackathon » de code d’Europe. Un millier de développeurs sont attendus pour participer à une épreuve pratique de programmation et d’algorithmique. Le principe est résolument simple : chaque concurrent doit résoudre un problème avant de passer à l’étape supérieure, les difficultés allant, de facto, crescendo.  Ainsi, le premier développeur qui réussit à braver toutes ces « embûches » accède à la finale avec, en ligne de mire, la perspective de remporter le titre honorifique de meilleur développeur de France auquel s’ajoute un chèque de 10 000 euros remis par Nathalie Collin, directrice générale adjointe de La Poste en charge du numérique. Comme vous l’évoquez, il s’agit de la cinquième édition, les trois premières ayant été organisées à l’école 42 (établissement d’autoformation en informatique financé par Xavier Niel, ndlr) tandis que le dernier concours en date s’est déroulé au théâtre de Paris et chez Criteo. Et cette année, c’est avec un plaisir non dissimulé que le concours du meilleur développeur de France prend place à Station F qui symbolise, à notre sens, la continuité de l’école 42, en matière de valeurs et de mérite. Ce sera d’ailleurs le premier événement d’envergure depuis l’ouverture de l’incubateur à la fin du mois de juin dernier.

Sur quels critères ont été sélectionnés les candidats désireux de décrocher le titre de meilleur développeur de France ?

Le concours est, bien évidemment, ouvert à toutes et à tous même si nous conseillons tout de même aux aspirants au titre de meilleur de développeur de France de savoir coder. Plusieurs entreprises partenaires nous envoient également des délégations de développeurs. Citons pêle-mêle La Poste, Société Générale, Docapost, Carrefour.  Mais il est également possible de s’inscrire en indépendant, énormément de freelances ayant déjà concouru les années précédentes. A ce sujet, l’équilibre est parfaitement respecté puisque ces deux populations représentent chacune la moitié du contingent total de candidats. Mais l’événement en lui-même ne peut pas simplement se « résumer » à ce concours de code. Il s’agit d’un événement digital complet avec énormément de conférences, des start-up qui vont venir pitcher, des grands groupes qui disposeront de stands pour présenter leurs activités respectives. Cet événement est, avant tout, une grande fête du numérique puisque 80% des visiteurs ne sont pas développeurs. Mais, concernant ces derniers, nous sommes chaque année victimes de notre succès puisque nous avons plus de 2 000 développeurs sur liste d’attente. Car il est résolument compliqué, d’un point de vue logistique, de faire coder 3 000 personnes en même temps.

Cette initiative répond-t-elle à une volonté de mettre en lumière l’apport et la plus-value du développeur au sein d’une entreprise ?

Totalement. Aujourd’hui, le développeur français souffre d’un manque de considération par rapport à son homologue américain. Il est encore considéré comme une fonction support alors qu’il a la lourde tâche de bâtir l’autoroute de l’information. Ce qu’il réussit avec une certaine maestria. Le développeur est la clé de voûte de la réussite d’une transformation digitale et de tout projet digital. Nous souhaitions donc particulièrement mettre en avant cette profession.  La transformation digitale est érigée  au rang de « première priorité » par l’ensemble des grands groupes du CAC 40 et elle ne pourrait prendre corps sans l’apport des développeurs. Ce concours permet ainsi de mettre en valeur cette profession et lui offrir la reconnaissance qu’elle mérite car beaucoup de personnes, au sein même de l’entreprise, ont une totale méconnaissance de leur travail. Un « technique » est capable de faire le travail du « fonctionnel » quand la réciproque est loin d’être vraie.  Aux Etats-Unis, un développeur avec trois ans d’expérience peut gagner entre 150 000 et 180 000 dollars par an. Ce concours va donc également permettre aux entreprises désireuses de dénicher les meilleurs talents de travailler leur « marque employeur ».  Ce qui est l’une des raisons de la réussite de cet événement.

Dans l’inconscient collectif, le métier de développeur est essentiellement l’apanage des hommes. Qu’en est-il réellement au regard de votre expérience ? Avez-vous pu constater une évolution des profils depuis la première mouture de l’événement ?

Il y a, malheureusement, moins de 10% de femmes qui seront présentes, ce mardi, à Station F en qualité de « développeuses », et nous le déplorons. Néanmoins, nous avons profité de l’occasion avec Oliver Ezratty, blogueur influent, pour mettre en place une conférence et une table ronde avec pour thématique « Comment attirer les femmes dans les métiers de l’IT et du développement ? ». Chaque année, nous proposons des initiatives de ce type pour tenter de remédier à cela et inverser la tendance même si, à mon sens, le problème vient de plus loin. Notamment dès l’école d’ingénieur, par exemple, où les femmes sont largement minoritaires. Nous essayons, à notre échelle, de comprendre ce phénomène pour améliorer les choses.

Les lauréats des précédentes éditions ont-ils, grâce à cette exposition, pu bénéficier de nouvelles perspectives professionnelles ?

Nous avons plein d’exemples et d’anecdotes révélatrices à ce sujet. Pas plus tard que la semaine dernière, nous avons reçu un message d’un ancien développeur, qui était arrivé sixième du concours il y a deux ans, nous demandant de certifier son « classement » qui lui a permis de décrocher un visa pour partir travailler aux Etats-Unis. Pour le reste, les meilleurs sont effectivement convoités par les grands groupes. Citons l’exemple du gagnant de la première édition qui n’était que stagiaire au sein d’une grosse structure et qui s’est vu, après sa victoire, proposer un contrat au sein de ladite structure. Autre anecdote plutôt cocasse, nous travaillons avec un partenaire, Isograd, qui s’occupe davantage de la partie logistique et dont le site a été hacké, l’année dernière, par des développeurs désireux de se procurer les sujets du concours à l’avance. Mais tout est rapidement rentré dans l’ordre. Cette année, aucun problème de ce genre à déplorer et tous les développeurs sont prêts à en découdre pour tenter de décrocher ce précieux sésame. Et ainsi, peut-être, voir leur vie professionnelle changer ou s’améliorer grandement.