C’est en l’an 2000 que Frédéric Jousset décide de lancer Webhelp avec Olivier Duha, entreprise spécialisée dans l’externalisation de la gestion de la relation client. Si leur bébé appartient désormais à 55 % au fonds américain KKR, Frédéric Jousset peut se targuer d’être à la tête d’une entreprise qui dépasse le milliard de chiffre d’affaires et emploie plus de 40 000 collaborateurs dans 32 pays. [Entretien]

Julie Galeski : Quand on a co-fondé une entreprise qui réalise 1 milliard d’euros de CA, on peut considérer qu’on a trouvé un sens à sa vie ?


Frédéric Jousset :

Réussir dans la vie n’est pas réussir sa vie… De ce point de vue, un chiffre ne résout pas comme par magie la quête de sens, question qui n’a jamais eu de réponse définitive. Je me pose en permanence la question de l’utilité et de l’impact de mon action, tant à titre personnel que professionnelle. 

J.G : Cet argent justement, vous l’investissez dans d’autres entreprises.

F.J : Je distingue les investissements à but lucratif des activités de pur mécénat. Dans le domaine start-up, je suis business angel dans des activités très variées, des VTC au Big Data, des skis à l’hôtellerie… Dans le non-profit, je me concentre essentiellement sur la démocratisation culturelle et le soutien à la création artistique, en tant que mécène Louvre ou Palais de Tokyo. Mais l’intérêt particulier rejoint souvent l’intérêt général : quand je finance Big Mamma ou le CAB, je participe au dynamisme et à l’attractivité de Paris…

J.G : Comment choisissez vous les entreprises dans lesquelles vous investissez ?

F.J : Je regarde essentiellement deux critères : en priorité, la qualité et la complémentarité de l’équipe des fondateurs. Je privilégie en général une équipe plutôt qu’un fondateur. Règle numéro deux : l’attractivité et la taille du marché visé… Trop souvent le marché est trop étroit ou intègre des hypothèses de croissance irréalistes. 

J.G : Monter sa start-up, c’est un peu le Graal pour les nouvelles générations, vous avez un conseil à leur donner pour réussir ?

F.J : Je pense que pour obtenir de bons résultats, l’une des premières choses à intégrer est de s’entourer de talents. Il ne faut pas avoir peur d’embaucher des gens meilleurs que soi, c’est comme ça qu’on fait grandir une entreprise. Ensuite, il faut savoir les garder. Le mot d’ordre reste l’empathie. C’est très facile d’obtenir de la performance sur une courte durée, mais si vous n’avez pas d’empathie, vous fabriquez du burn-out.

Mon second conseil serait de lever le maximum possible au premier tour. Par expérience, on a plus de chance de réussir avec un seed supérieur à un M d’euros. On doit tout de suite commercer à rechercher de l’argent après la première levée alors que les résultats ne sont pas encore là.

J.G : Entrepreneur à succès, mécène et même, paraît-il, Colonel de réserve dans l’armée de l’air… combien avez-vous de vies ?

F.J : [rires] Je suis obsédé par l’idée de ne pas avoir de regrets dans la vie. J’aime découvrir de nouvelles choses en permanence. Pour l’anecdote, quand j’avais 16 ans, j’ai fait un pari avec mon meilleur ami, celui de visiter tous les pays du monde. J’en suis à 109 sur 204 !

J.G : Quelle est votre philosophie de vie ?

F.J : J’essaye d’être toujours en éveil, ici vous m’interviewez et j’observe le mobilier autour de nous. J’y vois une certaine inspiration pour nos futures salles de réunions. 

Par Julie Galeski