Le recours aux ICO (initial coin offerings) semble perdre de l’ampleur. La SEC (Securities and exchange commission) a récemment accusé les fondateurs d’une ICO bien connue, Centra, de fraude. Telegram pourrait alors annuler sa vente publique de tokens après avoir levé seulement 2 milliards de dollars (1,65 milliards d’euros) de fonds privés. Certains des principaux investisseurs de cryptomonnaies déconseillent d’avoir recours aux ICO.

« La grande majorité des projets que je vois, n’ont absolument pas besoin d’ICO », explique Linda Xie, cofondatrice de Scalar Capital, une société de gestion de placement basée à San Francisco. « Certains projets se prêtent à merveille à la vente de tokens, mais ce n’est qu’une minorité ».

Si une plateforme crypto n’a pas besoin de vendre de tokens pour fonctionner normalement, Linda Xie conseille d’avoir recours à une levée de fonds propres, c’est la méthode traditionnelle du capital risque. Elle reconnaît que ce modèle ne correspond pas tout à fait à l’esprit crypto, mais « il y a des réglementations et il faut les respecter. Je pense que les ICO représentent un excellent modèle, mais il y a eu des abus et nous sommes actuellement dans l’expectative quant aux réglementations ».

Chris Burniske, coauteur de l’ouvrage Cryptoassests et associé de la société de capital risque Placeholder, a récemment exprimé un point de vue similaire lors du podcast de Laura Shin Unconfirmed : « Nous orientons actuellement nos clients vers d’autres solutions que les ICO, ou tout du moins, ce que l’on entendait par ICO en 2017. Je pense que le contexte de réglementation soulève plusieurs questions à lui seul. De plus, il est évident que tous les actifs vendus avant la mise en place du réseau deviendront des titres ». Tout ce que la SEC reconnaît comme étant un titre doit répondre aux réglementations.

Selon Token Report, en mars, les ICO ont ratissé 1,2 milliards de dollars (971 millions d’euros), soit 25 % de moins qu’en février. Cela reste une belle somme, mais d’autres indices sur le marché laissent penser à un ralentissement de cette pratique. Les sociétés de capital risque souhaitent obtenir un droit de véto sur les futures ventes de tokens lorsqu’elles investissent dans des startups crypto.

Arianna Simpson, directrice générale de la société d’investissements cryptos Autonomous Partners, ne décourage pas les entrepreneurs d’avoir recours aux ICO. En revanche, elle met en doute les sommes d’argent considérables collectées par certains projets. Certaines dépassent des centaines de millions de dollars, voire même plus du milliard en vente de tokens, notamment pour Filecoin, Tezos et EOSIO : « Les levées de fonds devraient se faire dans le temps, au fur et à mesure du développement de l’entreprise, et non d’un seul coup. Ces entreprises se rendront compte qu’elles auraient mieux fait de progresser lentement lorsque la SEC va leur tomber dessus ».

Kyle Samani, directeur associé de Multicoin Capital, n’a rien contre le recours aux ICO : « J’encourage les équipes à respecter les réglementations. Nous avons passé énormément de temps à débattre avec les régulateurs et les juristes et nous pensons réellement que les futures mesures ne seront pas trop draconiennes ». Kyle Samani, ainsi que Linda Xie, pensent que la SEC donnera des directives réglementaires concernant les ICO avant la fin de l’année.

Joey Krug, codirecteur des investissements de Pantera Capital, explique que la politique de sa société n’a pas changé depuis l’année dernière en ce qui concerne les ICO et que ce moyen de lever des fonds est tout à fait conseillé pour certains projets. Mais il reconnaît, comme Arianna Simpson, que les grosses ICO ne sont pas recommandées : « Leur retour n’est pas si satisfaisant. Surtout parce que ce type d’entreprises ne sont pas comme Amazon avec ses centaines de milliers d’employés. Par exemple, l’Ethereum Foundation n’emploie qu’une quarantaine de personnes ».

Il déconseille également d’allouer une partie des fonds de l’ICO à la création d’un fonds de capital risque pour proposer des produits en plus de la plateforme de cryptomonnaies : « c’est comme une distraction ». De plus, cela voudrait dire que la plateforme utilise l’argent récolté à d’autres fins que ce pourquoi les investisseurs avaient signé au départ.