Mise sur orbite dès la fin de l’année et sagement couvée au sein de l’incubateur parisien The Family, la jeune pousse Bitit œuvre à rendre accessible le Bitcoin au plus grand nombre. Via un dispositif savamment étudié, la start-up  permet à tout un chacun, avec une facilité d’usage déconcertante, de s’offrir, comme sur n’importe quelle plateforme de e-commerce traditionnelle, de la cryptomonnaie.

« Le Bitcoin va faire aux banques ce qu’Amazon a fait aux petits commerçants ». Si cette prophétie aurait pu prêter à sourire il y a quelques mois, force est de constater, au regard de l’irrésistible  ascension de la reine des crypto-monnaies qui a dépassé cette semaine les 17 000 dollars, que la « plaisanterie » est terminée. Le Bitcoin s’est fait une place au soleil et est d’ailleurs considéré « officiellement » depuis ce lundi et sa cotation à la Bourse de Chicago comme un actif à part entière, au même titre que le pétrole, l’or ou toute autre devise traditionnelle. Loin de surfer sur la vague, la start-up parisienne Bitit œuvre depuis maintenant deux ans à la démocratisation du Bitcoin en mettant à disposition une plateforme, dont la nouvelle mouture a été dévoilée ce jeudi avec , outre le Bitcoin, un accès à l’Ethereum, avant prochainement le Litecoin ou encore le Bitcoin Cash.  Ainsi « Monsieur et Madame tout le monde » disposent toute latitude pour acheter du Bitcoin en quelques clics, selon les canons éprouvés du site de e-commerce standard.


Et surtout sans recourir à des plateformes réservées aux professionnels qui brillent par leur complexité, surtout pour un simple « achat » de crypto-monnaie d’un montant de 25 euros. « Si le Bitcoin est la monnaie d’internet, tout reste à faire en matière d’accessibilité. Si un utilisateur lambda veut acheter du Bitcoin, il n’a d’autre alternative que de se rendre sur ces plateformes dévolues aux initiés. Il va alors se retrouver noyé sous une masse d’informations », abonde Nicolas Katan, l’un des trois maîtres d’œuvre de Bitit qui a commencé, selon le vocable consacré, à « miner » du Bitcoin dans sa chambre d’étudiant aux côtés de ceux qui sont aujourd’hui ses deux associés dans l’aventure. Pour remédier à cette situation, Bitit propose un service facile d’accès pour quiconque souhaiterait acquérir une petite somme. Jusqu’à 150 euros, le modus operandi est le suivant : création d’un compte et d’un simple profil utilisateur. Si le futur acquéreur veut s’offrir davantage, il doit justifier son identité, selon un procédé, lui aussi, assez ludique. « Il doit faire un selfie avec sa carte d’identité », confirme Nicolas Katan. Chaque usager peut ainsi s’offrir jusqu’à 2 500 euros de Bitcoin par semaine. « Le panier moyen est de 75 euros », précise Nicolas Katan.

« Bitcoin pour tous »

Mais Bitit ne s’arrête pas là et veut devenir la référence en la matière, et surtout, tisser sa toile dans le monde entier. Outre les « canaux traditionnels » que sont le virement et la carte bancaire « apanage des occidentaux », la start-up veut démocratiser l’usage du Bitcoin aux quatre coins de la planète. « Bitit propose cinq autres moyens de paiement locaux, notamment Cashlib et Neosurf, ces derniers étant des coupons prépayés disponibles dans plus de 150 000 points de vente, dont 35 000 en France, et qui permettent à tous, même dans les contrées les plus reculées, d’accéder au monde de la blockchain », souligne l’entrepreneur.  Ainsi, il devient possible d’acheter du Bitcoin chez son buraliste au même titre que son journal préféré. Un « pas de géant » sur le long chemin de la démocratisation du Bitcoin que la jeune FinTech appelle de ses vœux.  Plus besoin d’une carte bancaire, comme évoqué en préambule,  le « cash » faisant encore la loi dans pléthore de territoires sur la planète. Dire que les inscriptions sur la plateforme ont littéralement crevé le plafond ces dernières semaines, dans la foulée de la flambée du Bitcoin, relève de l’euphémisme.

 « Nous assistons à une augmentation de nos inscriptions quotidiennes sur la plateforme de l’ordre de 600% », précise Nicolas Katan.  Et les autres chiffres relatifs à l’activité de Bitit sont particulièrement éloquents ». Ainsi,  depuis son lancement, Bitit facilite entre 60 000 et 80 000 euros de volume de transactions par jour impliquant plus de 200 000 utilisateurs à travers le monde. « Et un taux de fraude de 0,42 point », glisse malicieusement le dirigeant. Quand le taux moyen sur un site de e-commerce classique peut dépasser allègrement les 5 points.  Un prodige pour une jeune pousse n’ayant démarré qu’avec 5 000 euros de fonds propres, même si, depuis, Bitit a procédé à une levée de fonds de l’ordre de 250 000 euros menée auprès de divers business angels. C’est d’ailleurs auprès de l’un des plus célèbres d’entre eux, en l’occurrence Fabrice Grinda, deuxième « ange » de France, que Bitit a puisé sa stratégie. « Sachant que  Craiglist et le Bon Coin se taillaient la part du lion respectivement aux Etats-Unis et en France, Fabrice Grinda, avec son format de petites annonces gratuites OLX, s’est naturellement orienté vers les pays émergents, comme l’Inde et a raflé la mise », admire Nicolas Katan. Une stratégie que la jeune pousse souhaite reproduire et qui épouse parfaitement cette vision de démocratisation de l’usage du Bitcoin.

Bousculer les habitudes

« Rendez-vous compte qu’au Nigéria, le gouvernement peut bloquer la carte bancaire des citoyens s’il dépassent un certain montant de dépense. Avec Bitcoin, ce problème ne se posera plus et permettra à toute personne de devenir sa propre banque »,  souligne l’entrepreneur qui devrait, avec ses équipes, procéder à une nouvelle levée de fonds en 2018, pour œuvrer à l’internationalisation de Bitit. Toujours dans cette même veine « pédagogique », la start-up propose également des cartes cadeaux Bitcoin, via des partenariats noués avec macartecadeau.com ou encore IFeelGoods. « De 10 à 100 euros sur Internet et d’un montant de 50 euros en ‘physique’ », précise Nicolas Katan.  Une autre manière d’œuvrer à la démocratisation du Bitcoin mais qui ne constitue pas non plus le « cœur du réacteur » Bitit. D’ailleurs lorsque l’on interroge Nicolas Katan sur le devenir de la cryptomonnaie, celui-ci fait montre d’une certaine lucidité au regard de son expérience en la matière. « Nous n’en sommes qu’au début. Avec l’apport d’argent frais en provenance des institutionnels, nous allons encore basculer dans une autre dimension. Mais pour cela il ne faut pas négliger l’accompagnement et la pédagogie ». Une mission dont Bitit se veut la figure de proue hexagonale. En attendant d’aller aussi haut que le Bitcoin.