Désireuse de proposer une alternative – plus propre et surtout plus rapide – aux célèbres VTC « à quatre roues » qui pullulent dans la capitale, la start-up Felix propose des courses en « moto-taxi » à des prix résolument attractifs, brisant ainsi les codes d’un marché (trop) longtemps cantonné au sempiternel trajet aéroport-centre-ville. Une bouffée d’oxygène bienvenue dans un Paris congestionné.

« J’ai coutume de dire que Felix est un mode de transport alternatif qui n’a pas vocation à faire gagner du temps mais qui permet surtout de ne pas en perdre ». Un postulat « détonnant » défendu par Thibault Guérin, l’un des quatre architectes (aux côtés de Félix Laffont, Bénédicte Giraud et Thibault Suty) d’une application qui permet de se déplacer tout aussi sereinement que rapidement, solidement arrimé à un chauffeur professionnel. Et ainsi profiter en toute quiétude de son trajet en faisant fi des embouteillages et autres problèmes récurrents de circulation dont notre bonne vieille Ville Lumière a le secret. C’est pourtant à l’autre bout du monde que l’entrepreneur et ses comparses ont eu  l’idée de porter sur les fonts baptismaux une plateforme de transport d’un genre nouveau. Ou plutôt la volonté de démocratiser un mode de transport jusque-là essentiellement réservé aux « cadres et autres patrons »  et une « voie » aéroport-La Défense toute tracée. « Avec mon associé, lors d’un tour du monde humanitaire, nous avons fait étape au Cambodge.  Nous sommes montés dans un taxi et nous avons traversé la ville en… 4H30. Dès le lendemain, nous avons découvert ce que l’on appelle des  ‘moto-dop’ qui sont l’équivalent de scooters 50cm3 et qui nous ont permis de sillonner Phnom Penh pour un dollar », se rappelle le dirigeant qui affine sa réflexion et se renseigne sur la faisabilité « d’exporter » un service similaire en France. Avec chauffeur professionnel et casque obligatoire en prime, donc tout de même assez éloigné du « modèle » cambodgien.

Si Thibault Guérin et les autres cofondateurs comprennent rapidement, comme évoqué en préambule, que la nébuleuse des motos-taxis est l’apanage d’une clientèle de niche, ils souhaitaient initialement « calquer » leur projet sur celui d’une autre plateforme de VTC française, à quatre roues celle-ci, en l’occurrence Heetch. Et ainsi permettre à des particuliers de transporter, toujours en scooter électrique, d’autres particuliers. Mais l’idée va faire long feu. « Nous nous  sommes rapidement heurtés à des contraintes réglementaires et c’est à ce moment-là, en septembre 2016, que nous avons décidé d’aller toquer à la porte de BMW Motorrad (filiale moto du groupe munichois, ndlr) avec qui nous allons nouer un partenariat qui va se matérialiser par la mise à disposition d’une dizaine de scooters », se rappelle le jeune homme. Grâce à l’implication des bêta-testeurs, le concept arrive à trouver ses marques et Felix parvient à esquisser les contours de son propre marché. Aux antipodes du fameux modèle sclérosé. Désormais, Felix représente une véritable alternative à Uber et consorts. « Le principal enseignement de nos premiers mois réside dans le fait que les Parisiens se sont vraiment appropriés Felix pour aller d’un point à un autre dans Paris et un tarif d’environ 18 euros par course en moyenne », souligne l’entrepreneur.

Des coûts largement réduits

Loin des 73 euros facturés par les motos-taxis dites « traditionnelles ». Comment expliquer ce grand écart dans les tarifs ? Thibault Guérin dévoile la « botte secrète » Felix, en l’occurrence casser une structure de coût jugée (beaucoup) trop onéreuse. « Premièrement, l’utilisation d’un véhicule électrique implique, de facto, un tarif d’assurance moindre, ledit véhicule étant plus modeste que les motos Gold Wing rutilantes mais imposantes et utilisés pour transporter des passagers ».  Autre gros foyer d’économies, le prix du matériel. « Un scooter électrique ne coûte « que » 15 000 euros quand une moto Gold Wing flirte facilement avec les 40 000 euros ». Imparable en effet.  Forte de sa flotte d’une dizaine de montures, Felix, plutôt que de stagner dans son développement, a encore fait évoluer son modèle en s’associant avec le leader du secteur à Paris, la plateforme CityBird. Une « association » qui lui permet de disposer d’une flotte d’une centaine de véhicules, y compris thermiques. Et de réunir ainsi le meilleur des deux mondes. « Nous avons connecté nos API, ce qui signifie que lorsque vous faites une commande sur la plateforme Felix pour un taxi-moto thermique, vous ne quittez jamais notre parcours utilisateur. Nous disposons d’un système à double renvoi car nos utilisateurs sont différents. Le  ‘client’ Felix est plus urbain, lifestyle, âgé de 25 à 35 ans et fait des petits sauts de puce dans Paris, quand le client Citybird effectue des trajets plus longue distance », précise Thibault Guérin. Aujourd’hui la start-up peut se targuer de disposer d’une centaine de chauffeurs partenaires et d’une politique tarifaire « au kilomètre » et non forfaitaire. « Ainsi, vous savez par avance ce que va vous coûter votre course », souligne le dirigeant.

Accompagnée notamment par le fonds Via ID mais également par Axa pour le volet assurance, Felix nourrit de hautes ambitions et pose actuellement les jalons d’une levée de fonds. Et caresse à plus long terme l’espoir de « tracer sa route » en dehors de Paris. « Pourquoi ne pas imaginer un Felix à Londres et un service porte-à-porte ? Nous déposerions un client jusqu’à l’Eurostar et nous le récupérerions à Saint-Pancras (gare de Londres) », enchaîne Thibault Guérin. En attendant de tisser sa toile dans la Perfide Albion ou encore à Milan ou Madrid, l’application a connu un pic d’utilisateurs et de téléchargements la semaine dernière, en prévision de la journée de grève SNCF du jeudi 22 mars. « Il est vrai que ce mouvement de grève est plutôt bénéfique pour nous. Le nombre de téléchargements ayant triplé dans les trois jours précédant la mobilisation de jeudi. Notre planning de réservation était plein la veille », sourit l’entrepreneur. Et la fameuse grève « perlée », assez unique en son genre, des cheminots devrait encore permettre à la jeune pousse d’étoffer son contingent de nouveaux clients. Ne dit-on pas que le malheur des uns fait le bonheur des autres. En voici la plus belle démonstration.