Chez soi comme chez les autres, une piscine est en elle-même un espace de détente privilégié, de pure décontraction et un bonheur à partager en toute convivialité. Comment mieux profiter de son temps libre l’été quand une farniente absolue au soleil est de mise ?

Mais derrière les aspects bien-être se cache une réalité moins attrayante. L’empreinte écologique d’une piscine est désastreuse en eau, en électricité et en produits chimiques. A ceci se rajoutent des désagréments pour son entretien régulier, qui peut très rapidement s’avérer être une lourde charge.


Nous commençons à arriver à la conclusion qu’une version 2.0 est nécessaire. Emmanuel Berthod, avec sa « piscine 3.0 » a un peu d’avance sur nous, mais le résultat est celui attendu : maximisation de la farniente et minimisation de l’empreinte écologique.

 

En deux mots. Tout est dans le titre.

BioPoolTech, comme son nom le suggère, est une piscine alliant le naturel et la technologie.

Emmanuel se demandait « comment copier la nature de manière efficace ». L’ancien ingénieur issu du milieu du photovoltaïque a su synthétiser ses compétences techniques avec sa volonté d’améliorer la vie des gens et de la planète. Des capteurs contrôlés par de l’intelligence artificielle analysent la qualité de l’eau, et le travail d’épuration est laissé à une recette secrète de bactéries naturelles. Finis les tests de Ph, plus besoin de chlore ou autres produits chimiques pour pouvoir profiter d’une eau encore plus pure.

Quelques personnalisations sont même laissées à l’utilisateur, qui peut choisir à l’aide d’une application mobile comment optimiser à son goût toutes les fonctionnalités de sa piscine.

Grâce à son modèle, il arrive à réduire de 90% la consommation en eau d’une piscine, de 75% en électricité et de 100% en produits chimiques. Démarche à l’impact d’autant plus important que le marché de la piscine est gigantesque.

 

Le problème. Un marché vieilli mais très riche.

Le monde de la piscine est vaste, avec plus de 25 millions de piscines vendues dans le monde dont 10% en France. La demande est très forte, même en période de crise. « Lorsque la crise immobilière a fait baisser de 20% le marché de l’immobilier, celui de la piscine continuait d’afficher une croissance de 4% », souligne Emmanuel.

Mais dans l’industrie de la piscine, aucune amélioration significative n’est venue disrupter quoi que ce soit en 20 ans, comme si finalement il n’y avait pas besoin d’innover tant le marché était rentable. D’où son intérêt croissant pour la chose. « Le marché va évoluer, et on va contribuer à ce changement », nous dit-il.

 

L’idée. Ça coule de source.

En 2008, un de ses anciens collaborateurs avait développé un prototype de piscine d’intérieur en bois, modèle bassin japonais. De là est partie l’envie de travailler dans le monde de la piscine, à la grande surprise du premier concerné. « Il y a dix ans, nous avoue-t-il, jamais je n’aurais pu imaginer que je concevrais une piscine ! ». Après la création de ce produit purement design, il décide « d’en faire quelque chose ». Il a intéressé son futur associé, Jérôme, qui observait de loin l’avancée du premier projet. De 2008 à 2016, lui et son partenaire ont eu plusieurs activités, ce qui les a amenés à développer des compétences et des produits assez spécifiques, toujours dans le registre de la piscine.

En 2016, ils décident « d’arrêter de bricoler », et conçoivent BioPoolTech afin d’y synthétiser tout leur savoir-faire, allant de solutions pour la terrasse au procédé de filtration. Leur valeur ajoutée réside dans cette synthèse, car beaucoup de produits d’amélioration de piscines existent, mais tous ne sont pas forcément compatibles les uns avec les autres.

Maintenant, place à la commercialisation de BioPoolTech. « Il ne faut pas qu’une bonne idée. Il faut la concrétiser, la rendre crédible et la pousser ». Les deux entrepreneurs ont maintenant élaboré leur stratégie de vente, et décident de franchiser leur marque. Une première est créée près de Bordeaux, dont le succès renforce le choix de ne pas passer par de gros distributeurs. Maintenant, la stratégie est claire comme de l’eau de source, et après avoir connu des hauts et des bas, le produit est lancé.

BioPoolTech

 

Les difficultés. L’entrepreneuriat n’est pas un long fleuve tranquille.

En effet, Emmanuel et Jérôme ont connu des hauts et des bas. Un de leur premier projet était de monter une unité de fabrication, ce qu’ils n’ont pas jugé viable pour produire une petite entité monogame. Ils ont d’ailleurs choisi d’externaliser le processus pour leur piscine, car un gros industriel peut très facilement intégrer une nouvelle gamme de produit à son usine, tandis que cela aurait représenté beaucoup trop de coûts pour une start-up.

Emmanuel ne regrette pas d’avoir échoué, seulement de ne pas pouvoir vendre autant qu’il le voudrait. « Cela fait partie de l’expérience d’un entrepreneur, nous dit-il, il n’y a pas que des succès. On a un peu de mal à en parler en France, contrairement aux pays anglo-saxons. En réalité, il ne faut vraiment pas avoir peur de se planter. »

Heureusement, il a été fermement soutenu par sa famille, et la relation saine qu’il entretient avec son associé a survécu aux vents contraires. Il remercie aussi énormément son écosystème d’Aix-en-Provence, et l’avoue lui-même : « Si BioPoolTech est encore là, c’est parce qu’on a été soutenu ».  Et face aux problématiques entrepreneuriales, le soutien ne peut pas être que financier. « Y’a pas pire qu’un entrepreneur seul. C’est sa mort ! »

BioPoolTech

 

Le financement. Trouver du liquide.

Emmanuel a commencé l’aventure BioPoolTech avec un prêt bancaire de 75K euros, et 25K euros de fonds propres de son père. Après avoir obtenu des subventions locales pour soutenir sa R&D, il a négocié une première levée de 100K euros avec des business angels.

Au cours des multiples projets qui ont précédé BioPoolTech, Emmanuel a continué de travailler en dehors, en attendant les premières rentrées d’argent. Et en 2018, deux ans après avoir fait le choix stratégique de synthétiser leurs produits en une seule piscine, ils ont réussi à présenter un chiffre d’affaires conséquent de 160K euros pour la première année, et de 560K euros la deuxième. Pour un total de plus de 200 piscines vendues, dont certains projets de grande renommée comme chez The Camp, à Aix-En-Provence. De quoi rassurer les investisseurs, afin de se préparer à effectuer une potentielle deuxième levée de 1 million d’euros !

BioPoolTech

 

Chronique co-réalisée avec @Jean Rognetta, Directeur de la rédaction de Forbes France et Jean-Baptiste Bordenave d’Estimeo