L’Italie compte 156 districts industriels dont 130, soit 92,2% de la totalité, sont dédiés au “Made in Italy”. Sur 90 milliards € de surplus commercial (hors énergie), 79 milliards proviennent des districts industriels.

Depuis quelques années, le phénomène des districts industriels italiens est suivi avec une attention particulière à l’échelle mondiale. Des études de cas sur les districts, choisis pour leur capacité à concilier développement et emploi, ont été l’objet de discussions lors des réunions du G7 et des sommets de l’Union Européenne. Des délégations de journalistes, d’universitaires et d’administrateurs de plusieurs pays souhaitent être accueillies dans les districts pour interviewer les entrepreneurs, les administrateurs locaux et les syndicalistes. La diplomatie économique italienne utilise les districts comme un atout dans la promotion de l’image du «Made in Italy». Plus récemment, de prestigieuses écoles de commerce ont commencé à s’y intéresser afin de recueillir des indications normatives utiles pour les multinationales.


Au-delà du battage des chroniqueurs à la recherche de nouveautés, quelques repères se profilent dans le développement économique du pays : les districts constituent le plus vaste réservoir de ressources et de savoirs diffus de l’industrie italienne ; ce sont les réalités qui ont su le mieux préserver le patrimoine artisanal, artistique, naturel, culturel et gastronomique hérité du passé, tout en nourrissant des ferments de nouveauté et l’envie de se mesurer aux défis de la mondialisation. Ces districts constituent aussi une réponse originale et efficace au nouveau système concurrentiel qui est en train de voir le jour sur les cendres des systèmes de production de masse.

Les « Districts Industriels » sont, généralement parlant, des systèmes territoriaux circonscrits (dans les expériences italiennes, les plus grands comptent entre 400 et 500 000 habitants), caractérisés par :

  • La spécialisation dans la fabrication d’une famille particulière de produits ; en pratique, un secteur important qui fait partie intégrante de l’identité du territoire (le marbre de Carrare, la maroquinerie à Florence, l’or de Valence, les chaussures produites dans le Marches, la bonneterie de Capri, les tissus de soie de Côme, les bas de Castelgoffredo, les boutons de Grumello, les casseroles et les robinets de la province de Novare et de Verbania, etc…) ;
  • Un tissu productif composé en grande partie de petites et moyennes entreprises et d’un nombre consistant d’entrepreneurs ;
  • La division articulée du travail entre les entreprises qui tendent à se spécialiser dans l’une des phases de fabrication (leur façon d’opérer rappelle les derniers instants d’un concert lorsque « sans aucune concertation préliminaire, l’éclat des applaudissements s’organise petit à petit en applaudissements rythmés »). Un capital social particulier constitué d’un savoir-faire diffus, de relations de confiance, d’un esprit d’émulation et de canaux confidentiels pour la circulation des informations constitue, en effet, le code génétique des Districts ;
  • La présence d’un réseau efficace d’activités de services, publics et privés, qui travaille en prise directe avec les entreprises du secteur caractéristique ;
  • Une vie économique et sociale réglée, de façon non conflictuelle, par des associations de catégorie et des organisations syndicales ;
  • Un sens civique élevé qui caractérise aussi bien les opérateurs économiques que la vie culturelle (associations, cercles culturels, associations de volontariat et associations administratives).

Les districts italiens sont également très appréciés par les investisseurs étrangers : 63% des entrées de capitaux étrangers sont français et 44 % allemands. Dans le secteur du luxe par exemple, l’Italie est devenue l’industrie de référence pour les groupes français comme LVMH ou Kering.