Réchauffement climatique : selon le rapport annuel de l’Organisation Non Gouvernementale Carbon Disclosure Project, 100 entreprises, essentiellement productrices d’énergies fossiles, seraient à l’origine de 71% des émissions de gaz à effet de serre entre 1988 et 2016. L’ONG dévoile ces chiffres afin qu’elles prennent leur responsabilité dans la transition énergétique.  

BP, Shell, ExxonMobile, Rio Tinto, Total… Moins de deux ans après l’accord de Paris, qui engage ses signataires à contenir l’élévation des températures « nettement en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels », l’Organisation Non Gouvernementale (ONG) Carbon Disclosure Project, en partenariat avec le Climate accountability Institute, pointe du doigt les entreprises et les pays les plus pollueurs. Dans le rapport annuel (réalisé depuis 2013) The Carbon Majors Database publié en juillet, l’ONG affirme que 100 grandes entreprises, essentiellement extractrices d’énergies fossiles – pétrole, charbon et gaz naturel –  sont à l’origine de 71% des émissions de gaz à effet de serre entre 1988 et 2016. Un tiers de ces entreprise est subventionné par des fonds publics. En introduction, le rapport rappelle son objectif : « mettre en évidence le rôle que les entreprises peuvent jouer dans la conduite de la transition énergétique mondiale. »


Autant d’émissions en 28 qu’en 237 ans

En 1988, rappelle l’ONG, l’impact de l’homme sur le changement climatique a officiellement été reconnu par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). « Depuis, l’industrie des combustibles fossiles a doublé sa contribution au réchauffement climatique en émettant autant de gaz à effet de serre en 28 ans que durant les 237 années, entre le début de la révolution industrielle et 1988. »

25 entreprises producteurs de combustibles fossiles sont responsables de 51% des émissions mondiales de gaz à effet de serre entre 1988 et 2015, indique le rapport. Aramco (Arabie Saoudite) avec 4,5% des émissions, le russe Gazprom avec 3,9%, National Iranian Oil avec 2,3%, ExxonMobil avec 2% Coal India avec 1,9%… Largement en tête de ce triste classement, l’industrie du charbon chinois qui à elle seule, contribue à 14,3% des émissions totales sur cette même période. Le rapport Carbon Majors Database exhorte les compagnies d’extraction de « planifier leur futur dans un contexte de transformation radicale du système énergétique mondial. » Car, interpelle l’ONG, « si les 28 prochaines années correspondent aux 28 précédentes, poursuit le rapport, nous allons tout droit vers une élévation des températures de 4°C avant la fin du siècle, ce qui entraînerait une pénurie de nourriture et une extinction des espèces. »

Huit potentielles apocalypses

Dans un article sur les huit apocalypses potentielles causées par le changement climatique, Usbek & Rica reprend l’analyse du journaliste du New York Mag, David Wallace-Wells. Un mois après la sortie des Etats-Unis de l’accord de Paris, le journaliste dresse un tableau inquiétant de ce qui nous attend, dans son texte intitulé « La terre inhabitable ». Un cri d’alarme, en huit points. 

  • La montée des eaux : bien loin d’une augmentation de 2°C visés, ou des 4°C du rapport l’ONG Carbon Disclosure Project, David Wallace-Wells table sur une augmentation des températures de 8 à 10°C avant la fin du siècle, avec pour conséquences la fonte des glaces, et la montée des eaux des océans de plusieurs mètres, transformant en Atlantide bon nombre de villes côtières.
  • Des températures mortelles : la peau doit pouvoir se réguler grâce à la fraîcheur de l’air, rappelle le journaliste. À partir de 7°C supplémentaires, cela sera impossible pour les populations de la bande équatoriale. Au-delà de 11 ou 12°C de réchauffement, « plus de la moitié de la population, telle que répartie aujourd’hui, pourrait mourir de chaud. »
  • La fin de la nourriture : « pour chaque degré de réchauffement, les rendements agricoles diminuent de 10%. » La famine pourrait se généraliser. Sans parler de la sécheresse.
  • Des pestes climatiques : certains virus ancestraux sont enfermés dans les glaces. Avec la fonte de celles-ci des souches de peste, de grippe espagnole et autres bactéries s’échapperaient…
  • Un air irrespirable : « nos poumons ont besoin d’oxygène », commence le journaliste. L’Airpocaplypse, responsable d’un tiers des morts dans le pays, a déjà eu lieu en Chine en 2013, pourquoi pas partout ailleurs.
  • La guerre, partout : 10 à 20% d’augmentation des guerres pour chaque degré supplémentaires.
  • La crise économique permanente : un degré coûterait 1,2 point de PIB. Et la population pourrait perdre jusqu’à 23% de ses revenus, conséquence directe des effets du réchauffement.
  • Des océans empoisonnés : « la mer va devenir un tueur. » Tout est dit.

Pour finir de convaincre les entreprises les plus polluantes de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, une étude publiée le 10 juillet alertait sur la « sixième extinction de masse des espèces. » Selon cette étude, 32% des espèces de vertébrés voient aujourd’hui leur population décliner et 58% ont disparus depuis quarante ans. Enfin, 40% des espèces de mammifères ont vu leur aire de répartition baisser de 80% entre 1900 et 2015. « Un anéantissement biologique. »