Le troisième fils de l’entrepreneur breton, Yannick Bolloré, quatre ans après avoir pris les rênes du géant de la publicité Havas – en passe d’être absorbé par Vivendi- a vocation, à terme, de s’installer à la tête du groupe industriel diversifié. Une « prophétie » signée Vincent Bolloré himself.

17 février 2022. C’est à cette date – avec compte à rebours sur son smartphone- que Vincent Bolloré tirera sa référence du monde des affaires, le jour même où le groupe Bolloré fêtera son bicentenaire. Quid de la suite ? « J’ai quatre héritiers qui sont mes quatre enfants » a coutume de répéter l’homme d’affaires breton. Mais Yannick Bolloré ne croit pas du tout à cette histoire de « comptes à rebours », connaissant particulièrement bien son père et son « hyperactivité ». « Que fera-t-il ? Il ne joue pas au golf, il ne fait pas de voile. Je lui ai dit, tu verras, je viendrai en personne t’apporter ton petit déjeuner dans ton bureau de la tour Bolloré le 18 février 2022 », déclarait en souriant, dans les colonnes de Capital, le patron d’Havas. Agé de seulement 37 ans, le fils prodige estime avoir encore le temps de présider aux destinées de l’empire familial. « Je trouve que le rythme de carrière est parfait », déclarait-il déjà en 2013, conscient de sa force. Mais ce jeudi, lors de l’assemblée générale de Vivendi, Vincent Bolloré, premier actionnaire du conglomérat, a ainsi affirmé que son fils Yannick avait vocation « à terme » à s’installer dans le « fauteuil » du patron.

Une prise de position qui tranche singulièrement avec « l’exercice du pouvoir » d’autres grandes dynasties hexagonales, comme la famille Dassault où le patriarche, Serge, pourtant âgé de 92 ans – quand Vincent Bolloré n’en aura « que » 70 à l’horizon 2022, date de «la quille » – a du mal à lâcher la rampe et à passer le relais à l’un de ses trois enfants. Comme avant lui, son propre père, Marcel, qui ne fondait que peu d’espoirs sur son héritier. Mais Vincent Bolloré prépare, lui, déjà « l’après », comme évoqué sans ambages ce jeudi lors de l’assemblée générale de Vivendi. « De la même façon que vous avez vu la courbe d’Havas en Bourse qui a commencé à monter quand Yannick est arrivé, vous comprenez quelles vont être mes prochaines intentions. C’est que Yannick reprenne à un moment Vivendi », fin de citation.

Le tour de force Havas / Vivendi

Nul ne peut, en effet, contester la montée en puissance d’Havas, sous la houlette de Yannick Bolloré, avec notamment une croissance à faire pâlir d’envie la concurrence. Ainsi, le sixième groupe publicitaire mondial a enregistré, sur l’ensemble de l’année 2016, un chiffre d’affaires de 2,28 milliards d’euros, soit une croissance de 3,1% à changes et périmètres constants, quand les analystes les plus optimistes tablaient sur une progression oscillant entre 2,4 et 2,9%. A titre comparatif, son grand rival hexagonal Publicis a affiché une croissance famélique de 0,7% en 2016, pénalisé par des pertes de budgets et les contre-performances de ses actifs dans le numérique.

L’installation de Yannick Bolloré à la tête de Vivendi constituerait ainsi le « cheminement naturel » vers la constitution d’un empire familial dans les médias et la communication. Un horizon « dégagé » en début de mois avec le projet de prise de contrôle d’Havas via le rachat des parts de Bolloré dans le groupe publicitaire. Dans le détail, la maison-mère de Canal+ et Universal Music Group – dont l’IPO n’est plus une hérésie- a proposé un prix de 9,25 euros pour les actions Havas, valorisant la participation de Bolloré à 2,36 milliards d’euros. Cette offre fait ainsi ressortir une prime de 8,8% par rapport au cours de Bourse d’Havas en date du 10 mai 2017, avait indiqué Vivendi, qui prévoit de financer l’opération avec sa trésorerie, le groupe de médias bénéficiant « d’un trésor de guerre » dévolu aux acquisitions.

Yannick Bolloré, la « force tranquille »

Un dessein en forme de voie royale pour celui qui n’est pas encore quadragénaire et qui a épousé Chloé Bouygues…nièce de Martin, dont l’inimitié – doux euphémisme- avec Vincent Bolloré est notoirement connue, depuis la tentative d’OPA hostile -et raté- de l’entrepreneur breton sur Bouygues Télécom en 1998. « Vincent Bolloré m’a trompé, roulé, humilié. Je ne lui pardonnerais jamais ». A tel point que le patron de Bouygues n’assistera pas au mariage de sa nièce avec le fils Bolloré.

Outre ces considérations privées, Yannick Bolloré a indéniablement la carrure pour succéder à son père qui l’a d’ailleurs coopté au sein du conseil d’administration de Vivendi l’année dernière. Et ainsi « préserver l’héritage » dans la continuité, chacun des « héritiers » à leur place. A Yannick Bolloré les médias, tandis que les activités transport et logistique du groupe Bolloré échoient à Cyrille. De son côté, Marie Bolloré est impliquée dans la partie stockage d’électricité et véhicules électriques tandis que Sébastien est notamment administrateur de l’éditeur de jeux vidéo Gameloft. Une savante répartition des tâches.