Le géant pétrolier français, Total, a mis la main sur son homologue danois Maersk Oil pour la bagatelle de 7,45 milliards de dollars, soit l’équivalent de 6,3 milliards d’euros. Objectif avoué de cette opération d’envergure pour le fleuron hexagonal : renforcer ses réserves et accroître sa production en mer du Nord tout en rééquilibrant son portefeuille d’actifs. Une stratégie ambitieuse.

Une rentrée sur les chapeaux de roue pour Total. Ce lundi 21 août, le groupe pétrolier français dirigé par Patrick Pouyanné a frappé un grand coup en annonçant le rachat de son homologue danois Maersk Oil pour un montant avoisinant les 7,45 milliards de dollars, soit l’acquisition la plus importante pour Total depuis 2000 et « l’opération » Elf.
A.P. Moller–Maersk, « maison-mère » de Maersk Oil désireuse de recentrer son activité sur les transports et la logistique, recevra l’équivalent de 4,95 milliards de dollars en actions Total, lequel reprendra à son compte 2,5 milliards de dollars de dette de Maersk Oil, précise le groupe français dans un communiqué. En outre, Total émettra 97,5 millions d’actions destinées à A.P. Moller-Maersk sur la base d’un prix égal à la moyenne des cours des 20 dernières séances, ce qui représentera 3,75% du capital social élargi de Total. Du côté des analystes, les avis divergent. Si certains estiment que cette acquisition est une excellente nouvelle, d’autres demeurent résolument circonspects. C’est notamment le cas du bureau d’études britannique Jefferies qui, cité par Reuters, n’a pas masqué sa « surprise » face à cette opération.  « Il y a une redondance stratégique claire du portefeuille de Maersk Oil ». Et surtout d’ajouter : « La valorisation ne sous semble pas particulièrement convaincante à première vue ».

En revanche, Ion-Marc Valahu – toujours cité par Reuters -, gestionnaire de fonds chez Clarinvest, estime le montant déboursé par Total « raisonnable ». Le « véritable juge de paix », en l’occurrence le marché, semble simplement avoir pris acte de ce rachat sans tambours ni trompettes, le titre de l’ancienne plus grosse capitalisation du CAC 40 cédant 0,11% au sein d’un indice parisien en recul de 0,25% en début d’après-midi. A l’inverse, Maersk Oil faisait cavalier seul à la Bourse de Copenhague, l’action de la « nouvelle prise de guerre de Total » s’envolant de 4%. Si le marché parisien réagit avec méfiance, il est vrai que l’opération peut interroger, notamment sur le timing, à l’heure où les cours du brut sont particulièrement chahutés. Une inquiétude balayée d’un revers de main par le patron de Total. « Il faut (…) profiter des cycles bas pour soit lancer des développements nouveaux parce que les coûts sont plus bas, soit acquérir des réserves nouvelles à des conditions attractives. On est en plein dans cette stratégie », développe Patrick Pouyanné.

Rééquilibrer son portefeuille

De son côté, A.P. Moller–Maersk, a tenté de faire bonne figure, comme de coutume dans ce genre d’opération, reconnaissant tout de même avoir énormément réfléchi à la question de la cession de de Maersk Oil, évoquant une décision difficile à prendre. « A.P. Moller-Mærsk a trouvé un propriétaire dévoué de l’industrie avec un intérêt sincère de développer et d’investir dans les actifs et les capacités créées dans le cadre de Maersk Oil, tout en préservant le patrimoine de la principale compagnie pétrolière du Danemark », a souligné la présidente du groupe danois Ane Maersk Mc-Kinney Uggla. Car l’objectif de Total avec cette acquisition est limpide : de venir, à terme, le deuxième opérateur en mer du Nord, grâce à des positions au Royaume-Uni, en Norvège et au Danemark, en atteignant trois millions de barils équivalent pétrole par jour en 2019. Mais également rééquilibrer le portefeuille et les activités d’un groupe particulièrement bien implanté en Afrique et au Moyen-Orient. Pour rappel, Total a annoncé, en juillet dernier, un investissement de 3,5 milliards de dollars sur cinq ans dans le gisement Al Shaheen au large du Qatar.

« C’est une acquisition qui nous permet de rééquilibrer le risque géopolitique de notre portefeuille », a confirmé Patrick Pouyanné, évoquant, en creux, l’accord gazier signé avec l’Iran début juillet. Car comme précisé par Reuters, ce rapprochement permettra à Total d’ajouter à ses réserves environ un milliard de barils équivalent pétrole, dont 85% dans des pays OCDE, contribuant à la dite stratégie d’équilibre développé en amont. En outre l’opération – dont la finalisation est attendue à l’horizon début 2018- devrait produire des synergies supérieures à 400 millions de dollars par an et un effet positif immédiat sur le résultat net par action (BNPA) et le cash-flow par action. Ainsi, le dividende en actions devrait être proposé sans décote afin que les actionnaires de Total bénéficient de l’impact positif de l’acquisition de Maersk Oil sur les résultats et cash-flow, ajoute le groupe dans un communiqué.

Reprise des investissements

Une « reprise » des investissements en 2017 – après avoir considérablement réduit la voilure en 2016 et en 2015 – dans le secteur pétrolier qui n’est pas l’apanage de Total. Ainsi, le britannique BP est également « sorti du bois » il y a quelques mois en annonçant un partenariat d’un milliard de dollars avec l’américain Kosmos Energy en Mauritanie et au Sénégal et des acquisitions à Abou Dhabi et en Azerbaïdjan. Tandis que de son côté, Exxon Mobil,  également ancienne plus grosse capitalisation de Wall Street, a fait ses emplettes en Papouasie-Nouvelle Guinée pour répondre à la demande croissante en gaz naturel liquéfié, sans oublier Total – encore-  et le norvégien Statoil qui ont fait part de leurs ambitions d’investir dans les lucratifs gisements en eaux profondes du Brésil. Quoi qu’il en soit, les principaux acteurs du secteur semblent bien décidés à profiter de toutes les opportunités.