Après avoir éconduit Atos la semaine dernière, l’ancien leader des cartes à puces Gemalto devrait succomber aux avances de l’équipementier Thalès, ce dernier ayant formulé ce dimanche une offre « amicale » d’un montant de 4,8 milliards d’euros.

La Bourse de Paris a revêtu ses plus beaux habits de lumière ce lundi matin pour « fêter »  la future union entre Thalès et Gemalto. Preuve de cet enthousiasme débordant, les titres de l’équipementier aéronautique et de défense et du spécialiste de la sécurité des données s’envolent, progressant respectivement, en fin de matinée,  de 7,92% et de 5,44%. En revanche, la SSII Atos « amoureuse éconduite » ronge son frein, reculant de 1,28%. Dans le détail, Thales a, chose suffisamment inhabituelle pour le souligner, émis une offre ce dimanche de 4,8 milliards d’euros surpassant celle d’Atos qui n’était « que » de 4,3 milliards. Soit l’équivalent de 51 euros par action quand l’offre non sollicitée d’Atos – et rejetée mercredi – plafonnait à 46 euros par titre.

Mais cette proposition a néanmoins eu le mérite de redonner un second souffle à Gemalto dont l’action a nettement rebondi depuis l’intérêt affiché d’Atos, après avoir traversé un sérieux trou d’air en début d’année en raison de l’attentisme des opérateurs télécoms dans les cartes SIM et de l’accumulation de stocks de cartes bancaires aux Etats-Unis. Mais c’est finalement Thales qui a raflé la mise après une cour effrénée et moins « éclair » que certains ne le laissent penser (les premiers contacts informels ont eu lieu il y a plusieurs mois). Le groupe de Patrice Caine s’est ainsi engagé à intégrer ses propres activités dans celles du spécialiste de la sécurité numérique pour concurrencer des géants de la Silicon Valley comme Symantec, Cisco ou IBM, dans le cadre d’une opération qui illustre l’abolition des frontières entre les secteurs de l’aérospatiale et de la technologie.

Numéro 2 mondial de la cybersécurité

Ainsi Thales, qui souhaite boucler l’offre au second semestre 2018, souhaite intégrer ses actifs digitaux au sein de Gemalto qui deviendra, de facto, son pôle mondial de cybersécurité avec un chiffre d’affaires de 3,5 milliards d’euros. Ce nouveau pôle sera dirigé par le directeur général actuel de Gemalto, Philippe Vallée, celui même qui redoutait, en début de semaine, après la révélation de l’offre d’Atos, que son groupe ne soit « découpé en rondelles de saucisson ». Au lieu de ce « triste sort » – l’équipementier s’est même engagé à conserver l’activité cartes SIM sur laquelle subsistaient des doutes -, Gemalto va donc convoler en justes noces avec Thales.

Avant la lune de miel et l’envoi des faire-part, les analystes ont d’ores et déjà célébré les fiançailles. « En termes d’ADN, les deux entreprises se ressemblent beaucoup plus. Pour l’emploi, c’est beaucoup mieux aussi, ils gardent tous les employés et le prix est meilleur », affirme Richard-Maxime Beaudoux, analyste chez Bryan Garnier, cité par Reuters. Il est vrai que Thales, dans le cadre de ce rachat, s’est engagé à préserver l’emploi dans les activités françaises de Gemalto au moins jusqu’à fin 2019. Et l’analyste de tirer à boulets rouges sur la tentative d’Atos. « Ce n’est pas qu’un deal financier, au contraire du coup tenté par Atos par opportunisme », a-t-il ajouté.

« Gemalto est notre jardin »

Une impression évidemment confirmée par Patrice Caine, PDG de Thales. « Gemalto n’est pas du tout une opération de diversification pour Thales, c’est notre jardin », a souligné le dirigeant aux analystes. Car l’objectif de Thales, avec cette acquisition, est de devenir ni plus ni moins que le numéro 2 mondial de la cybersécurité, derrière l’indéboulonnable américain Symantec. Pour rappel, le groupe de défense, dont l’état est actionnaire à 26%,  a multiplié les acquisitions aux Etats-Unis ces dernières années, afin de se renforcer dans la connectivité avec LiveTV, dans la protection des données avec Vormetric, et dans le «big data » avec Guavus. En outre, Thales ne semble pas « repu » et envisagerait d’autres acquisitions à plus ou moins long terme, Patrice Caine affirmant qu’avec  « une trésorerie nette de 2,294 milliards d’euros au 30 juin, Thales conservait de la flexibilité financière pour saisir d’autres opportunités d’acquisitions après le rachat de Gemalto ». Fin de citation. Vive les mariés !