Après « l’uberisation », c’est désormais la « blockchain » qui stimule le monde de l’entreprise. Derrière ce terme énigmatique – que rend inintelligible sa traduction française « chaîne de blocs » – se cache une avancée technologique qui, à en croire nombre de commentateurs, annoncerait la disparition programmée d’acteurs traditionnels de l’économie comme les banques, les études notariales… ou encore les sociétés d’assurance. Il est probable qu’au contraire, au-delà des mythes de la disruption, la blockchain doive être considérée comme une opportunité forte dans le secteur de l’assurance. 

La blockchain, cette base de données sécurisée, décentralisée, sans intermédiaire, qui stocke les échanges et les transactions tout en les rendant infalsifiables, est présentée par certains comme une menace pour la pérennité d’un acteur-clé de l’économie : le tiers de confiance, celui qui garantit que les paiements seront effectués, et qui valide l’existence légale d’un contrat. Or sans confiance, pas d’économie. De ce point de vue, les tiers de confiance du « monde d’hier » n’auraient plus leur place dans une civilisation digitale marquée par une accélération croissante du processus de désintermédiation et des logiques de partage. Un assureur pourrait donc parfaitement être remplacé par un système mutualiste entre particuliers fondé sur le peer-to-peer et dont la blockchain garantirait la fiabilité comme la bonne marche. 

Par-delà les mythes de disruption : la blockchain comme opportunité 

Que l’on considère ces pronostics comme des prophéties de Cassandre, des mythes contemporains, force est de reconnaître que la blockchain rebat les cartes pour les assureurs dans la mesure où elle questionne leur rôle et leur place au sein de la chaîne de valeur. Mais loin de signer la mort des sociétés d’assurance, cette technologie leur offre l’opportunité de proposer de nouveaux services à valeur ajoutée pour les assurés. 

« Smart Contracts » et simplification : la blockchain au service d’une assurance agile 

Elle devrait tout d’abord accroître le rapport qualité/prix des prestations en allégeant les coûts et les méthodes de fonctionnement. L’avancée la plus spectaculaire permise par la blockchain réside indubitablement dans les « smart contracts » (contrats intelligents) qui s’exécutent automatiquement dès que les clauses définies au préalable sont respectées par chacune des parties. Plus besoin de recourir à de fastidieuses démarches administratives ! La blockchain prend en charge l’ensemble du processus : vérification de la conformité des informations, traitement des réclamations, indemnisations, etc. Pour les assureurs, cela laisse augurer une simplification à grande échelle de tâches standards et chronophages, une réduction des coûts de structure, une limitation des fraudes et surtout un recentrage vers des prestations à forte valeur ajoutée, soit le défi central de toutes les entreprises confrontées à la transition numérique. En transférant vers une blockchain des missions menacées de « commodization » (banalisation), les assureurs gagneront en agilité et pourront concentrer leurs efforts sur la montée en gamme de leurs services. 

Un capital-confiance démultiplié : la blockchain au service des assurés 

Outre la baisse des coûts, les assurés seront les premiers bénéficiaires de cette révolution blockchain si les sociétés d’assurance utilisent cette technologie comme un levier de garantie supplémentaire face aux risques. C’est ce qu’a déjà entrepris le groupe Allianz avec la start-up anglaise Everledger, qui a été accélérée au sein de l’Accélérateur Allianz à Nice, et qui est spécialisée dans la protection des diamants : ces derniers sont analysés et enregistrés dans un vaste registre qui mémorise leurs caractéristiques et facilite leur identification en cas de vol ou de contrefaçon. Dans la sphère financière, Allianz et la start-up Nephila ont élaboré une méthode de swap de risque de catastrophe naturelle, qui permet d’accroître l’efficience et la rapidité de traitement des « cat swaps » et des « cat bonds » (contrats d’échange et obligations catastrophe), décisifs dans le domaine de l’assurance contre les grandes catastrophes. 

Des valeurs consolidées : la blockchain au service de l’ADN des assureurs 

Les pistes d’innovation pour améliorer le service apporté aux assurés ne manquent pas, comme l’ont parfaitement compris les autres groupes d’assurance qui viennent de lancer avec Allianz une initiative commune (B3i) autour de la blockchain. Elles incluent l’interconnexion avec le monde physique (voitures, maisons) apportées par une start-up comme Ledger, spécialisée dans les portefeuilles Bitcoin sécurisés par carte à puce, ou bien des expérimentations pour indemniser les 60% de voyageurs qui ne demandent jamais de dédommagements pour retard sur un vol. 

Certes, il est encore trop tôt pour dire avec certitude si la technologie blockchain transformera complètement ou marginalement l’univers de la finance – l’assureur est obligé de dresser ce constat –, mais une chose est certaine : la personnalisation et la transparence permises par cette innovation ouvrent la voie à une réinvention des services, au plus près des attentes de la clientèle (plus exigeante, plus connectée, etc.), tout en réaffirmant l’ADN et la mission fondamentale des assureurs : tisser une relation de confiance toujours plus forte avec les assurés.