Les distributeurs craignent un embouteillage de films à la réouverture des cinémas et sont à la recherche de films offrant un débouché moins incertain. Le film de genre apparaît comme une réponse grâce à sa compatibilité avec les plateformes SVOD. Pourtant, alors que celui-ci est promis à un bel avenir artistique et financier, en Europe, les producteurs peinent à trouver des financements.

Netflix a annoncé financer le prochain film d’Alexandre Aja. Si les adeptes du film de genre peuvent se réjouir du retour du réalisateur de Haute-Tension, cette annonce illustre surtout le retour au premier plan du cinéma de genre en Europe.

Le film de genre est à tort trop peu considéré, malgré un potentiel de rentabilité élevé.

Le film de genre, qui désigne aujourd’hui principalement films d’horreur, thrillers à suspens, ou films de science-fiction, est à l’origine de certains des succès les plus rentables de la décennie. Ceux-ci peuvent réaliser d’importantes recettes à partir de budgets contenus à l’image de la franchise Paranormal Activity (890M$ au bBox-office pour 28M$ de budget cumulé) ou encore Get Out (255M$ au box-office pour 4,5M$ de budget).

Les Européens ne sont pas en reste. La riche histoire littéraire du vieux continent en fait un réservoir de franchises potentielles. L’Europe du Nord, connue pour sa littérature de polar, a ainsi offert de nombreuses adaptations au cinéma à l’instar de la saga Millenium. Récemment, le huis-clos danois The Guilty a séduit de nombreux acheteurs internationaux et fait l’objet d’un remake américain. L’Espagne, qui a une longue tradition du film de genre, a connu de beaux succès avec [REC] ou plus récemment avec Veronica, très remarqué sur Netflix. La France aussi, avec Grave ou Revenge, vendu dans plus de 60 territoires. Les talents nationaux sont prisés : Alexandre Aja, Louis Leterrier, Coralie Fargeat ou encore Pierre Morel sont courtisés outre-Atlantique.

Pourtant, le film de genre reste difficile à financer en raison d’outils de financement inadaptés.

Le film de genre est naturellement orienté vers l’international. La langue ne constitue pas un frein à l’export, comme le montre le succès mondial de Parasite, et la priorité est souvent donnée aux sensations. Ceci étant, les réalisateurs européens ne font pas pour autant de concession sur les ressorts dramatiques d’un scénario, le rapprochant ainsi du cinéma d’auteur, à l’image de Julia Ducourneau. 
La faiblesse du dispositif de financement est liée au fait que celui-ci repose dans de nombreux pays européens sur les pré-achats des chaines de télévision. Généralement soumis à des restrictions d’âge, ce type de films ne bénéficie pas de pré-achats importants. Et ce sont les plateformes qui prennent le relai comme le montrent les productions Netflix en cours ou récemment sorties : O2, Balle Perdue, La Terre et le Sang.

Pour soutenir la création française, on peut saluer l’initiative de Parasomnia Productions, qui s’inspire du modèle de Blumhouse ou encore la mise en place par le CNC il y a trois ans d’un appel à projet qui permet de soutenir financièrement chaque année trois films de genre. Ce dispositif a notamment permis de financer La Nuée de Just Philippot (Cannes 2020), acheté par Netflix pour une diffusion mondiale.

Cependant, cela ne suffira probablement pas. Ces films doivent trouver d’autres sources de financement car ils peuvent s’avérer très profitables. De quoi nourrir la réflexion autour du financement privé dans le cinéma – les films de genre pourraient bien constituer une sérieuse opportunité.

Tribune rédigée par Frédéric Fiore, président du groupe Logical Pictures

<<< À lire également : « Des Révolutions A Venir Dans Le Financement Du Cinéma Français » >>>