Changer le monde, monter des start-up, rompre avec les modèles économiques établis, autant de rêves et de vocations qui animent avec passion cette nouvelle génération

Il fut un temps où la voie royale perçue par les jeunes diplômés était les entreprises du CAC 40. Les meilleurs s’inséraient pour leur première expérience professionnelle dans ces groupes pour y faire carrière. Puis, succédèrent à cette mode les cabinets de conseil en management ou en stratégie, les banques d’affaires, et fonds de M&A. Aujourd’hui, la tendance est celle des start-up pour ceux qui ont fait les meilleures études, avec souvent à la clé un départ heureux pour les Etats-Unis. Avoir 25 ans et être entrepreneur aujourd’hui, c’est être d’une génération née avec le terme de start-up. 


Mais, 25 ans, est-ce l’âge de maturité pour autant ? En effet, ce terme de « start-up » s’est réellement imposé vers le milieu des années 1990. A l’époque, souvent renommées « dot-com », elles s’apparentaient comme le moyen le plus certain pour concrétiser le gigantesque potentiel issu de l’émergence d’Internet. C’est l’époque où Google, Amazon, eBay, Yahoo,… sont apparues avec une ambition sur le monde, popularisant des modèles économiques de rupture et des méthodes d’innovation qui continuent à faire leur succès plusieurs décennies après.

Puis, les années 2000 sont arrivées, décimant les start-up. Alors que celles-ci abordaient tout juste l’âge de l’adolescence, le crash financier de mars 2000 détourna les fonds de l’investissement en innovation et les grands comptes des start-up. L’adolescence des start-up fit alors face à une confrontation brutale avec un monde économique qui l’ignorait et qui s’illusionnait sur le fait que rien ne changerait vraiment. Beaucoup de start-up périrent, telle une sélection naturelle. Si on peut définir une start-up comme une organisation temporaire qui sert à trouver un business model pérenne et industrialisable, celles qui ont résisté ont démontré comment l’innovation technologique pouvait se muer en géant, doté d’un pouvoir considérable dans la relation avec le consommateur.

Vers l’année 2005, personne ne pouvait encore imaginer la puissance de ceux que l’on finira par appeler GAFA. Néanmoins le terme « start-up » resta difficile à assumer jusqu’aux années 2010, tellement il était assimilé par le grand public aux excès d’une adolescence en trop-plein d’idéal et d’argent. Facebook marqua un redémarrage et un renouveau. L’interaction sociale devenait un modèle synonyme d’hyper-croissance, au fur et à mesure que la relation à l’autre devenait dématérialisée, multimédia et temps réel. C’est l’apparition d’une relation du « tout à l’ego » pour certains, et le symbole d’une adolescence qui s’émancipe pour d’autres. L’effet Facebook a produit des preuves complémentaires de la capacité à créer un géant par l’innovation. La surexposition des leaders de la tech a explosé, et avec, le terme de « start-up » a repris de sa superbe. Depuis 10 ans en effet, les start-up prises dans leur ensemble et associées au secteur de la tech sont perçues comme un secteur d’activité contributif du PIB et générateur d’emploi. On leur admet donc des incitations fiscales pour accélérer leur financement. Voire on sacralise les plus belles pépites avec un comité Next40. 

Mais cette reconnaissance publique a un revers : celui de la responsabilité envers la société. Si le passage dans l’âge adulte des start-up se conjugue désormais avec responsabilité, l’excellence technologique et la rapidité d’action ne peuvent excuser un minimum de prise en compte de l’empreinte sociétale et environnementale. A titre d’illustration, la « Gig Economy » ou économie des petits boulots, chère à Uber, Deliveroo, … ne peut durablement croître en ignorant la réalité sociale des indépendants qu’elle mobilise. Même si l’idéologie libertarienne et le désir de plus de flexibilité ont trouvé leur salut dans cet usage qui multiplie les opportunités de petits boulots ; pour d’autres, la « Gig Economy » reste leur seul débouché pour travailler. Dans tous les cas, cela n’exonère ni de l’éthique, ni de la morale comme elle s’impose à tout dirigeant d’entreprise. L’âge de responsabilité des start-up les projette dans un monde qu’elles doivent accepter et intégrer. Nous avons beaucoup à apprendre d’elles, car elles nous font évoluer avec le monde qu’elles veulent changer. Mais elles doivent aussi savoir intégrer le bon niveau d’éthique et de responsabilité, afin d’éviter une distorsion dans les pratiques avec les leaders de l’ancienne économie qu’elles veulent concurrencer.