Depuis la « jurisprudence Cahuzac » et, dans la foulée de l’affaire impliquant le ministre du Budget, la création en 2013 de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), le patrimoine des ministres ou des potentiels aspirants à un maroquin est passé au peigne fin. Revue de détail.

Décembre 2017. La Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATV), organisme créé en « réaction » à l’affaire Cahuzac, a levé le voile sur le patrimoine des ministres du gouvernement Philippe.  Si Nicolas Hulot (7 millions d’euros) – qui a depuis quitté son poste avec fracas – et Muriel Pénicaud (7,5 millions d’euros) trustaient la tête de ce classement, ils ont tous les deux été dépassés – de la tête et des épaules – par la secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des Finances et illustre inconnue du grand public : Delphine Geny-Stéphann. Comme révélé par l’Obs, le patrimoine de cette polytechnicienne et ingénieure des Ponts, atteindrait la somme de… 16 millions d’euros (!), soit plus du double de celui de Muriel Pénicaud et, également, largement supérieur au « champion » tous gouvernements confondus depuis 2013, l’ancien ministre des collectivités locales de  François Hollande, Jean-Michel Baylet. Propriétaire de la « Dépêche du Midi » et ancien président du Parti radical de gauche,  celui-ci avait fait état d’un patrimoine avoisinant les 8 millions d’euros.  Soit deux fois moins que Delphine Geny-Stephann.

Si le nombre de « millionnaires » du gouvernement Philippe (un tiers d’entre eux, citons pêle-mêle François Nyssen, Agnès Buzyn, Françoise Parly, Nathalie Loiseau, Jacques Mézard ) s’explique également  par l’abondance de ministres issus de la société civile, ayant déjà à leur actif une carrière des plus « accomplies », le patrimoine de Delphine Geny-Stéphann  atteste également d’une vie professionnelle rondement menée. Outre deux (grands) appartements parisiens de 240 et 117 m2 et deux propriétés en Bretagne de 280 et 120 m2, la ministre posséderait pour plus de 7 millions d’instruments financiers… et surtout 68% de la start-up Alcméon, dont son mari, l’entrepreneur Bernard Stephann, est  président et fondateur, spécialisée dans le « social messaging ». En somme, une solution « innovante et hybride » pour service client premium. Fondée en 2015, cette start-up est actuellement hébergée à la « Maison des Start-up », sous le patronage de LVMH, au sein du campus parisien de Station F.

De Bercy à Saint-Gobain… et retour à Bercy

Mais l’Obs remarque également que ces fameux 68% n’apparaissent pas dans la déclaration d’intérêts rendue par la ministre, comme nous l’indique, en effet, cette déclaration dûment remplie ici. D’ailleurs, l’hebdomadaire sous-entend que la discrétion a été de mise au moment de dévoiler son patrimoine puisque les informations relatives à celui-ci ont été transmises fin juillet, en pleine « torpeur estivale » à la Haute autorité. Ayant été nommée, avec son collègue Olivier Dussopt, en novembre 2017, Delphine Geny-Stephann, actuellement aux prises avec la loi PACTE à l’Assemblée nationale aux côtés de son ministre de tutelle Bruno Le Maire, a été autorisée à rendre ces documents plus tard. Mais son cheminement – haute fonctionnaire de Bercy avant de passer dans le privée – explique également sa « bonne fortune », comme le rappelle l’Obs.

Après six ans à la direction du Trésor pour travailler au sein de l’Agence des participations de l’Etat, ce qui lui permet ainsi de siéger – au nom de l’Etat – au sein du conseil d’administration de plusieurs entreprises publiques comme la Française des Jeux, Delphine Geny-Stéphann exportera ses talents à Saint-Gobain où elle officiera en tant que directrice de la stratégie.  Un poste qui lui rapportera 197 000 euros par an (selon sa déclaration de mars 2018) et lui permettra cette fois de siéger en son nom au sein de conseil d’administration de plusieurs autres fleurons de l’industrie française, au premier rang desquels Thalès. Une carrière rondement menée, comme évoqué en préambule, qui devrait permettre à la ministre d’obtenir un surcroît de notoriété auprès du grand public… dont on imagine qu’elle se serait volontiers passée.