Plate-forme en ligne, Moralscore propose de comparer les entreprises par secteur en fonction de leur performance éthique, en prenant en compte leurs politiques fiscales, sociales ou environnementales. Le score obtenu dépend des attentes des utilisateurs et peut être même totalement personnalisé. 

Anthony Zwiebel, co-fondateur de Moralscore, raconte aussi bien en direct comment lui est venue l’idée de son site, qu’il ne l’écrit dans sa description sur LinkedIn : “Il y a deux ans, en rentrant en métro avec deux collègues, on se disait : « Y en a franchement marre de toutes ces sociétés immorales qui ne respectent ni la planète, ni leurs salariés, ni même la fiscalité. Quand on achète une paire de chaussures, un téléphone, ou qu’on commande une pizza, on ne sait jamais vraiment ce qu’il se cache derrière… »”.


De cette conversation avec Rafi Haladjian et Ugo Dessertine, ses collègues chez Sen.se, est né Moralscore.org. Cette plate-forme a pour objectif de recenser toutes les entreprises d’un secteur donné et de leur donner une note d’éthique. Cette note repose sur plus d’une quarantaine de critères regroupés en une dizaine de familles qui vont de l’action sociale et environnementale à la conformité légale et la décence fiscale, en passant par l’usage et le traitement des données personnelles. Pour donner une note par critère, les quatre collaborateurs de Moralscore travaillent d’arrache-pied pour collecter un maximum d’informations, et mettent leurs sources à disposition des utilisateurs dans la fiche de description des entreprises : “Pour une firme donnée, il nous faut trois semaines de recherches“, explique Anthony Zwiebel.

Il n’y a pas de morale absolue

Si Moralscore ambitionne à terme de couvrir tous les secteurs et toutes les entreprises, la plate-forme avance doucement. Entamé début 2018 et mis en ligne sans communication en novembre dernier, le projet ne couvre pour le moment que cinq secteurs : les baskets, la livraison de nourriture à domicile, les smartphones, les compagnies aériennes, et les taxis/VTC, avec seulement cinq entreprises pour chacun de ces secteurs : “Les prochains domaines que nous voulons couvrir sont le e-commerce, les fast-food, les supermarchés, les cafés type Starbucks, les services de livraison de fleurs, et les banques, traditionnelles ou en ligne“, assure Rafi Haladjia, un des quatre co-fondateurs.

Des comparateurs “éthiques” des entreprises, il y en a déjà quelques uns. Moralscore a trouvé un moyen de se différencier : proposer des classements personnalisés en fonction des “valeurs” de chacun. Un utilisateur peut en deux minutes renseigner quels sont les aspects “moraux” d’une entreprise qui ont le plus d’importance pour lui, en ajustant son choix sur une échelle à cinq niveaux. “On pense qu’il n’y a pas de morale absolue”, justifie Anthony Zwiebel. “Pour certain, jouer sur la fiscalité c’est simplement de l’optimisation. Pour d’autres, si vous vendez un produit en France, il faut payer vos impôts selon la fiscalité française. Grâce à Moraslcore, vous pouvez placer le curseur où vous voulez.” A cet égard, le slogan “qui est gentil ? qui est méchant” qui accompagne la plate-forme est une marque de douce ironie plutôt rare dans l’univers souvent très premier degré de la RSE. 

Moralscore est un projet qui répond à une double tendance : d’un côté des consommateurs en quête de marques “éthiques” et désireuses de transparence sur la traçabilité, et les conditions de production des produits et des services qu’ils acquièrent ; de l’autre des entreprises qui ont compris que leurs démarches RSE pouvaient être un bon levier pour gagner des parts de marché. Rafi Haladjia, qui fut un des précurseurs des services sur Internet et des objects connectés en France, a fait le constat d’un brusque changement de mentalité, notamment dans la Tech : “Il y a encore trois ans, tout le monde était fasciné par le fait qu’en appuyant sur un bouton sur son smartphone, vous aviez cinq minutes plus tard un chauffeur dans une belle voiture noire prêt à vous emmener où vous voulez. Et ce sans jamais s’imaginer que le chauffeur était payé une misère et que votre argent partait directement aux Pays-Bas. Maintenant on connait l’envers du décor.” “L’envers du décor”, tiens, ça leur ferait aussi un bon slogan à Moralscore.