Alors que s’ouvre l’Université du MEDEF, son président Pierre Gattaz confie dans une interview au Figaro l’une de ses 60 idées pour développer l’entreprise : « méditer 10 minutes par jour…car c’est bon pour la productivité ! » Une évidence estime le patron du MEDEF. Reste que le lien entre méditation et productivité mérite d’être creusé un peu plus.

Les recherches sur l’impact des techniques de méditation sur l’entreprise remontent au début des années 70. Elles montrent qu’en diminuant le stress, la méditation améliorerait plusieurs indicateurs, dont celui de la productivité, une préoccupation permanente pour tout chef d’entreprise. Qu’est-ce qui influe sur la productivité? Quel est l’impact du coût de l’énergie? Quel est celui des nouvelles technologies? Y-a-t-il des facteurs personnels à prendre en compte ? L’économiste français Gilbert Cette[1], membre du Conseil d’Analyse Economique a étudié en profondeur l’évolution de la productivité aux quatre coins de la planète. Le graphe réalisé à partir de ses travaux illustre l’évolution de la productivité horaire de 1891 à nos jours. La conclusion de ses travaux montre que l’augmentation de la productivité depuis 150 ans a été essentiellement due à un seul facteur : le coût de l’énergie et son impact sur le machinisme ! C’est ainsi que le charbon et  le pétrole auront marqué deux époques majeures dans la plupart des pays industrialisés. Les autres facteurs n’ont joué selon lui qu’un rôle marginal. Ainsi donc, contrairement à certaines idées reçues, l’invasion de l’informatique et l’arrivée d’Internet n’auront pas joué de rôle déterminant sur la productivité.

Résultat des travaux de Gilbert Cette

Reste bien sûr les facteurs de productivité propres à chacun d’entre nous. L’abondante littérature disponible sur le sujet traite en long et en large les nombreux facteurs organisationnels qu’il faudrait prendre en compte. Le livre américain à succès « Seven habits of highly effective people » donne le ton. Sans faire une liste exhaustive des habitudes à cultiver, retenons l’habitude de mettre ses objectifs par écrit. A l’heure où nous sommes tous submergés d’informations, cette habitude libère le mental d’un effort de mémoire et permet de garder un œil constant sur les priorités, quitte à ajouter «urgent» lorsque c’est nécessaire. Bien sûr, une telle démarche nécessite de connaître clairement le résultat à obtenir, ce qui exige des fonctions cognitives en parfait état de fonctionnement. L’informatique peut aider en proposant des tableaux de bord faciles à optimiser, mais cela ne suffit pas. Les vendeurs savent ce qu’ils veulent obtenir en termes d’objectifs, mais n’y arrivent pas pour autant. Le vagabondage mental est un autre problème à prendre en compte. Les faits montrent que certains managers perdent du temps avant de se mettre en route dans leur travail. Ils attendraient une stimulation extérieure : un coup de fil, un email, le rappel d’un supérieur, etc. L’énergie personnelle est aussi à prendre en compte car au moindre signe de fatigue, la productivité baisse.

Productivité, une préoccupation permanente

Heureusement, les neurosciences nous apportent une compréhension approfondie du sujet. En effet, le dénominateur commun connu pour nuire à la productivité n’est autre que le stress. Il perturbe le fonctionnement cognitif, favorise le vagabondage mental et accroît la fatigue. Ce qui finit par réduire la capacité de travail de l’individu et donc sa productivité. Lorsqu’il s’installe dans la durée, le stress provoque aussi de nombreuses maladies, forçant le manager ou l’employé à s’absenter ou à remettre un travail de moindre qualité. Plusieurs études ont cherché à estimer le coût du stress au travail. En France, l’impact pour les entreprises avoisine 1,6 milliard d’euros par an. Le stress touche quatre salariés sur dix. Toujours en France, le coût social du stress – incluant les dépenses de soins, les dépenses liées à l’absentéisme, aux cessations d’activité et aux décès prématurés – est estimé entre deux et trois milliards d’euros si l’on croit une étude conjointe menée par l’INRS et Arts et Métiers ParisTech. D’après l’OMS, la France arriverait en 3ème position mondiale quant au nombre de dépressions en relation directe avec le travail. Ne perdons pas de vue que pour l’American Institute of Stress, ce fléau est responsable de 75 à 90% des consultations médicales et de 60 à 80% des accidents du travail. Au delà de l’impact qu’il a sur les employés, le stress désorganise les entreprises et les équipes de travail.

Lorsque le niveau de stress est élevé, l’absentéisme et le turn over augmentent, la motivation et la créativité baissent, entraînant une dégradation notable de la productivité qui se traduit par plus de rebuts ou des malfaçons. Le climat social est également dégradé. En raison de toutes ces conséquences, le stress coûte bien plus cher à l’entreprise que les chiffres évoqués plus haut. Ce constat les pousse à investir dans la prévention du stress. De nombreuses techniques ont été testées afin de réduire ce trouble. Les plus efficaces seraient les techniques de méditation. Notamment la méditation de la pleine conscience, pratiquée dans des entreprises comme Google ou Apple, et la méditation transcendantale, adoptée par de nombreuses institutions financières de Wall Street. Sont proposées aux DRH, aux équipes dirigeantes et aux comités d’entreprise l’apprentissage de ces techniques pour réduire le stress dans l’entreprise et de cultiver le potentiel de chacun. Parmi les résultats visibles on note une augmentation de la productivité.

Amélioration de la productivité après trois mois de pratique

La technique de méditation transcendantale a été introduite depuis les années 70 dans de nombreuses entreprises évoluant dans différents secteurs de l’économie. Une étude a mesuré l’effet de la méditation transcendantale sur les employés d’une grande usine de fabrication d’un  grand groupe du Fortune 100[2], et une petite entreprise de distribution. Après trois mois de pratique régulière, la comparaison avec un groupe témoin a permis de constater une amélioration de l’efficacité des employés, de la satisfaction au travail, des relations professionnelles et personnelles, de la stabilité physiologique et de la stabilité lors de l’exécution d’une tâche mentale (mesurée par les niveaux de conductance de la peau) ainsi que de l’amélioration de l’état de santé générale. Les employés qui méditaient régulièrement signalaient une diminution de l’anxiété, de la tension au travail, de l’insomnie et de la fatigue. La consommation de cigarettes et d’alcool a également baissé.

Une autre étude s’est focalisée sur les effets après huit mois de pratique de la méditation transcendantale par des employés d’une entreprise de gros. Les évaluations par rapport à un groupe témoin ont été faites par deux observateurs ainsi que par les sujets eux-mêmes. Les employés qui pratiquaient la méditation transcendantale ont obtenu des scores significativement plus élevés que le groupe témoin au Leadership Practice Inventory. Ce test mesure des facteurs importants pour des managers comme la vision, la créativité et l’autonomie. Les deux médiateurs de l’étude ont remarqué d’autres changements comme une plus grande efficacité au travail, une augmentation de l’énergie au travail comme en dehors du travail ainsi qu’une plus grande facilité à prendre des initiatives ou plus de calme dans les situations stressantes. Une autre étude portant sur l’équipe de direction d’une entreprise suédoise suggère que les changements psychologiques qui accompagnent la pratique de la méditation transcendantale améliorent les capacités de management des tops managers. Ces résultats montrent une forte corrélation entre la pratique de la méditation transcendantale et l’amélioration des capacités de leadership. Elles confirment les résultats d’autres études montrant une relation positive entre la pratique de la méditation transcendantale et l’amélioration générale du fonctionnement mental.

[1]                                  Selon Wikipedia, Gilbert Cette a exercé principalement son activité à la Banque de France dont il a été à partir de 2005, directeur des analyses macroéconomiques et des prévisions avant de devenir directeur des analyses micro-économiques et structurelles. Il est également professeur associé depuis 1995 à Université de la Méditerranée Aix-Marseille II.

[2]                              Classement établi par le magazine américain Fortune