Nous savons tous, depuis le 11 Septembre 2001 et encore plus depuis un peu moins de 3 ans ( tensions géopolitiques ), que notre époque est vraiment traversée – voire criblée – par l’incertitude. Clairement, l’avenir peut emprunter plus d’un chemin et ceci bouleverse le déroulé de la stratégie des firmes.

En matière de fusions-acquisitions, la tendance à la consolidation sectorielle se poursuit ( ciment LafargeHolcim, automobile PSA – Opel ou Renault Nissan et Mistubishi, laboratoires pharmaceutiques, etc ) mais certains projets sont remis à plus tard faute de visibilité.

La prospective (http://www.e-marketing.fr/Definitions-Glossaire/Prospective-242848.htm#Bz2HiJQq6rBtqEdH.97) est parfois délaissée au profit d’hasardeuses projections peu maillées qui éloignent de la compréhension des variables motrices du futur. Rien n’est plus dangereux qu’une explication parcellaire ! Souvenons-nous du sinistre industriel de Kodak ou des erreurs stratégiques majeures d’Areva.

Un homme comme Paul Delouvrier (http://www.delouvrier.org/?q=presentation/pauldelouvrier ) s’était vu confier par le Général de Gaulle l’élaboration du schéma d’aménagement de la Région parisienne au début des années 1960. Des décennies plus tard, chacun s’accorde à reconnaître le bien-fondé de ses techniques prospectivistes qui sont – notons le ici – pour partie reprises par certains travaux préparatoires du Grand Paris de 2025.


La prospective, ce n’est pas des slides prétentieux de gourous du consulting, c’est un travail collectif et visionnaire qui cherche à tailler dans le granit les contours de la ” big picture ” de demain.

La digitalisation accélérée de nos économies va nous contraindre à reprendre des méthodes de prospective comme celles inventées finement dans les années 1980 à Harvard par les Professeurs Norton et Kaplan via ” The Balanced scorecard ” ( traduit comme ” Le tableau de bord prospectif ” http://www.piloter.org/balanced-scorecard/ ).

Des firmes comme Danone avec ses alicaments, Nestlé et ses développements en nutrition végétarienne, L’Oréal et ses nouvelles capacités d’adressage des consommatrices du Sud nous montrent le chemin de travaux prospectifs à visée opérationnelle.

La prospective suppose de réunir les six faces d’un dé nommé succès.

1 ) Un travail prospectif ne doit pas être une suite de palabres dont les adeptes de Powerpoint aiment à se gaver. Ce que bien des travaux gagnent en extension volumique, ils le perdent en pertinence.

2 ) Il faut se défier des cas fréquents où les lignes hiérarchiques excessives rendent stériles l’exercice. Gardons présent à l’esprit l’analyse de l’économiste libéral Frédéric Bastiat : ” Il y a trop de grands hommes dans le monde ; il y a trop de législateurs, organisateurs, instituteurs de sociétés, conducteurs de peuples, pères des Nations, etc. Trop de gens se placent au-dessus de l’humanité pour la régenter. Trop de gens font métier de s’occuper d’elle. ” ( La Loi, 1850 ).

3 ) La prospective suppose une rigueur scientifique tout autant qu’une imagination ” out-of-the-box “. Elle a le charme de la pensée errante ( ” wandering thinking ” ) tout autant que la rigueur de la programmation linéaire : repérage et énoncé des droites de contraintes. Emergence du ” champ des possibles ” et choix du cap retenu.

4 ) D’un travail commun avec le philosophe Michel Filippi ( http://lecercle.lesechos.fr/node/156268/

  ) nous avions déduit que la stratégie performante doit s’appuyer sur du temps long. Pour la prospective, le défi est plus insidieux car un bon exercice de mise en perspective des réalités supposées de demain oblige les collaborateurs de la firme à une mobilisation tramée et non à un exercice de pseudo-dilettante. Or, le temps est une denrée rare.

5 ) Un outil-clef de la vectorisation de la pensée prospective est le RHD : raisonnement hypothético-déductif cher aux économistes. (http://tecfa.unige.ch/tecfa/teaching/stafonze/module2/grille3/concept_1.html )

6 ) La prospective réussie suppose une concentration apaisée, une pensée baignée d’ataraxie (http://littre.reverso.net/dictionnaire-francais/definition/ataraxie ) pour mieux embrasser la préfiguration des lendemains.

En fait, la prospective est assez naturelle pour l’homme ou la femme manager et Marguerite Yourcenar mérite amplement d’être citée : ” Le véritable lieu de naissance est celui où l’on a porté pour la première fois un coup d’œil intelligent sur soi-même ” ( Mémoires d’Hadrien ).