Télétravail et cours à distance sont au menu des écoles de commerce afin d’assurer suivi des élèves et continuité pédagogique, malgré la mise en pause de la vie associative qui structure le quotidien sur le campus. Autre enjeu de taille : l’organisation des concours du printemps. 

Dans les campus, pas âme qui vive. Ou presque. Quelques membres des administrations demeurent encore dans les couloirs des écoles de commerce françaises, mais la majeure partie est désormais à la maison. “En termes d’organisation interne, NEOMA compte aujourd’hui 590 collaborateurs en télétravail, soit plus de 90% de l’effectif global”, explique Delphine Manceau, directrice générale de Neoma Business School, qui compte 9 500 étudiants répartis sur ses deux campus de Reims et de Rouen. 


Entre leurs énormes coûts et leurs effectifs imposants, les grandes écoles de management françaises sont devenus des mastodontes de l’enseignement supérieur français. Cela ne les empêche pas de faire preuve d’une certaine souplesse en ces temps de crise de coronavirus. Alors qu’il n’est pas encore obligatoire pour tous de travailler chez soi, le télétravail a été systématisé. 

Dans l’ADN de ces écoles, plusieurs outils sont mis en place pour permettre aux équipes de continuer à travailler mais également pour rester au contact des collaborateurs isolés… Et des étudiants : “Notre priorité est de veiller à la santé de nos collaborateurs, professeurs, étudiants et celle de nos partenaires à travers le monde. S’assurer aussi de ne pas laisser des collaborateurs isolés sans soutien de leur équipe. Chaque équipe installe des rituels quotidiens et partagent sur Planner ou Klaxoon les tâches à accomplir. La priorité à très court terme est de réussir la fin du semestre pour tous nos étudiants français et étrangers, confinés en France ou à travers la planète”, nous raconte Thomas Froelicher, Directeur Général de Rennes Business School. 

Cours et partiels à distance

Déjà friandes des plate-formes en ligne et autres Mooc, les grandes écoles de management détient assurer “une continuité pédagogique” malgré le confinement. Et cela passe évidemment par des cours à en ligne. Skema assure avoir sur un délai très court, réussi à opérer la bascule de tous ses enseignements à distance. Sur les 7 campus concernés, cela impacte près de 70 programmes différents dont certains sont composés de groupes multiples. A Rennes, pour finir le semestre, 144 professeurs sont mobilisés et préparent l’adaptation de leurs enseignements et des examens. Pour Delphine Manceau de Neoma, “l’objectif est de ne pas créer de rupture dans le cursus de l’étudiant. L’ensemble de la communauté étudiante de NEOMA est concerné par le passage aux classes virtuelles Ils seront tous amenés, dès lundi 23 mars, à reprendre leur cours, à distance certes mais sur la base du planning qui était prévu initialement. Le lien permanent avec nos étudiants comme le personnel au sens large est également une priorité, pour animer notre communauté, maintenir le contact, même à distance.”

Pour ce qui est des examens et des rattrapages, les écoles de commerce se veulent rassurantes : ils auront lieu mais à distance. Les administrations réfléchissent aux meilleures façons d’évaluer les compétences acquises soit par des oraux en visio soit par des travaux à faire depuis chez soi. “La faculté travaille en étroite collaboration avec les équipes pédagogiques et administratives afin de transférer les examens initialement prévus sur table vers d’autres modalités, explique Delphine Manceau. Les équipes ont déjà référencé et testé plusieurs solutions d’examens en ligne permettant de virtualiser les examens.La possibilité de mettre en place des oraux à distance, des open book exam qui permettent à l’étudiant de s’appuyer sur ses cours pendant l’évaluation ou l’examen individuel sur Moodle à partir d’un tirage aléatoire d’une série d’exercices ou de questions sont également à l’étude.”

Ainsi, la faculté travaille actuellement sur différentes modalités d’évaluation plus adaptées, en accord avec le règlement des études. Il n’est pas question que cela puisse remettre en cause la diplomation.

En tous les cas, les directions des écoles que nous avons contactées assurent que le confinement ne mettra pas en péril la diplomation à venir des étudiants. 

Exit les stages et les assos

Deux moments majeurs de la formation en école de commerce sont également mis en suspens : les stages, souvent annulés, et les associations, dont les événements rythment et structurent la vie étudiante dans ces grandes écoles, sont évidemment à l’arrêt. “C’est la seule activité qui ne puisse être digitalisée même si les étudiants ne manquent pas d’imagination pour rester connectés entre eux par différents challenges. Les élections BDS/BDE  qui traditionnellement se faisaient par le biais d’un vote étudiant vont basculer en grand oral devant un jury”, rapporte Armand Derhy, directeur général de la Paris School of Business. “Si la partie animation et déploiement des projets associatifs est actuellement à l’arrêt, les étudiants sont mobilisés dans « l’après ». Ils travaillent déjà en collaboration avec nos équipes d’encadrement sur la définition du calendrier des projets sur les mois à venir ainsi que sur le recrutement des futurs membres de la vie associative. A titre d’exemple, aujourd’hui, près de 25 entretiens de recrutement sont assurés via Skype”, explique quant à elle Delphine Manceau. 

Pour ce qui est des stages, Alice Guihlon, directrice générale de Skema, “souhaite que les entreprises puissent prendre les étudiants en stage en décalant le démarrage et en raccourcissant la période. C’est important de maintenir les stages.” Mais quand ce n’est pas possible, les écoles doivent s’adapter pour ne pas mettre en péril la diplomation des étudiants, puisque les stages font partie intégrante du diplôme finale : “Les stages sont aussi impactés car beaucoup sont annulés, reportés ou interrompus. Nous procédons actuellement aux modifications des règlements pédagogiques afin de ne pénaliser aucun étudiant. Des communications dans ce sens ont été diffusées aux étudiants actuellement en stage”, assure Delphine Manceau de Neoma.

Des concours incertains 

Une dernière question reste troublée par cette pandémie : celle des concours. La banque d’épreuves Sésame, à travers laquelle Neoma, Kedge, Rennes et Strasbourg recrute ses étudiants en post bac (Global BBA, CESEM & TEMA) a notamment décidé de renoncer au concours prévu le 8 avril prochain pour une sélection des candidats sur l’examen de dossier via Parcoursup, comme suite aux recommandations du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche. 

Pour ce qui est des concours post-prépa, les écoles de commerce n’ont pas encore statué. La Banque commune d’épreuve dont fait partie Skema et qui regroupé 21 grandes écoles de management envisage de reporter les épreuves. Les annuler semble compliqué : “Tous les scénarios sont à l’étude pour permettre le bon déroulement des concours dans les meilleures conditions et nous vous tiendrons informés, d’ici début avril, des mesures qui pourraient être prises en fonction de l’évolution de la situation sanitaire”, assure la BCE aux candidats sur son site. Du côté d’Ecircome, autre grande banque d’épreuve de concours post-prépa, le flou demeure même si l’instante essaye de rassurer : “Nos concours se réalisent à partir d’une collaboration étroite au sein d’ECRICOME avec Neoma BS, Kedge BS et EM Strasbourg, relate Thomas Froehlicher de Rennes. Nous sommes très régulièrement réunis virtuellement pour piloter les ajustements. Ce sera un travail intense de réaliser les ajustements mais nous relevons ce défi et pouvons rassurer les candidats et leurs familles, les professeurs de classes préparatoires et l’APHEC (association des professeurs des classes préparatoires) sur notre mobilisation. Nous devons aussi penser aux candidats en admission parallèle qui terminent leurs inscriptions ce week-end.” 

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