Depuis deux ans, des jeunes pousses développent des solutions de vélo de fonction. Une nouvelle forme de mobilité efficace en milieu urbain et qui surfe sur les grèves, le covid, le boom des deux roues électriques et des politiques incitatives. 

Entre les grèves de la fin d’année 2019 contre la réforme des retraites et la crise sanitaire actuelle, le vélo est de plus en plus plébiscité. Dans le premier cas, parce que les utilisateurs ne pouvaient pas prendre les transports en commun. Dans le second, pour éviter les contacts avec d’autres personnes dans les rames de métro. En outre, rien qu’à Paris, la politique de la mairesse réélue, Anne Hidalgo, favorise la pratique de la bicyclette. D’autant qu’elle restreint celle de la voiture. 


Sauf que l’usage du vélo, notamment dans le cadre professionnel pour les trajets au travail, n’est pas encore si évident. Notamment parce que le risque, surtout en pleine canicule, est élevé d’arriver en nage au bureau. Les vélos électriques sont eux aussi en plein boom : mais ils coûtent chers, aux alentours de 1 500 euros pour un bon destrier. Quant aux vélib, selon les stations, le problème demeure de pouvoir en trouver des libres, ou en bon état, et de tomber sur une place de stationnement vacante à la station d’arrivée. 

Et si la solution résidait dans les vélos de fonction ? C’est le pari réalisé par plusieurs start-up depuis deux ans. 

Moins cher qu’un pass navigo, plus pratique qu’un scooter

Thomas Beaurain a travaillé deux ans dans le conseil. Bringuebalé dans toute l’Ile-de-France au gré du changement de clients, l’usage des transports en commun lui apparaît fastidieux : il faut une heure et demi en métro et RER pour parcourir des distances relativement courtes. Son employé lui propose un scooter de fonction : sauf que l’engin coûte rapidement cher en essence et en entretien. D’autant que la politique de la ville de Paris est de moins en moins tolérante avec le stationnement des deux roues à moteur. 

Avec deux autres associés, Antoine Repussard et Olivier Issaly, il lance en 2018 Zenride, précurseur en France dans les solutions de vélo d’entreprise. L’offre est simple : Zenride travaille avec un réseau de magasins de vélos. Une fois informé par son employeur de la possibilité de profiter d’un vélo de fonction, le salarié se rend dans le magasin de son choix et loue le vélo qui lui convient le mieux, qu’il soit électrique, pliable ou plus sportif : “Nous avons des utilisateurs qui se font plaisir et prennent des vélos de route pour aller au travail en semaine et partir en virée le week-end”, relève Antoine Repussard. L’usager paiera la location au prorata du prix de base de l’engin. Pour un vélo électrique à 2 000 euros, cela revient à 43 euros par mois pour l’employeur, et 25 pour le salariés : moins cher qu’un pass navigo. Entretien, assurance et assistance compris. L’utilisateur pourra même racheter le vélo au bout des trois années de contrat. “Ce qui revient à  le racheter  quasiment à moitié prix”, affirme le CEO.  Zenride a aujourd’hui 50 entreprises clientes, comme Véolia, Euler Hermes, Havas Sport & Entertainment ou encore Microsoft, et compte 500 usagers réguliers. 

Dans la roue de Zenride, d’autres ont suivi, à quelques mois près. Comme Starbolt qui propose des flottes de vélos électriques – un seul modèle est disponible -, aux couleurs de l’entreprise, que les salariés peuvent emprunter selon leurs envies. Tim sport, spécialisé dans la pratique du sport en entreprise, développe aussi sa solution de location de flottes de vélo de fonction. 

Ecologie et culture d’entreprise 

Un des arguments phares est l’enjeu environnemental. “Avec mon associé, nous avons de fortes convictions environnementales. Nous nous sommes rendu compte que les flottes de véhicules thermiques d’entreprises coûtaient chers et polluaient beaucoup. Il fallait proposer une alternative, expliquait à Chef d’entreprise en 2019 Edouard Atger, fondateur de Starbolt. D’autant qu’à Paris par exemple, il faut savoir que 50% des trajets en voiture font moins de 3km de distance. Permettre à une entreprise de pouvoir optimiser son bilan carbone et satisfaire des collaborateurs de plus en plus désireux de se déplacer dans les temps de pause, c’est notre mission.”

Le vélo de fonction est en outre un levier pour les entreprises afin de développer leur marque-employeur : “Cela s’inscrit dans la mise en place d’une culture d’entreprise, explique Antine Repussard de Zenride. L’entrepreneur affirme son engagement pour le bien-être de ses salariés, en leur offrant la possibilité de pratiquer une activité bonne pour la santé. Il favorise également des modes de transport plus verts.”

Les perspectives de croissance de ces jeunes pousses semblent considérables, soutenues par la crise sanitaire : “Avant le covid, on était à 15 demandes d’information par semaine de la part d’entreprises. On est passé à 90 après le déconfinement”, assure Antoine Repussard. L’ambition est à la heure de l’opportunité : “On veut que le vélo d’entreprise devienne aussi incontournable que les tickets restaurants et le remboursement des titres de transport”, revendique le CEO de la start-up.