Une guerre commerciale entre les États-Unis et l’Union européenne (UE) a été évitée en juillet dernier après que les deux parties se sont mises d’accord sur un accord commercial de grande envergure. Cet accord a entraîné une baisse des droits de douane de 15 % sur la plupart des exportations européennes vers les États-Unis et un engagement de la part des Européens d’acheter pour 250 milliards de dollars par an d’exportations énergétiques américaines au cours des trois prochaines années.
Avec des engagements de cette nature, le diable se cache dans les détails. Le 27 juillet, jour de la signature de l’accord, aucune des deux parties n’a donné d’indications détaillées sur ce qui serait ou ne serait pas inclus dans le décompte annuel des dépenses de l’UE.
Un porte-parole de la Maison-Blanche a déclaré que l’accord couvrirait le pétrole, le gaz naturel liquéfié (GNL), le charbon ainsi que l’échange de technologies nucléaires, mais n’a pas précisé s’il incluait également les contrats de services énergétiques et les pièces détachées pour les infrastructures énergétiques européennes (par exemple, les centrales électriques et les réseaux).
Plus de questions que de réponses
En l’absence de précisions, la position conventionnelle serait de supposer que ce chiffre concerne les importations énergétiques de base, principalement fondées sur les exportations américaines de pétrole, de GNL et de charbon. Cependant, cela soulève à son tour plus de questions que de réponses quant à la réalisation effective de cet engagement.
Pour replacer les choses dans leur contexte, selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie (AIEA), l’organisme statistique du département d’État américain à l’Énergie, les exportations mondiales totales du pays en 2024 s’élevaient à 318 milliards de dollars.
Si l’on prend ce chiffre comme référence hypothétique, il faudrait vendre 78,6 % de ce montant à l’UE pour respecter l’engagement, ce qui est peu probable. En réalité, la part de marché du bloc commercial dans les exportations énergétiques américaines s’élevait l’année dernière à moins de 24 %, soit 76 milliards de dollars, selon Reuters.
Il est vrai que les liens énergétiques entre les États-Unis et l’UE se renforcent. C’est particulièrement le cas dans le secteur du gaz naturel. Selon les données d’Eurostat, le GNL américain représentait 55 % du marché européen et 27 % des importations totales de gaz de l’UE au premier semestre de cette année.
Cela nécessiterait une augmentation considérable si l’UE a l’intention de se rapprocher ne serait-ce qu’un peu de son engagement de 250 milliards de dollars par an envers le gouvernement américain.
De plus amples détails sont attendus avec impatience et pourraient être communiqués dès septembre. De hauts responsables européens ainsi que le secrétaire d’État américain à l’Énergie, Chris Wright, et le secrétaire à l’Intérieur, Doug Burgum, devraient prendre la parole lors du Gastech 2025, l’un des principaux événements annuels de l’industrie du gaz naturel, qui se tiendra à Milan, en Italie, du 9 au 12 septembre.
Ces développements interviennent à un moment critique pour la politique énergétique de l’UE. Selon un porte-parole de la Commission européenne, le bloc commercial est en passe de mettre en œuvre une interdiction totale des importations de gaz naturel par gazoduc et de GNL en provenance de Russie d’ici décembre 2027.
De plus, les dernières prévisions mensuelles de l’ICIS sur le gaz et l’électricité, publiées au début du mois, indiquent que le stockage de gaz en Europe devrait atteindre 79 % à la fin du mois d’août, ce qui démontre une certaine résilience avant l’hiver dans l’hémisphère nord, même sans les importations russes.
Cependant, modifier soudainement l’équilibre actuel pourrait avoir des implications des deux côtés de l’Atlantique.
Sécurité énergétique et entreprises privées
Les achats en gros auprès d’une source unique (en l’occurrence les États-Unis) ont de graves implications pour la sécurité énergétique de l’Europe, comme l’a démontré l’exposition excessive du continent et du bloc commercial à la Russie à la suite de la guerre entre la Russie et l’Ukraine en 2022.
De plus, bien que les États-Unis soient un allié naturel, une dépendance manifeste à l’égard des exportations américaines serait préjudiciable à la compétitivité des prix en Europe.
Cela pourrait également nuire aux consommateurs et à l’industrie américains, car les producteurs d’énergie du pays, en particulier les sociétés de gaz naturel, pourraient choisir de donner la priorité aux exportations dans leur quête de prix plus élevés. Cela intervient alors que les acheteurs asiatiques continuent de concurrencer l’Europe pour les cargaisons, étant donné que beaucoup se sont également engagés à acheter du GNL et du pétrole américains.
Par exemple, le Japon et la Corée du Sud ont tous deux accepté d’augmenter leurs importations de GNL américain afin d’obtenir des conditions commerciales plus souples avec le gouvernement Trump. En moyenne, les prix du gaz naturel en Europe et en Asie sont plusieurs fois supérieurs aux prix de référence du Henry Hub américain, actuellement inférieurs à trois dollars/MWh.
Cet engagement comporte une autre dimension qui risque de compliquer les choses. L’achat et l’approvisionnement européens en pétrole et en gaz sont régis par l’esprit d’entreprise privée.
La plupart des importations de pétrole en Europe sont gérées par des entreprises privées. Dans le cas du gaz naturel acheminé par gazoduc et du GNL, il s’agit d’une combinaison d’entreprises privées majoritaires et d’entreprises publiques.
Afin d’augmenter le volume de GNL américain entrant dans l’UE, la Commission européenne peut négocier de meilleures conditions pour les entreprises de son côté en regroupant la demande de GNL. Cependant, elle ne peut en fin de compte forcer les entreprises à acheter du GNL et interférer avec les décisions commerciales et les contrats, en particulier les accords à long terme déjà existants avec des pays autres que les États-Unis.
Enfin, l’énergie nucléaire semble également faire partie de cet engagement. De nombreux États membres de l’UE ont mis en place des plans d’action visant à investir et à développer leur empreinte nucléaire, conformément à leurs engagements en matière de zéro émission nette d’ici 2050.
Cela pourrait nécessiter des milliards de dollars d’investissements dans les importations de réacteurs nucléaires et de composants au cours des deux prochaines décennies. Cependant, miser sur une tendance potentielle à respecter un engagement à court terme en matière d’évaluation commerciale de la part des Européens serait au mieux inégal et difficile à évaluer.
En 2024, l’UE a importé pour seulement 60,3 milliards d’euros de composants et de combustibles liés aux réacteurs nucléaires, selon la Commission européenne. Il est irréaliste de supposer que tout ce commerce ira aux États-Unis. Et même si c’était le cas, les Européens n’atteindraient toujours pas le chiffre annoncé visant à satisfaire Donald Trump.
En résumé, on peut s’attendre à une augmentation des exportations énergétiques américaines vers l’Europe, qui est d’ailleurs déjà en cours. Cependant, à moins d’un miracle commercial et d’un abandon improbable de la diversification des importations énergétiques par l’UE, cet engagement a peu de chances d’être tenu.
Avertissement : cet article vise à stimuler la discussion sur la base de l’opinion et de l’analyse de l’auteur, exprimées à titre personnel. Il ne s’agit pas d’une sollicitation, d’une recommandation ou d’un conseil d’investissement pour négocier des actions, des contrats à terme, des options ou des produits liés au pétrole et au gaz naturel. Les marchés du pétrole et du gaz naturel peuvent être très volatils et les opinions dans ce secteur peuvent changer instantanément et sans préavis.
Une contribution de Gaurav Sharma pour Forbes US, traduite par Flora Lucas
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