Le poids des investissements provenant de Chine s’accroit de façon spectaculaire en France, comme l’a montré la prise de participation de Jin Jiang dans AccorHotels. C’est le signe de la vulnérabilité des groupes français autant qu’un levier incontestable pour le dynamisme du pays, indique Paul-Henri Ravier, ancien cadre de l’OMC.

L’offensive ne fait que commencer. Le groupe chinois Jin Jiang détient, depuis le 27 mai, 15,02% du capital d’AccorHotels. Le leader du tourisme en Chine est désormais le premier actionnaire du géant français de l’hôtellerie. Cette opération financière fait craindre au ministère de l’Economie la perte d’un des fleurons nationaux du secteur tertiaire. A l’heure, pourtant, où le nombre de touristes chinois explose à l’étranger, l’information est aussi une promesse pour le dynamisme économique de la France. Ils étaient 123 millions à parcourir le monde en 2015. Contre seulement 35 millions dix ans auparavant.

Le cas d’Accor est symptomatique d’une tendance plus lourde : la France attire en masse les investissements chinois. 3,6 milliards d’euros venant de Chine y ont été investis en 2015. En Europe, seule l’Italie fait mieux, avec 7 milliards. Cette deuxième place veut dire quelque chose au moment où le « Vieux continent » tout entier est devenu la première terre d’accueil des investissements de l’Empire du milieu. Outre l’acquisition d’une part importante d’Accor par Jin Jiang, le rachat du Club Med l’année dernière par le géant Fosun, et celui du groupe de mode parisien SMCP (détenteur de la marque Sandro) par Shandong Ruyi, attestent de l’attrait des grands groupes chinois pour les acteurs majeurs de l’industrie et des services français.

Une aubaine pour l’économie française

Inutile de s’inquiéter. Politiquement incorrecte, cette position est pourtant jugée plutôt sage par des économistes de premier plan. « Il n’y a pas de gourou caché au fond de la Cité interdite en train de prévoir la conquête du monde », s’amuse Paul-Henri Ravier, ancien directeur adjoint de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Selon ce spécialiste des relations avec l’Asie, le scénario actuel est tout-à-fait normal : « On n’a pas les moyens de faire du protectionnisme. L’Europe est démunie pour répondre à ces assauts en raison de sa division en plusieurs Etats. »

La deuxième puissance économique mondiale a profité des opportunités qui lui ont été offertes dans l’Hexagone pour tenter de s’y implanter durablement. « On était bien content d’aller les chercher pour investir dans Peugeot et Areva quand ils étaient en difficultés, rappelle Paul-Henri Ravier. Ils découvrent maintenant en Europe un marché solide où ils auraient tort de ne pas rester ».

Loin de susciter quelques appréhensions, cet afflux massifs de capitaux chinois dans les entreprises françaises peut aussi être perçu comme une aubaine. Certes, l’économie chinoise, très ouverte vers l’extérieur, se referme rapidement quand on essaye d’y prendre position. « Notre relation avec la Chine est asymétrique », confirme M. Ravier. Mais ces opérations financières sont l’occasion pour les multinationales hexagonales d’enclencher des partenariats avec ces géants asiatiques et de pénétrer un marché colossal.

Même si les avancées sont moins rapide dans l’autre sens, le potentiel de consommation chinois est immense. La Chine présente la classe moyenne la plus importante du monde, juste devant les Etats-Unis, avec 110 millions de personnes. Les Chinois qui en feront partie devraient être le double d’ici 2022. La feuille de route de Xi Jinping, le chef d’Etat chinois est claire : offrir à cette classe moyenne des canaux de consommation dignes de leurs nouveaux niveaux de vie. Seules les entreprises américaines et européennes peuvent alimenter certains d’entre eux.

Le tourisme au coeur des investissements

Le secteur du tourisme et du loisir est à ce titre un cas d’école. Le Club Med et Pierre et Vacances se sont liés, à des degrés différents, à des compagnies chinoises. Le premier, racheté par Fosun en 2015, avait entamé son rapprochement avec le groupe basé à Shanghai dès 2010, afin d’implanter cinq villages sur la côte. Pierre et Vacances quant à lui, a ouvert son capital au conglomérat HMA, dans le but d’exporter le concept « Center Parcs » sur le territoire chinois. La Compagnie des Alpes, numéro un mondial des remontées mécaniques, nous a aussi confirmé être en discussion avec Fosun pour une participation dans son capital.

Si la France séduit autant les investisseurs chinois, ce n’est pas seulement pour une histoire de vulnérabilité. L’Hexagone est, par ses marques, ses concepts et ses infrastructures, très attractif. « Pour des Chinois qui veulent faire fortune, la Chine, ce n’est pas l’Eldorado, explique Paul-Henri Ravier. Quand elle n’est pas inondée ou en grève, la France rassure. C’est du solide ». Aux yeux des Chinois, la France est une valeur sûre. Sûre, mais en berne. Et dont l’économie a besoin d’un bon coup de pouce.

Quand Jin Jiang a annoncé son engagement dans le capital d’Accor, la côte boursière du groupe français a fait un grand bond en avant, en gagnant 6,73 %, soit la meilleure performance des valeurs de l’indice européen Euronext. Ce chiffre symbolise la force des investisseurs chinois autant que la fébrilité des investisseurs occidentaux quand il s’agit de stimuler l’économie européenne.