« Once the rockets are up, who cares where they come down ?

That’s not my department, says Wernher Von Braun. »

(Une fois que la fusée a décollé, peu importe où elle atterrit. Ce n’est pas mon problème, a dit Wernher Von Braun)

– Paroles d’une chanson de 1965 de Tom Lehrer.

 

Curieusement, le comportement actuel des dirigeants de Facebook me rappelle les paroles du compositeur satirique Tom Lehrer à propos de l’ingénieur en astronautique, Wernher Von Braun. Pour résumer, elles disent que vous pouvez construire quelque chose d’incroyable en matière de technique, mais une fois les dés jetés, qui sait ce qu’il va se passer ?

C’est la raison pour laquelle nous suivons attentivement la déposition du PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, devant le Congrès américain cette semaine. Cet interrogatoire fait suite aux problèmes de gestion de la responsabilité de l’entreprise, étant donné que 87 millions d’utilisateurs de la plateforme de réseau social ont fait l’objet de vols de données personnelles. Ces données ont par la suite été utilisées à des fins politiques par Cambridge Analytica et d’autres sociétés.

Le Congrès va poser plusieurs questions primordiales au fondateur de Facebook, notamment :

  • quel niveau de contrôle de gestion Facebook aura (ou peut avoir) sur ses opérations en constante augmentation (2,2 milliards d’utilisateurs à travers le monde) ?
  • quel niveau de responsabilité Facebook est prêt à assumer pour ce scandale ?

Mais le réel problème pourrait se résumer en une seule question : comment pouvons-nous être certains qu’un scandale de ce genre ne se reproduira pas ?

Mark Zuckerberg a reconnu les erreurs de Facebook. Comme l’a rapporté Politico : « Il est maintenant évident que nous n’avons pas tout mis en œuvre pour empêcher ces outils d’être utilisés à des fins frauduleuses », explique le PDG. « C’est les cas pour les fake news, les interférences étrangères avec les élections et les discours haineux, ainsi que pour la protection des données personnelles et des développeurs ».

Il a également reconnu que la réponse de Facebook à cette fuite de données n’était pas adaptée : « Nous n’avons pas mesuré l’ampleur de notre responsabilité. C’est une erreur et j’en suis désolé. J’ai fondé Facebook, je dirige l’entreprise et je suis responsable de ce qui s’y passe ».

C’est une chose d’assumer sa part de responsabilité pour des problèmes qui font désormais partie du passé, mais c’en est une autre que de garantir que de telles affaires ne se répéteront pas à l’avenir.

Durant la première journée d’audition, nous avons pu assister à quelques échanges intéressants entre les législateurs et Mark Zuckerberg, et nous avons perçu une once de regrets, sans pour autant avoir l’impression qu’un contrôle strict de la gestion a été adopté et mis en place pour empêcher une nouvelle fuite de données.

Sheryl Sandberg, la directrice des opérations, pourrait-elle perdre son emploi ? Qui est responsable dans cette affaire ? Sheryl Sandberg est peut-être une célèbre dirigeante, mais si une fuite de données touchant plus de 80 millions de personnes n’est pas un gros incident d’opération, qu’est-ce que c’est ?

« Les engagements des dirigeants sont tellement vagues », expliquait le sénateur Richard Blumenthal à CNN durant l’audition. « Je pense que les promesses approximatives, les engagements sous-entendus, et le manque de crédibilité des arguments avancés par le PDG nous donnent un avantage ».

Mais, une fois de plus, comment pouvons-nous être sûrs qu’une telle fuite ne se reproduira pas ?

Bien entendu, Mark Zuckerberg souhaite éviter que de lourdes réglementations pèsent sur le fonctionnement de Facebook, ce qui impliquerait que la gestion de son entreprise serait alors plus onéreuse et plus complexe. Il aura certainement plus de chance de faire passer ses arguments aujourd’hui devant le comité gouvernemental de l’énergie et du commerce américain. Durant les prochaines semaines, voire les prochains mois, de nombreuses discussions à ce propos auront lieu, cela ne fait aucun doute.

Mais, étant donné ce qu’il a dit jusqu’à maintenant, ses arguments sur la garantie de la sécurité des données personnelles seront-ils convaincants ? Le Congrès américain et le monde entier les écouteront avec attention.