Depuis un demi-siècle, Cornilleau produit des tables de tennis de table en Picardie. Avec 80 000 tables par an, l’entreprise familiale est un acteur majeur de ce sport de loisir et de compétition. 

Même du côté de chez Cornilleau, on n’a pas trop d’explications. Comment la table de ping-pong, connue pour trôner au milieu des cours de récréation ou dans les gymnases du collège, ou encore à côté des balançoires des campings est devenue un objet iconique de la start-up nation et des open-spaces qui veulent se la jouer cool ? “Il est vrai que pendant longtemps, le ping-pong a eu une image de sport ‘populaire’ dans le mauvais sens du terme, un peu comme la pétanque, estime François Robert, numéro 2 et directeur commercial de Cornilleau. Mais la table de ping-pong, c’est fédérateur, ludique, accessible à tous. Et ça permet de déconnecter facilement. On en a même une chez Google dans leur siège américain.”

Cornilleau, c’est un autre exemple fracassant d’un succès toujours d’actualité de la fabrication française. De son usine de Bonneuil-les-Eaux dans l’Oise – 800 âmes -, sortent chaque année 80 000 tables. L’entreprise réalise un chiffre d’affaire de 27 millions d’euros annuels avec un effectif de 90 salariés. Les tables d’intérieur sont faites en bois aggloméré et celles d’extérieur en stratifié. Les matières viennent “d’Europe proche” selon Cornilleau.

Créateur de la première table compacte

Si Cornilleau est quasi monopolistique en France, tant dans le loisir que pour les compétitions, l’entreprise réalise plus de la moitié de son CA à l’étranger. Et ce n’est pas un petit défi tant la concurrence est bien implantée : “C’est un marché très local avec beaucoup d’acteurs qui dominent sur les espaces nationaux, notamment en Allemagne avec Donic et Joola”, explique M. Robert.

François Robert, directeur commercial de Cornilleau.

Un menuisier devenu fabricant de tables de ping-pong

Comment une entreprise issue d’une nation où le tennis de table est loin d’être une religion a-t-elle pu s’imposer ainsi ? François Robert voit deux leviers. D’abord, Cornilleau a su rendre “plus accessible” un produit qui était onéreux, en créant des tables moins coûteuses par rapport aux standards des tables d’extérieur dans les années 1980, et en concevant les premières tables “compactes”, plus faciles à ranger et à déplacer. 80% des ventes de l’entreprise concernent des tables d’extérieur. Ensuite, Cornilleau a toujours été très présent visuellement comme le souligne M. Robert : “On sponsorise les championnats de France depuis je ne sais combien d’années. Et nous sommes très visibles dans la grande distribution sportive. Vous verrez toujours des tables exposées dans les magasins en France, ce qui n’est pas le cas à l’étranger.”

Cornilleau n’a clairement pas attendu la hype des incubateurs et autres jeunes pousses pour se faire une place de choix sur le marché des tables de ping-pong. L’aventure familiale débute en 1946. Encouragé par son beau-frère, Emile Cornilleau, menuisier de métier, décide de quitter Paris pour offrir une meilleure qualité de vie à sa famille et d’aller s’installer dans l’Oise, où les besoins en reconstruction d’après-guerre sont importants. Il ouvre ainsi son atelier dans un vieux bâtiment agricole de Bonneuil-les-Eaux, petite commune rurale de quelques centaines d’habitants, où l’entreprise est toujours implantée aujourd’hui.

1969 : « il nous faut 300 tables de ping-pong pour Noël ! »

Début 1969, fort de son succès, le BHV Paris élargit son offre et propose un projet à Cornilleau : réaliser des tables de ping-pong. L’entreprise conçoit alors trois prototypes. Convaincu par l’essai, le grand magasin en commande 300 pour Noël. Un véritable challenge s’offre alors à Emile : la menuiserie artisanale doit évoluer en une industrie capable d’atteindre de gros volumes en un temps très court. Son fils, Pierre, le convainc d’oser. Emile Cornilleau investit toutes ses économies et relève le défi. C’est le début de l’aventure de la célèbre marque de ping.

Changer de raquette d’épaule, on peut dire que c’est figé dans l’ADN de la firme. La petite entreprise s’est dotée d’un service de R&D très performant qui a permis à Cornilleau de lancer ses propres raquettes en 2000 et de créer la première raquette en plastiques polymères recyclés à la fin des années 2010. En 2017, Cornilleau s’est même associée à Armor-Lux pour fabriquer la première raquette 100% éco-conçue, utilisant des fibres de vêtements recyclés. 

Cornilleau veut désormais “démocratiser” un autre sport d’intérieur : le billard. La marque lance une table d’extérieur résistant à tous les temps, afin de permettre aux gens qui n’ont pas de pièce assez grande pour jouer en intérieur de pouvoir le faire en extérieur. Il va tout de même falloir mettre la main au porte-monnaie : l’objet, très esthétique, vaut 2 590 euros. On sortira les raquettes en attendant. 

Le nouveau billard d’extérieur de Cornilleau.