Alors que la Grande-Bretagne amorce, chaque jour un peu plus, son départ du giron de l’Union européenne, le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire estime que le Brexit va se traduire par la relocalisation de « plusieurs milliers d’emplois », notamment dans le secteur bancaire, à Paris. Etat des lieux.

« Les emplois bancaires qui vont revenir en France se chiffrent en milliers et pas en centaines ». Une déclaration « fracassante » signée Bruno Le Maire qui, visiblement, atteste de l’attractivité retrouvée de la France aux yeux du monde de la finance après un précédent quinquennat où la défiance réciproque était le sentiment le plus communément répandu. Dès lors,  faut-il compter sur un énième « effet Macron » pour permettre à Paris de devenir l’une des plus importantes places fortes financières du continent ? La réalité est légèrement plus nuancée. En effet, le locataire de Bercy, immédiatement après cette assertion, s’est tout même évertué à préciser, pour prévenir tout optimisme excessif que « ce mouvement se ferait progressivement et pas du jour au lendemain ». Fin de citation. Une manière de tempérer les ardeurs de ceux qui voyaient déjà la Ville Lumière devenir le centre névralgique de la finance internationale en quelques mois. Car la concurrence est résolument rude. Doux euphémisme. En effet, Amsterdam, Dublin ou encore Francfort sont elles aussi disposées à accueillir des salariés en déshérence en provenance du Royaume-Uni. Et la ville allemande, où se situe notamment le siège de la Banque centrale européenne, est l’une des mieux placées pour contrecarrer « l’opération séduction » de Paris.


D’ailleurs, la banque suisse UBS a fait état, pas plus tard que ce jeudi, de sa volonté d’adopter une démarche « décentralisée » pour le redéploiement de ses effectifs londoniens avant  la sortie de la Grande-Bretagne du giron européen qui devrait intervenir le 29 mars 2019. Toutefois, ces transferts devraient concerner moins de 200 employés, selon une source informée de ces projets et citée par Reuters. UBS emploie actuellement environ 5 000 personnes à Londres. « La logique de ce redéploiement est de rapprocher les employés d’UBS de leurs clients et le personnel concerné sera informé dans les prochains mois », développe UBS dans une note interne dévoilée par Reuters. Et la ville allemande semble être en avance dans sa « campagne » de promotion. Outre UBS, la banque américaine Goldman Sachs a également annoncé cette semaine qu’elle avait commencé à transférer certains cadres vers Francfort. Standard Chartered a pour sa part débuté les entretiens d’embauche pour une vingtaine de postes, toujours vers « Mainhattan ».

Francfort en avance

Alors comment la France peut-elle, elle aussi, faire office de terre promise ? En profitant du fait notamment que le Brexit se solderait par la perte du passeport financier, comme l’ont reconnu les autorités britanniques. Ce qui pourrait ainsi enclencher un vaste exode des établissements financiers de la City. Vers la France ?  « Faute de disposer de ce sésame leur assurant l’accès aux marchés de l’Union européenne, les grandes banques internationales basées à Londres pourraient peut-être penser qu’il est plus simple de s’installer directement à Paris par exemple ». Véritable conviction ou simple supputation de la part du ministre ? Force est de constater que Francfort part avec une longueur d’avance dans ce mano a mano. Pour le moment, les déclarations de Bruno Le Maire ressemblent davantage à un vœu pieux plutôt qu’à une dynamique réelle en faveur de Paris.  Même si la capitale française a frappé un grand coup en novembre dernier en accueillant l’autorité bancaire européenne.

Créée en 2011 en réponse à la crise financière de 2008, elle avait symboliquement pris ses quartiers à la City avec pour feuille de route l’établissement de règles communes à tous les pays de l’Union afin de maintenir une stabilité économique homogène tout en permettant de conserver des conditions de compétition équitables. Attisant la convoitise de plusieurs grandes métropoles comme Paris, Francfort, Luxembourg ou Dublin, c’est finalement la capitale française qui, au terme d’un troisième tour de scrutin, a raflé la mise devant la capitale irlandaise. Francfort, en revanche, grandissime favorite, n’a même pas réussi à se mêler à la lutte, échouant dès le deuxième tour de scrutin. Une « petite victoire » à l’époque pour Paris qui était donc parvenu à terrasser son puissant voisin. En revanche, pour ce qui est d’attirer les banques de la City, Francfort a toujours une longueur d’avance. Mais Paris n’a pas encore abdiqué. Une source de l’entourage du ministre avait précisé en janvier que le gouvernement tablait sur un objectif de 3 000 postes relocalisés à Paris à l’horizon 2019. Tout reste encore possible.