Dans un document réglementaire déposé lundi, Amazon a décidé d’adopter une posture proactive en faveur de la diversité au sein de son conseil d’administration. jusqu’à maintenant, les employés de l’entreprise avaient du mal à comprendre pourquoi elle s’opposait aux candidatures d’actionnaires issus de la diversité. Les directeurs ont finalement dû formellement étudier les dossiers de tous les postulants, femmes et minorités y compris. Amazon aurait-elle enfin saisi la réelle valeur ajoutée de la diversité pour son conseil d’administration ?

Cette question de diversité a été soulevée à maintes reprises par le passé, en vain. Il est assez rare de voir les conseils d’administration de grandes entreprises résister à ce point à la pression des actionnaires. Actuellement, les dix membres sont blancs et on compte sept hommes et trois femmes. Dans une entreprise où les hommes représentent 73 % des employés et 78 % des cadres et managers, un peu de diversité ne pourrait pas faire de mal.

Le conseil d’administration d’Amazon a accepté d’adopter la « Rooney Rule », visant à s’assurer que la liste de candidats sélectionnés pour le poste comprenne des femmes et des représentants de minorités qualifiés. La « Rooney Rule » a fait son apparition dans la NFL (Ligue de football américain), les équipes devant s’entretenir avec au moins un candidat issu de minorités pour toutes les campagnes de recrutement de coach principal ou de directeur général. Dans la proposition de CtW Investment revue par CultureBanx, le groupe note que la « Rooney Rule » a été mise en place avec succès dans le processus de recrutement de membres de conseil d’administration chez Microsoft et Costco.

Cette proposition met en lumière le secteur en général et surtout sur les pairs d’Amazon, faisant remarquer que 17 des entreprises de vente au détail, du secteur de la tech ou de réseaux sociaux, ont toutes au moins un membre du conseil d’administration issu de minorités. De plus, dix des 17 comptent en comptent au moins trois.

L’opposition à la « Rooney Rule » de la part d’Amazon a attiré l’attention des législateurs fédéraux : « le conseil d’administration a décidé que l’adoption de la politique réclamée par la proposition ne représente pas un usage efficace et prudent du temps et des ressources de l’entreprise », expliquait Amazon dans un communiqué.

Pour une société qui a prouvé qu’elle pouvait entièrement fondre ensemble des secteurs entièrement déconnectés, il semble maintenant logique de prendre en compte cette nouvelle règle. Des recherches menées par McKinsey et MSCI démontrent que les entreprises faisant preuve d’un conseil d’administration plus varié, seront plus à même de présenter des performances financières solides et une gouvernance plus cohérente. Plusieurs entreprises ont tenu compte de ses recherches au premier semestre de l’année, notamment J.P. Morgan, AirBnB, Uber, Netflix et Etsy. Toutes ces entreprises ont accueilli des cadres africain-américains au sein de leurs conseils d’administration. Ken Chenault, Ursula Burns, Mellody Hobson, Susan Rice et Edith Cooper ont tous rejoint les conseils respectifs de ces entreprises.

D’un autre côté, on voit apparaître un consensus dans les salles de conseils quand à l’absence de valeur ajoutée d’un conseil d’administration varié. Une enquête menée par PwC auprès de 900 membres de conseils d’administration a découvert que 24 % d’entre eux ne pensent pas que cette diversité puisse avoir un impact sur la diversité de pensée au sein des conseils.

La stratégie du second siège social

Le géant du e-commerce dispose d’une occasion en or pour créer de la diversité au plus haut niveau de son organisation avec l’ouverture d’un second siège social. Cela pourrait avoir des retombées sur tous les effectifs de l’entreprise, car cette dernière est sur le point de recruter des milliers de nouveaux employés. Le plus grand geste serait de prendre position en s’assurant que les effectifs du second siège social soient aussi diversifiés que peuvent l’être les consommateurs de la marque.