En pleine crise sanitaire, Alan, la mutuelle santé 100% en ligne, vient de boucler une nouvelle levée de fonds de 50 millions d’euros. Jean-Charles Samuelian, CEO d’Alan, a répondu aux questions de Forbes France.

Forbes France : Vous venez d’annoncer une levée de 50 millions d’euros : comment s’est passée cette levée ? Depuis quand étiez-vous sur ce dossier ? 


Jean-Charles Samuelian : La société d’investissement Temasek lead aujourd’hui le tour de table, avec notre partenaire Index Ventures, qui nous suit depuis 2018. Nous connaissons Temasek depuis plusieurs années. La société d’investissement connaît très bien le secteur de l’assurance et de la santé. Nous nous sommes retrouvés sur notre projet d’entreprise autant que sur notre projet de société pour transformer en profondeur le système de santé. Nous avons commencé les discussions avant le confinement, puis les discussions se sont accélérées. Nous avons réalisé tous les échanges de finalisation à distance, et avons closé le tour il y a 10 jours.

Qu’est-ce que le confinement et la crise du COVID-19 ont bouleversé dans cette levée de fonds ? Est-ce que cette levée a été perturbée ?

La levée n’a pas été perturbée par la crise actuelle. Au contraire, la période que nous traversons renforce notre aspiration à rendre le système de santé plus simple, plus juste et transparent pour tous. En réalité, le COVID-19 nous a surtout engagés à travailler plus vite encore pour aider nos membres, nos entreprises partenaires et finalement tous les Français. Nous avons vérifié notre capacité de résilience et réussi à développer quelques jours après l’annonce du confinement un certains nombre de nouveaux services pour les individus comme les entreprises.  Ainsi, « Coup de pouce », un programme entièrement gratuit et ouvert à tous donne depuis le 20 mars accès aux dernières informations disponibles sur la pandémie, à un test d’auto-diagnostic personnalisé, à un service de télémédecine gratuit, ainsi qu’à des programmes de méditation et de yoga pour améliorer le bien-être de chacun. 

Vous n’avez « que » 76 000 clients mais vous avez déjà levé plus de 150 millions d’’euros : comment expliquez-vous cette capacité à lever ?

Cette capacité à lever des fonds s’explique par la relation de confiance que nous entretenons avec nos investisseurs. Ils comprennent et partagent notre ambition pour la transformation du système de santé à long terme. Au-delà de la vision, la valeur de notre produit et de nos services est plébiscitée par un nombre croissant de membres et entreprises partenaires. Cette dynamique vertueuse entre la culture du produit d’une part et la culture du “client” d’autre part porte la croissance d’Alan depuis le premier jour.  

 À quoi va servir ce montant ? 

Ce tour de table va nous permettre d’accélérer notre développement sur 4 axes.
L’offre d’assurance d’abord : nous allons continuer à investir pour offrir la meilleure couverture à nos membres, entreprises et particuliers avec des délais de prise en charge et de remboursement parmi les plus court du marché ; la digitalisation des entreprises : parce que nos services sont 100% dématérialisés, nous avons aidé les Ressources Humaines de nos entreprises-membres à mieux servir leurs employés pendant la crise du COVID-19.
Nous allons poursuivre nos efforts pour devenir une véritable porte d’entrée vers la santé et le bien-être des employés.
Le futur des soins de santé : nous allons continuer à investir dans les services de santé afin de proposer à nos membres une expérience et un parcours de soin totalement simple, juste et transparent. Nous voulons qu’ils puissent utiliser l’application Alan pour accéder à des informations instantanées lorsqu’ils se préoccupent de leur santé, trouver des praticiens et communiquer avec eux, ou encore recevoir des conseils de santé personnalisés et proactifs.
Et enfin le développement international : notre mission est globale, et nous voulons fournir nos services à la plus grande échelle possible. Après l’ouverture de deux nouveaux bureaux en Espagne et en Belgique cet été, Alan a pour objectif de s’implanter dans de nombreux pays européens dans les 5 prochaines années.

Quels sont les enjeux financiers majeurs pour une start-up qui se positionne sur le marché des mutuelles ? On imagine que le plus important c’est d’avoir assez de fonds pour couvrir les besoins en dépenses de santé de ses adhérents ? 

Nous sommes la première assurance complémentaire santé indépendante à avoir obtenu un agrément de la Banque de France depuis 1986. Nous avons effectivement obtenu cet agrément du fait de notre capacité à couvrir le risque de nos membres. Cela est très encadré. Mais au-delà de la couverture du risque, le principal enjeu financier pour nous, c’est d’offrir la meilleure couverture et le meilleur niveau de service au prix le plus juste. Cela veut dire que nous travaillons en permanence nos marges, quitte à baisser nos tarifs comme nous l’avons fait par le passé, pour être en mesure de créer un maximum de valeur pour nos membres. 

En quoi la crise sanitaire actuelle peut-elle influencer sur les usages en termes d’assurance maladie ? 

Face au Covid-19, nous croyons que les attentes et les demandes individuelles à l’égard du système de santé conduiront à une transition digitale beaucoup plus rapide qu’elle ne l’a été jusqu’à présent. La crise du COVID-19 a renforcé l’aspiration des individus à avoir une meilleure emprise sur leur propre santé et à bénéficier de meilleurs soins à tous les niveaux. Il s’agit bien sûr de de rendre le parcours de soins plus fluide, mais surtout de fournir de meilleurs soins.

A cela doit s’ajouter une transformation profonde du monde du travail. Le confinement a contribué à totalement modifier le rôle des ressources humaines. Plus digitalisées, mais aussi plus soucieuse du bien-être de leurs équipes, nous pensons qu’elles chercheront des solutions plus à-même de répondre à ces nouvelles attentes. Alan veut être la porte d’entrée des RH pour la santé et le bien-être de leurs employés. 

Qu’est-ce que Alan change plus globalement dans la manière dont on aborde et gère ses remboursements santé, notamment par rapport aux mutuelles traditionnelles ?

Alan a pour objectif de repenser la manière dont les individus accèdent aux soins, avec un modèle davantage centré sur leurs besoins, plus préventif, plus transparent et plus fluide en délivrant de meilleurs outils et de meilleurs services à ses membres. Ce changement, nous l’avons déjà mis en œuvre notamment : en simplifiant l’accès à l’information et au suivi des soins via son application ; en gérant rapidement tous les remboursements de frais ; en donnant à nos membres un accès rapide et facile aux professionnels de santé, par le biais de la téléconsultation notamment  (en partenariat avec Livi) ; en créant « Alan Map », un outil qui permet de trouver instantanément  une aide médicale de proximité et d’anticiper ses frais médicaux ; et enfin en permettant à nos membres de conserver toutes les informations sur leur médecin au même endroit grâce à un carnet d’adresse.

Demain, nous voulons que nos membres ouvrent l’application Alan pour accéder à des informations instantanées lorsqu’ils se préoccupent de leur santé, trouver des praticiens et communiquer avec eux, ou encore recevoir des conseils de santé personnalisés et proactifs.