Alors que 67 830 défaillances d’entreprises ont été enregistrées en 2024 et que François Bayrou a engagé la responsabilité de son gouvernement avant un vote de confiance attendu le 8 septembre, la REF 2025 s’est ouverte à Roland-Garros sur un message limpide : relancer l’investissement, restaurer la compétitivité et replacer les entrepreneurs au cœur du projet national.
Cette année, la Rencontre des Entrepreneurs de France (REF) baptisée “Jeu Décisif” a pris place sur le Court Philippe-Chatrier du stade Roland-Garros à Paris. Une grande messe des patrons et entrepreneurs de l’Hexagone ouverte par Patrick Martin, président du Medef :
« Nous sommes entrés dans le jeu décisif de ce match permanent face à l’urgence des défis. »
Un adage qui fait écho à un contexte économique contrasté : la croissance 2024 a finalement été réévaluée à +1,2 % par l’Insee, mais l’investissement privé reste timide et les défaillances culminent à un niveau inédit. À l’instabilité conjoncturelle s’ajoute une incertitude politique majeure : François Bayrou a choisi d’engager la responsabilité de son gouvernement sur un budget d’économies supérieures à 40 milliards d’euros, avec un vote de confiance à haut risque le 8 septembre. De quoi peser sur l’horizon des décisions d’affaires.
Dans un discours très attendu lors de la deuxième journée de la REF, François Bayrou a d’ailleurs résumé le dilemme qui traverse les entreprises comme le pays :
« Il y a deux attitudes possibles : ceux qui se plaignent en pensant que c’était mieux autrefois ; et ceux qui comprennent qu’un nouveau monde est en gestation. »

Produire et investir : le double impératif
« On ne peut pas dire en avant la production sans dire en avant l’investissement. », avait martelé Patrick Martin un jour plus tôt en rappelant le lien indissociable entre compétitivité et confiance. Sans visibilité fiscale et réglementaire, l’investissement aurait tendance à se contracter et avec lui l’appétit de produire et d’embaucher.
François Bayrou a prolongé ce raisonnement en plaçant le financement et la méthode au cœur de toute réindustrialisation :
« Il n’y a pas d’aventure industrielle imaginable sans accès à l’investissement. […] La première de ces conditions, c’est l’édification d’une stratégie nationale de reconquête productive et commerciale. »
Côté outils, les dirigeants ont défendu une trajectoire favorable à l’investissement : maintien du Crédit d’impôt recherche, reprise dès 2026 de la suppression de la CVAE, refus d’un retour d’un impôt sur la fortune jugé pénalisant pour le capital productif. L’objectif est simple : redonner de la profondeur de champ aux projets pour que la France cesse de perdre du terrain industriel.
Au-delà des politiques nationales, la REF a radiographié un commerce international en reconfiguration. Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste de BDO France, a décrit une mondialisation régionalisée, plus normative et plus fragmentée, qui impose de repenser l’organisation des chaînes de valeur. Emmanuel Combe, professeur des Universités en sciences économiques et Senior Advisor chez Image 7, a rappelé que le libre-échange « pur » n’a jamais existé et que son acceptabilité suppose l’accompagnement des perdants.
Le ministre du Commerce extérieur Laurent Saint-Martin a quant à lui défendu une stratégie d’accords avec réciprocité et d’usage assumé des instruments commerciaux, tandis que Deng Li a souligné, en miroir, l’intérêt partagé d’un ordre fondé sur des règles et d’une coopération renforcée avec l’OMC.
Climat et Europe : compétitivité sous contraintes
Le débat consacré au verdissement de l’économie a replacé l’impératif climatique au centre. Alexandra Palt, présidente du WWF France, a rappelé l’ampleur du défi :
« La nature a déjà pris la main sur l’histoire. »
Face à elle, Alexandre Bompard, PDG du groupe Carrefour, a décrit une équation délicate : l’incertitude réglementaire freine des projets pourtant indispensables, au moment où la consommation tient encore l’activité, mais sans élan durable. L’enjeu, pour les dirigeants, est de sécuriser des trajectoires d’investissement compatibles avec leurs bilans et avec les objectifs climatiques — pas l’un ou l’autre, mais l’un et l’autre.
La discussion a glissé vers l’Europe, où François-Xavier Bellamy, professeur de philosophie et député au Parlement européen (Les Républicains), et Emma Marcegaglia, présidente-directrice générale de Marcegaglia Holding, ont dénoncé l’excès de contraintes qui étouffe l’initiative, quand Stéphane Séjourné, vice-président exécutif de la Commission européenne chargé de la Prospérité et de la Stratégie industrielle de l’Europe, a insisté sur la prévisibilité offerte aux investisseurs malgré un contexte transatlantique instable.
C’est dans ce cadre que François Bayrou, Premier ministre, a convoqué la référence de Mario Draghi, lors de son discours le 22 août dernier à Rimini :
« Pendant des années, l’Union européenne a cru que sa dimension économique, avec 450 millions de consommateurs, lui conférait un pouvoir géopolitique et d’influence dans le commerce international. Cette année sera retenue comme celle où cette illusion s’est évaporée. »
Un constat partagé par Fabrice Le Saché, président fondateur d’Aera et vice-président du Medef en charge de l’Europe, qui a résumé l’état d’esprit patronal : l’Europe dispose des atouts, mais doit cesser de se brider elle-même.
Souveraineté des métaux, cap politique : l’heure des choix
Autre temps fort de la REF : la dépendance aux métaux critiques. Guillaume Pitron, chercheur associé à l’Iris, spécialiste des matières premières critiques et associé à Psyché 16 (société d’intelligence minérale), a rappelé ce paradoxe bien documenté : un monde bas carbone est un monde de métaux. Le ministre chargé de l’Industrie et de l’Énergie Marc Ferracci a mis en garde contre une simple substitution de dépendances (des fossiles vers les minerais).
Philippe Kehren, CEO et membre du conseil d’administration de Solvay, a défendu la reconstruction de filières européennes couvrant l’extraction, le raffinage et le recyclage, viabilisées par des engagements d’achat. L’objectif : sécuriser des chaînes de valeur locales sans renoncer à la compétitivité globale.
Face à une Chine en situation de quasi-monopole sur les terres rares et des États-Unis en phase d’investissements massifs, Marc Ferracci propose une solution pragmatique de diversification de nos approvisionnements : « L’enjeu ce n’est pas d’être en autarcie, mais de diversifier les dépendances, en allant trouver d’autres projets d’approvisionnement comme en Malaisie ». Autre élément de compétitivité sur lequel la France et l’Europe peuvent compter : favoriser une chaîne de valeur propre, avec le recyclage comme pilier clé.
De l’ouverture à la clôture, la ligne est claire : les entreprises ne veulent plus subir. Patrick Martin l’a formulé sans détour :
« Il faut avoir la gagne. Ce qu’il nous faut, c’est un projet d’avenir mobilisateur et crédible. Et ce projet, nous sommes décidés à y prendre toute notre part. »
Reste à traduire ce mot d’ordre en décisions tangibles, au moment où le calendrier politique (vote de confiance du 8 septembre) peut encore rebattre les cartes, pour le meilleur ou pour le pire.
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