La crise sanitaire a rebattu les cartes sur le marché de la reprise des appareils high-tech et leur reconditionnement : recours massif au télétravail, besoins grandissants d’ordinateurs pour travailler depuis le domicile, manque de matières premières… Gaël Brouard, CEO de CompaRecycle SAS, nous explique les enjeux et les tendances de ce secteur et pourquoi il est essentiel de faire reprendre ses vieux appareils inutilisés pour dynamiser ce marché en plein essor.

 

En quoi consiste votre offre de reconditionnement des produits high-tech ?

Gaël Brouard : CompaRecycle est un comparateur écoresponsable de rachat de produits high-tech d’occasion, qui propose au consommateur de revendre ses smartphones, tablettes ou consoles au meilleur prix auprès de partenaires professionnels de la reprise et du reconditionnement. Deux choix s’offrent au client : 

  • Le premier : via le site internet, le client peut envoyer son produit gratuitement, il reçoit un mail de service contenant un bon prépayé pour poster son produit dans un point relais et sous 7 jours après réception du produit, il reçoit un virement sur son compte bancaire.
  • Le second, et c’est ce qui fait la particularité de CompaRecycle, consiste à rediriger le consommateur vers un des 12 000 magasins partenaires en Europe (Auchan, Fnac, Darty, Orange…) en lui proposant la meilleure offre pour rapporter son produit dans ce point de vente, qui transforme sa valeur en bon d’achat, valable sur tous les rayons de ce point de vente. 

 

CompaRecycle est donc le premier à créer un comparateur de reprise et de reconditionnement en point de vente au monde ? 

Gaël Brouard : Tout à fait, mais il manquait de visibilité sur le marché. Nous sommes fiers d’avoir créé un cercle très vertueux et gagnant-gagnant : plus le prix de reprise est élevé sur le produit ramené, plus le bon d’achat est élevé en point de vente et plus le magasin fait du chiffre d’affaires. 

  • Le consommateur est gagnant : il revend ses anciens produits et récupère de l’argent pour faire ses courses dans le point de vente ;
  • Le vendeur est gagnant : ça lui permet d’augmenter le panier moyen dans son enseigne ;
  • Les recycleurs (repreneurs et reconditionneurs) sont gagnants : ils récupèrent les produits stockés dans les tiroirs des Français en circuit court pour les reconditionner et les revendre sur ce même marché français. 

 

On parle beaucoup de produits high-tech reconditionnés, mais qu’en est-il de la reprise ?

Gaël Brouard : La difficulté à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui, c’est que s’il n’y a pas de reprise, il n’y a pas de reconditionné. Aujourd’hui en effet, 2 produits reconditionnés sur 3 revendus en France sont des produits qui viennent des USA ou de Chine. Notre volonté, c’est que les produits soient achetés, reconditionnés et revendus en France et c’est d’intensifier le marché du reconditionné pour fonctionner à plein régime en circuit court. Notre défi est de faire barrière à l’importation via la RCP (redevance copie privée) en privilégiant les programmes de reprise locaux.

 

 

Pouvez-vous expliciter cette notion de RCP ?

Gaël Brouard : La RCP (redevance copie privée) est une redevance obligatoire perçue par un organisme qui, quand vous achetez un produit neuf en France ou en Europe, ponctionne un pourcentage sur le prix du produit, correspondant à sa capacité de mémoire (mobile ou PC). Cette redevance permet de rémunérer les artistes au niveau européen et mondial pour subventionner des festivals, des œuvres artistiques, etc. et cette RCP n’est due que pour les produits européens. CompaRecycle estime qu’il faut arrêter cet import massif de produits reconditionnés aux USA ou en Chine qui inondent le marché français et qui n’ont pas payé cette RCP, alors qu’il y a 120 millions de mobiles stockés dans les tiroirs des Français et presque 380 millions au niveau européen. Cette barrière permettrait de dynamiser la reprise. La difficulté du marché actuel, c’est que 66 % des consommateurs français souhaitent acheter un produit reconditionné mais que seulement 10 % d’entre eux revendent leurs vieux appareils. 

 

Qu’en est-il de l’impact écologique de ce marché de la reprise et du reconditionné ?

La quantité de CO2 émis diffère d’un facteur 10 selon le type d’appareil high-tech ; si l’on prend l’exemple d’un smartphone :

  • Pour un produit neuf, la production, l’import, la fabrication, le marketing et le transport conduisent à l’émission de 100 kg de CO2 ;
  • Pour un produit reconditionné aux USA, remis à neuf et réimporté en Europe, 60 kg de CO2 sont émis ;
  • Pour un produit repris et reconditionné en France, c’est seulement 9 kg de CO2 émis.

L’intérêt pour le consommateur d’acheter un produit en circuit court est donc à la fois écologique et financier.

Concernant l’aspect écologique, une étude récente montre que les métaux rares qui sont contenus dans les smartphones (lithium cobalt, platine…) sont plus nombreux dans les produits qui ont été commercialisés que ce qu’il en reste dans les mines d’extraction… Il est donc urgent de ralentir au maximum les extractions de minerais et d’utiliser les ressources qui sont déjà dans nos anciens produits ! Certains composants industriels, comme les compteurs de vitesse numériques, sont déjà l’objet de pénuries à cause de ce manque de matières premières. Pour pallier le fait que les Français et les Européens conservent leur vieux smartphone dans leurs tiroirs sans avoir le réflexe de les faire reprendre, CompaRecycle travaille aujourd’hui avec les enseignes en partenariat avec des constructeurs qui proposent des opérations promotionnelles incitatives.

CompaRecycle exige de ses partenaires, acteurs professionnels recycleurs et reconditionneurs : 

  • Une labellisation D3E : avoir un éco organisme qui a labellisé la démarche de récupération des produits et qui recycle lui-même les matières premières dans le respect des normes ;
  • L’utilisation de logiciels professionnels d’effacement de données uniques et certifiés, qui vont permettre d’éradiquer l’intégralité des données de votre téléphone, de votre PC ou de votre console (photos, codes de carte bleue etc.), en surface comme en sous-couche, pour éviter la revente de données personnelles via le darknet.

 

Comment la pandémie de COVID-19 a-t-elle permis aux consommateurs de prendre conscience que les ressources en métaux rares de la planète ne sont pas limitées ? 

Gaël Brouard : La pandémie a accéléré les équipements des personnes qui ont dû télétravailler. Cela a occasionné des pénuries sur les PC et portables neufs, qui, par ricochet, ont provoqué une embellie sur les ventes de produits reconditionnés. Le marché de reconditionnement augmente de 20% par an à la défaveur du neuf. L’objectif de base était plutôt d’alléger son portefeuille ; l’aspect écologie est arrivé ensuite… En résumé, s’il n’y a pas de reprise, il n’y a pas de marché du reconditionné. Il est donc plus efficient et plus écologique de réutiliser toutes les matières premières qui prennent la poussière au fond de nos tiroirs…