C’est une belle success story qui ne tenait qu’à un fil… Au bord de la faillite, le groupe MIH, détenteur des climatiseurs Airton, prend le virage d’internet à point nommé. Un coup de maître pour Richard Mazigh, qui relance et transcende la société familiale au travers de propositions innovantes. Décryptage.

 

C’est à l’âge de 16 ans que Richard Mazigh part travailler en Chine, où il se forme au métier d’importateur. Il y apprend alors à comprendre l’achat et à savoir vendre. Ce sens du commerce, il le tient de son père, qui, alors apprenti électricien, décide en 1994 de se lancer dans l’entrepreneu- riat. Il part en Italie s’approvisionner en ampoules pour changer les lampes dans les magasins français. L’affaire tourne, et il décide de partir s’approvisionner en Chine. Né alors un business fructueux qui opèrent avec les plus grandes enseignes de bricolage. L’aventure familiale com- mence ainsi dans le luminaire, puis embraye sur la climatisation et d’autres produits annexes liés au chauffage jusqu’à devenir l’importateur numéro un avec Brico Dépôt en 2016. Mais l’aventure n’est pas de tout repos pour Patrice et Richard Mazigh, et la société manque la faillite avant de se relever.

 

Au bord de la rupture

L’histoire du groupe Mazigh Investment Holding se construit autour de deux tournants importants. Le premier fait suite en 2008 au dépôt d’un brevet, né d’un constat : le climatiseur est un pro- duit compliqué à acheter et à installer. L’idée pour Richard Mazigh ? Démocratiser le concept en le rendant plus simple d’installation et plus écologique. Un mois après ce dépôt de brevet, une procédure visant à interdire ce concept éclot et ne se termine qu’en 2020. Une très longue épreuve que vit le CEO de la société avec beaucoup d’émotion, traversant entre temps la perte de son père en 2019, à la suite de laquelle il récupère la structure et reprend le combat qu’il avait com- mencé, envers et contre l’avis de tous. En parallèle, la société arrête de travail- ler avec Brico Dépôt, client unique qui constituait 90% de son chiffre d’affaires. Une période très difficile parsemée de vagues de licenciements économiques, qui en 2018, pousse la holding dans un terrible déficit d’un million deux cent mille euros. Sans brevet, Richard Mazigh décide alors de se lancer sur internet. « À ce moment-là, je me suis dit que si nos anciens clients étaient capables de vendre notre produit, on était les mieux placés pour pouvoir le vendre nous- mêmes », observe le CEO de Starlight. Un tournant à point nommé, qui le pousse à développer une image de marque, et c’est un succès. « Ç’a vraiment été un tournant à 180°, qui aujourd’hui est plus rentable que ce que l’on a pu imaginer ».

 

 

Un virage digital décisif

Ce virage digital arrive lorsque Richard Mazigh pose les pieds dans l’entreprise. Avec un bilan 2020 conséquent, Airton, qui renaît de ses cendres, ne cesse d’in- verser la tendance. Aujourd’hui, c’est une explosion verticale que vit Richard Mazigh, 26 ans, où doubler le chiffre d’af- faires devient une normalité depuis 2018. Pourtant, le chemin est semé d’embuches mais le jeune entrepreneur ne cède pas. Sous les propositions de rachat, il ne peut se résigner à l’idée d’abandonner la société familiale pour une valeur si faible. « Tout le monde me disait de vendre parce que c’était la solution la plus facile, mais pour moi, il n’y avait pas de débats à avoir. Le produit était légitime. La socié- té était légitime. Il fallait juste trouver les moyens de se relever. Ça s’est fait tout de suite de manière très naturelle et très instinctive », explique Richard Mazigh. En qualité d’entrepreneur hyperactif, ce der- nier n’a qu’une volonté : répondre à une demande, et c’est ce qu’il fait en diver- sifiant la société. Il monte à hauteur de 17 structures dans différents secteurs. L’idée pour l’entrepreneur-repreneur est de pouvoir à chaque fois répondre à une certaine demande vis-à-vis du marché. Aujourd’hui, le groupe MIH fait aussi bien de l’alimentaire que de la climatisation en passant par du terreau agricole.

 

Miser sur la qualité et l’innovation 

Lorsque la structure se lance sur Internet, c’est non sans difficulté. Richard Mazigh décide alors de prendre les devants et aujourd’hui, sur les périodes de canicule il lui arrive de vendre plus de 5 climatisa- tions par minute. Comment ? En récupé- rant des paniers abandonnés entre autres. Sur 100 visiteurs sur l’e-boutique, la plu- part abandonnent leur panier parce qu’ils n’ont pas la confiance ou la garantie que peuvent procurer les grandes marques. Une stratégie de confiance et de commu- nication avec la clientèle s’installe et fait ses preuves, puisqu’aujourd’hui, la société a moins de 1,7% de retours, un score hors norme puisque dans les produits élec- troménagers, la moyenne est de 5%. Le groupe MIH, c’est 30 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2020, dont 65% pro- duit par la partie climatisation. En 2021, un chiffre d’affaires d’environ quarante millions d’euros est à prévoir. Le groupe prévoit une expansion sur l’Europe et la vente de ses licences, laissant à prévoir pour les cinq années à venir un chiffre d’affaires d’au moins une centaine de mil- lions d’euros. L’idée pour Richard Mazigh est de doubler ce résultat en 2021 sur la partie climatisation.

 

Le management à la confiance

Richard Mazigh a tout d’un entrepreneur à succès, mais être seul en haut de la mon- tagne, il n’y voit pas le moindre intérêt. « 100% de la tête stratégique et mana- gériale du groupe MIH vit pour Airton, et je pense qu’Airton le leur rend bien. C’est quelque chose de tout à fait naturel et ins- tinctif chez nous de se dire qu’il y aura tou- jours quelqu’un au bureau. À 3h du matin le samedi, on peut y trouver des gens en train de décompresser de leur semaine ou encore une équipe en plein brainstorm un dimanche ». Chez MIH, on fonctionne à la tâche. Ce qui prime aujourd’hui, c’est de faire valoir ses produits et pour cela, pas besoin d’heures fixes pour le CEO du groupe. « Chaque personne peut appor- ter sa plus-value, et chaque personne est écoutée parce qu’on aime bien être dans la confrontation constructive. C’est ce qui nous permet de trouver les personnes qui vont faire émerger les idées et qui vont les voir arriver sur le produit ». Un manage- ment à la confiance complète, mais qui bien sûr n’exclut pas le contrôle. L’idée est de mettre les collaborateurs en face de ce qu’ils sont capables de faire et de leur donner les clés pour arriver à leur but.

MIH

Source pour mieux créer

Climatiseurs, luminaires et terreaux connectés, le groupe MIH est sur tous les fronts et use des structures innovantes pour élaborer de nouveaux projets. His- toriquement fabricant et exportateur, la société peut se targuer d’un avantage procuré par l’expérience de son CEO, qui, ayant passé plusieurs années en Chine, est incollable sur la ligne d’assemblage. « Lorsque je pose les yeux sur un pro- duit, je le décortique. Cette technique me permet de proposer des prix abordables et opérer des partenariats dans toute l’Asie et le monde ». Avec son équipe de sourcing et de RD, il est plus facile pour Richard Mazigh de trouver des produits ou idées innovants pour la marque Fran- çaise Airton. Le nouveau produit est ensuite envoyé dans un laboratoire qui le teste et le certifie. « La qualité et la nor- mativité de nos produits sont les choses les plus importantes pour nous. Nous ne voulons pas de produits sur lesquels nos clients auront quelque chose à redire. On veut l’excellence », explique l’entrepreneur niçois. Un système opératoire qui vaut pour toutes les innovations proposées par la société. Sa dernière trouvaille, une terre connectée. Une terre très enrichie et maturée grâce à un niveau de microorga- nisme et de bactérie atteint idéalement pour accueillir les racines de plantes. L’innovation principale de cette terre connectée, c’est son aspect de plante électronique, qui se met dans la terre et en capte la densité électrique, les minéraux, le taux d’humidité et le taux d’ensoleille- ment grâce à un petit panneau solaire.

 

Un entrepreneur au grand coeur 

Ce qui motive Richard Mazigh dans son quotidien effréné d’entrepreneur, c’est « l’aventure dans sa globalité. À l’arrivée, je me retrouve souvent à être moins heu- reux que ce que j’imaginais. J’ai presque l’amertume de l’aventure terminée parce que je suis parvenu à mon but. Mais ce qui me motive, c’est de pouvoir appor- ter une solution à des personnes. Quand je vois des gens qui sont contents de la solution que je leur apporte, ça me gal- vanise ». En interne comme en externe, répondre à une vraie demande est pri- mordial pour le CEO du groupe MIH. Et pour rendre ses collaborateurs heureux, il met le paquet. Massage le vendredi, boxe le mardi, séances cinéma… Une belle énergie qu’il n’hésite pas à retransmettre à ses équipes et dans tout ce qu’il entre- prend. Le groupe MIH vit autour de cette dynamique de multi développement et sous un leitmotiv : tout est possible. « Ce que l’être humain n’apprend pas dans la sagesse, il l’apprend dans la douleur. Ma vie a fait que j’ai eu le droit aux deux et c’est ce qui me permet aujourd’hui de me dire que même si je n’ai pas les capacités pour réaliser un projet, ça ne va pas me freiner. Au contraire, je suis plus qu’heu- reux de devoir apprendre et accumuler de nouvelles informations. Ce qui fina- lement, me permet d’avoir ma place, ce n’est pas le talent. C’est mon aptitude à vite apprendre et comprendre comment les choses fonctionnent. »