WhatsApp change radicalement. Votre application de messagerie favorite se transforme pour la toute première fois en une plateforme de consommation passive, semblable aux flux Facebook et Instagram –ce qui pourrait permet aux éditeurs d’insérer des formats publicitaires.

La nouvelle fonctionnalité de WhatsApp, lancée lundi, permettra désormais aux utilisateurs de partager des photos, des gifs, ou des vidéos recouverts de dessins, d’emojis, et d’une légende. Ils seront visibles 24h pour les amis que vous aurez sélectionnés. 

Si cela vous rappelle quelque chose, c’est parce qu’il s’agit du même principe que les « stories » de Snapchat, lancées il y a trois ans, qui permettent de partager des évènements éphémères avec son entourage.

Ce virage n’est pas si surprenant. Facebook, qui possède WhatsApp, avait déjà déployé une fonctionnalité similaire sur Instagram l’été dernier.


Cependant ce changement est plus important pour WhatsApp que pour Instagram, puisque cela pourrait radicalement changer l’utilité de l’application. Jusqu’à présent, WhatsApp était utilisé simplement pour écrire et lire des messages, et non pas pour visionner un flux de contenus d’autres utilisateurs.

Cette nouvelle fonctionnalité va révolutionner l’application. Elle ouvre par ailleurs, sans doute, la porte aux annonceurs. En effet, WhatsApp a déclaré, il y a plus d’un an, chercher des moyens afin que les entreprises puissent contacter des utilisateurs de manière efficace et discrète.

Un vrai défi –les entreprises cherchent à pousser les gens à acheter un produit plutôt qu’à les informer- particulièrement difficile étant donné que le système de chat est au cœur de l’application.

A la fin de chaque trimestre, Facebook ratisse des milliards de dollars de bénéfices auprès des annonceurs. Ceci est rendu possible par l’insertion de vidéos et de photos au contenu volumineux dans le feed des utilisateurs.

Jusqu’à présent, les tentatives d’inviter des « bots » (des robots) d’annonceurs sur Facebook Messenger pour converser avec les utilisateurs ont échoué. Pour que cela fonctionne, il faudrait que les intelligences artificielles soient plus performantes.

WhatsApp pourrait être tenté d’expérimenter des bots dans l’espoir de ne pas avoir à modifier l’affichage du contenu. Jan Koum et son co-fondateur Brian Acton se sont depuis le début violemment positionnés contre la publicité sur leur application. Cependant, « monétiser » leur application d’une autre manière semble impossible.

« En tant que fournisseurs d’application, nous nous concentrons sur la création de fonctionnalités utilisables pars nos 1,2 milliards d’utilisateurs dans le monde », a déclaré le porte-parole de WhatsApp à Forbes. « Au fil du temps, nous avons assisté à une augmentation significative du partage de contenus riches comme des photos, des gifs ou des vidéos entre les utilisateurs de WhatsApp. Nous souhaitions offrir un moyen simple, sécurisé et fiable afin que les gens puissent échanger du contenu avec tous leurs contacts. »

Bien que cette nouvelle fonctionnalité ressemble en tous points à une copie des « stories » de Snapchat, elle renvoie en réalité aux ambitions premières de WhatsApp.

En 2009, lorsque Jan Koum a commencé à travailler sur l’application de messagerie devenue la plus populaire au monde, il a d’abord conçu une application de « statuts ».

« Jan me montrait son carnet d’adresse », confiait en 2014, Alex Fishman, entrepreneur et ami de Jan Koum. « Il pensait que ce serait vraiment cool d’avoir des statuts à côté des noms de ses contacts. »

L’idée était que, si vous alliez à la salle de sport, à une réunion, ou que votre batterie était faible, vous pouviez faire savoir à vos contacts votre statut. Ainsi, ils savaient qu’il ne fallait pas vous appeler, vous envoyer de message… tout en sachant ce que vous étiez entrain de faire.

D’où le nom : WhatsApp, pour what’s up (quoi de neuf, en anglais).

Jan Koum a fait télécharger l’application à ses amis, et s’ils se sont prêtés au jeu, ça n’a pas très bien fonctionné au départ. Puis Apple a introduit les notifications « push », qui informent tout le monde à l’aide d’une alerte sonore, lorsque quelqu’un a mis à jour son statut. Les amis du fondateur de WhatsApp, se sont alors mis à changer régulièrement leur statut, avec des phrases du type « je suis en route ».

Soudain, ils n’ont plus seulement partagé leur statut : ils ont commencé à envoyer des messages. C’est plutôt accidentellement que l’un des pivots les plus importants de l’histoire de la Silicon Valley –avec Uber et Uber X qui se sont imposés dans l’industrie du taxi- a vu le jour, du jour au lendemain. WhatsApp est ainsi rapidement sorti du cercle d’amis de Jan Koum, pour s’étendre à 250 000 personnes basées à San José.

Cinq ans plus tard, Facebook a racheté l’ancienne version de WhatsApp pour 19 milliards de dollars.

WhatsApp a conservé ses caractéristiques d’origine : les statuts à côté du nom de chaque utilisateur, ainsi que leurs photos. « Status » ne remplacera en aucun cas cela. Il s’agira d’un nouvel onglet, distinct, accompagné du signe « + », qui redirigera directement les utilisateurs vers l’appereil photo. Appuyer sur ce bouton vous permettra également de voir les publications de vos amis et de vos familles –et c’est là la vraie nouveauté pour les utilisateurs.

Vos amis pourront désormais répondre à ce nouveau « statut » en tapant sur le bouton de réponse : celle-ci sera par la suite envoyée comme un message WhatsApp standard.

Whatsapp a déclaré que « Status », déployée à partir du lundi 20 février, sera « bientôt disponible dans le monde entier pour les utilisateurs d’iPhone, d’Android et de Windows Phone ».