En matière d’information en ligne ou de contenus vidéo, l’avenir ne dépend pas seulement de l’amélioration technologique des terminaux. L’intelligence artificielle et le Big Data vont permettre un niveau de personnalisation de l’offre encore jamais atteint. Une opportunité pour les acteurs historiques qui sauront prendre ce nouveau virage technologique.

Acheter un journal papier dans un kiosque et en lire, chaque jour, l’essentiel, qui le fait encore ? Allumer son poste de télévision et regarder en direct un programme (à part sportif), qui le fait encore ? Le numérique et Internet étant passés par là, l’époque est déjà aux contenus à la demande, visionnés à l’heure de son choix et sur de multiples supports, du smartphone à la SmartTV à écran géant.


Pour autant, chacun sent bien que ces nouvelles habitudes de consommation de l’information et des contenus en ligne vont encore évoluer. Sous le double effet des acteurs concernés qui adaptent en permanence leurs offres aux humeurs évolutives des utilisateurs, mais aussi du bouleversement technologique permanent. Avec l’avènement de smartphones surpuissants, pilotés par l’intelligence artificielle combinée au Big Data, il est probable que, d’ici peu, les Box TV, les bouquets de chaînes thématiques et même les portails d’information, tels qu’on les utilise aujourd’hui, seront complètement passés de mode.  

Premiers concernés par ce bouleversement annoncé de l’offre et la demande, les opérateurs et producteurs de contenus se réinventent et tentent d’anticiper. D’abord les acteurs historiques, comme le groupe France Télévisions qui, sous l’impulsion de sa présidente Delphine Ernotte, met clairement le cap sur le numérique. Avec plus de 21 millions de visiteurs uniques par mois en 2019, la plateforme Francetvinfo revendique la première place des plateformes d’information en France. L’entreprise publique a même obtenu en début d’année un satisfecit global de son autorité de tutelle, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, jugeant « encourageants » ses progrès dans ce domaine. En particulier en ce qui concerne le lancement de la plateforme Slash, destinée à un public de jeunes adultes, qui propose de courtes vidéos (plus de 300 millions de vues en 2 ans d’existence).

Si le portail d’information et les plateformes dédiés à des publics ciblés connaissent le succès, la bataille pour la suprématie de la consultation de programmes vidéo en ligne est plus incertaine. Netflix a déjà atteint plus de 6 millions d’utilisateurs dans l’Hexagone, et d’autres autres poids lourds américains du contenu comme Amazon Prime Video, Disney+, AppleTV, pour ne citer que les principaux sont déjà en France ou en passe de l’être, avec des moyens financiers considérables. Face à eux, la réponse « française », Salto, regroupant France Télévisions, TF1 et M6, tarde à se concrétiser, qui plus est avec un budget limité. D’autres acteurs « français » sont aussi sur le marché comme le service de diffusion lancé par la startup Molotov, qui revendique… 10 millions de comptes enregistrés. Disponible sur tous terminaux, y compris mobiles, il permet de regarder les programmes des principales chaînes françaises. Mais l’inévitable conflit avec les services en ligne de ces chaînes elles-mêmes rend son modèle économique incertain.

La montée en puissance de l’intelligence artificielle

Quoi qu’il en soit, il n’est pas prouvé que la consommation de contenus en ligne soit, à l’avenir, uniquement façonnée par l’offre des diffuseurs, ou même par les opérateurs de réseaux, sur lesquels passent ces contenus diffusés via Internet. La faute aux habitudes de consommation qui évoluent, notamment celles des jeunes. En France, selon une enquête publiée récemment par l’Université d’Oxford et le Reuters Institute, seuls 7% des Français entre 18 et 25 ans s’informent sur Franceinfo.fr, contre 45 % sur… Facebook (et 43% sur YouTube, qui appartient à Google). La viralité des réseaux sociaux concernant l’information n’est déjà plus à démontrer, même parmi les populations plus âgées. Un phénomène global sur la planète.

A l’évidence, la puissance des terminaux numériques, en particulier portables, permet, comme jamais auparavant, de choisir ses sources d’information et de contenus de façon non seulement indépendante mais surtout de plus en plus éclatée. Et donc d’être de moins en moins dépendants d’un ou plusieurs fournisseurs de contenus, qu’il s’agisse d’un média ou d’une chaîne.

Cette inversion du rapport de force au bénéfice de l’utilisateur, qui peut désormais « picorer » uniquement là où bon lui semble, n’en est qu’à ses débuts. Le mode de consommation étant de plus en plus numérique – y compris via le poste de télévision dont les ¾ du parc installé est désormais connectable – le recours à la technologie comme outil d’assistance à l’information ne peut que se développer jusqu’à devenir, un jour, clé.

Déjà, l’intelligence artificielle permet aux diffuseurs de sélectionner des programmes qui ont le plus de chances de générer des succès d’audience. De plus en plus, celle-ci permettra de proposer des contenus de façon ciblée – comme pour la publicité – à des consommateurs basés sur leurs goûts personnels (tel type de programme, telle thématique, tels acteurs, etc…). Et on peut prévoir l’arrivée de bouquets complètement personnalisés, comprenant même seulement quelques programmes des chaînes ou des contenus proposés, sélectionnés par des algorithmes sophistiqués.

De fait, le déferlement de l’intelligence artificielle sur cette industrie s’explique aussi par la fusion progressive entre information et contenus de loisirs, déjà à l’œuvre lorsqu’il s’agit des réseaux sociaux. Sur ceux-ci, les utilisateurs se regroupent par affinité sur des centres d’intérêts et parce qu’ils partagent des opinions communes. Les statistiques montrent que ceux-ci favorisent très largement les opinions, mais aussi les contenus (y compris les vidéos de fiction) qui correspondent aux leurs, sans chercher intensément des arguments différents.

Les outils d’IA de demain vont renforcer encore cette tendance en proposant des contenus hyper-personnalisés, des technologies qui seront accessibles sur les réseaux sociaux, mais également sur les plateformes de contenu, comme Netflix.

On pourra de mieux en mieux choisir non seulement ses sources d’information sur des thèmes précis en fonction de ce qu’on pense et de qui on est, mais cette caractéristique va s’étendre aux fictions. Au lieu de proposer l’abonnement à une chaîne, on pourra s’abonner à des programmes ou des fictions où apparaissent tels acteurs ou tels sportifs.

Pour assurer cette transition, les opérateurs historiques, comme France TV, ne sont pas forcément les moins bien lotis, même s’ils n’ont pas la même force de frappe financière que leurs concurrents Américains pour financer des fictions. En effet, opérateurs de plateformes d’information et producteurs de contenus, ils disposent d’une masse de données (Big Data) sur les utilisateurs/abonnés critique pour alimenter les futurs logiciels d’intelligence artificielle d’hyper-personnalisation. Ceux qui génèreront le plus d’audience …et de revenus publicitaires ou issus d’abonnements.

 

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