Tesla vient de livrer 1 550 berlines Tesla Model 3 au quatrième trimestre 2017, et a diminué ses objectifs de production pour ce semestre, illustrant à merveille la prédiction de Elon Musk, qui avait déclaré que la production massive de cette voiture serait « un enfer » pour les mois à venir.

La production de la Tesla Model 3 (29 000 € sans option) était de 2 425 unités les trois derniers mois de l’année, soit seulement 260 de plus qu’au troisième trimestre. Fin 2017, Tesla n’a livré que 1 770 exemplaires au total, alors qu’un demi-million de clients attendraient cette voiture.


L’entreprise de Palo Alto vise maintenant un rythme de production de 2 500 Tesla Model 3 par semaine d’ici à la fin du trimestre, bien en dessous de l’objectif des 5 000 unités hebdomadaires fixé en novembre. Cet objectif ne serait pas atteignable avant juin, alors même que Tesla voulait auparavant l’atteindre en décembre 2017.

« Tesla s’en serait mieux sorti s’il n’avait pas annoncé des objectifs si ambitieux pour son rythme de production, a réagi Michelle Krebs, responsable d’analyses chez Autotrader. L’entreprise d’Elon Musk a maintenant déclaré se concentrer sur la qualité plutôt que sur la quantité, ce qui est une bonne chose. La Model 3 doit être impeccable. Augmenter la production avec un produit défectueux serait une bêtise ».

Les actions de Tesla ont perdu 6,45 $ (5,38 €), soit 2 %, et se sont stabilisées à 310,80 $ (259 €) après la première session. Elles avaient baissé de 1 %, jusqu’à 317,25 $ (264 €) avant la publication des chiffres de production et de livraison, mercredi dernier.

La transition vers la Tesla Model 3, plus petite et plus légère que ses prédécesseures, s’est révélée beaucoup plus difficile que ne l’avait pensé Elon Musk début 2017, alors confiant dans les capacités de Tesla à produire cette voiture au rythme de 500 000 véhicules par an fin 2017. Cet objectif semble aujourd’hui irréalisable avant 2019 au plus tôt.

« Nous avons fait de grands progrès au niveau des goulots d’étranglement de la production de la Model 3 », a écrit Tesla dans un communiqué. L’entreprise faisait aussi remarquer que les améliorations de cette fin d’année pouvaient être équivalentes à un rythme de « 1 000 Model 3 par semaine ».

« Nous remercions chaleureusement tous ceux, chez Tesla, qui mettent tout leur cœur dans l’optimisation de la chaîne de production de la Model 3, et dans la mise au point de ces processus, continue Tesla. Nous sommes aussi reconnaissants aux acheteurs de la Model 3 qui continuent à nous soutenir tout en attendant patiemment leur véhicule ».

Elon Musk souhaitait atteindre une production (de plus en plus chimérique) d’un million de véhicules Tesla par an d’ici à 2020. Les problèmes rencontrés pour atteindre ce niveau de production rappellent à quel point la production industrielle peut être complexe, même pour une entreprise dirigée par un homme que nombre d’investisseurs et de clients qualifient de visionnaire. C’est probablement la raison pour laquelle il a cherché à attirer l’attention ailleurs que sur la Model 3 ces dernières semaines, avec notamment la révélation d’un Semi futuriste et d’une nouvelle génération de Roadster en novembre dernier et qui s’est tenue à deux pas de SpaceX, l’entreprise d’aérospatiale d’Elon Musk. Le PDG a aussi tweeté à propos de l’arrivée prochaine d’un pickup Tesla.

Les livraisons de la Tesla Model 3 ont commencé en juillet, avec les 30 premiers véhicules destinés à des employés de Tesla. C’est à ce moment là que M. Musk, connu pour son audace, a commencé à dire que la production serait sûrement bien plus difficile que ce qu’il avait pensé.

« C’est vraiment une voiture fantastique, mais nous nous engageons dans 6 mois d’enfer de production », avait déclaré le milliardaire, bien plus sombre qu’à l’accoutumée, quelques heures avant la cérémonie de remise des premiers véhicules. « Construire cette voiture sera un vrai défi », a-t-il conclu.

Ainsi, contrairement aux Model S et Model X, qui sont tout en aluminium, la Model 3 utilise davantage d’acier, ce qui a obligé Tesla à développer de nouveaux processus sur ses chaînes d’assemblage. Elon Musk a aussi évoqué des problèmes avec les fournisseurs, ou des difficultés avec la production de la batterie.

Même si Tesla vante la Model 3 comme étant une berline à 29 000 €, la production reste à ce jour concentrée sur le modèle Long Range à 36 700 €, avec une autonomie de 500 km par charge. Si l’acheteur ajoute une autre peinture, de plus grosses jantes, un intérieur premium, des options audio, un Autopilot amélioré, voire « la conduite autonome » (qui arrivera à une date encore inconnue), la voiture peut coûter jusqu’à 49 600 €. Hors taxes et frais de port qui font monter la facture finale au-delà des 50 000 €. Même si peu de gens appelleraient ça du marché grand public, c’est moitié moins cher qu’un Model S ou X toutes options.

Même avec tout ce retard, les futurs propriétaires de Model 3 gardent le moral, estime Brian Johnson, analyste chez Barclays :

« Si le produit est bien vu des consommateurs (et nous pensons que la Model 3 est pour l’instant la voiture électrique la plus recherchée dans sa gamme de prix), le retard n’aura aucune conséquence, explique M. Johnson en estimant les actions de Tesla « sous-évaluées ». Mais passé un certain point, ce retard deviendra un problème s’il persiste. La crédibilité de l’entreprise pourrait en pâtir, limitant peut-être son accès au marché des capitaux, et s’il est trop important, il supposera un plus grand risque de concurrence et moins d’acheteurs américains éligibles pour le crédit d’impôts sur l’achat de véhicules électriques ».

Si on ajoute les Model S et X, les livraisons totales de Tesla ont atteint au dernier trimestre 2017 un record de 29 870 véhicules, soit une augmentation de 27 % par rapport à l’année précédente, et de 9 % par rapport au troisième trimestre. En tout, Tesla déclare avoir livré 101 312 voitures en 2017, soit presque un tiers de plus qu’en 2016.

Mais alors que Tesla travaille à résoudre les problèmes de la Tesla Model 3, General Motors a de quoi se réjouir avec sa Chevrolet Bolt électrique, vendue à 23 297 exemplaire pour sa première année sur le marché américain. Ce bijou a une autonomie de plus de 370 km, et son prix moyen est de 32 900 €, d’après Kelley Blue Book. Et même si elle n’est pas aussi rapide ou élancée que la Model 3, elle, au moins, est disponible en magasin.