Le documentaire de Marc Meillassoux et Mihaela Gladovic, Nothing to hide, revient sur la collecte de nos données numériques. Dans une société marquée par les révélations de l’ancien employé de la NSA Edward Snowden, le documentaire propose de prendre conscience des conséquences de la surveillance de masse. Vous pensez ne rien avoir à cacher ? Lisez ceci.

À l’origine était la gratuité. Ce que les journalistes Marc Meillassoux et Mihaela Gladovic nomment dans leur documentaire Nothing to hide « le péché originel » : les géants du web proposent des sites gratuits aux internautes, mais récoltent les informations générées par les utilisateurs lors de la navigation pour les revendre aux agences de renseignement. Au quotidien, les internautes ne se rendent pas toujours compte de cette surveillance de masse, et s’ils en sont conscients, ils finissent toujours par se dire : « je n’ai rien à cacher ».    


« Autour de moi, les gens me répétaient : je n’ai rien à cacher. Ils pensent que s’ils ne font rien de mal, la surveillance de masse ne les concerne par car on associe par sophisme le secret à la faute », raconte Marc Meillassoux, coréalisateur du documentaire. Nothing to hide arrive dans une société post Snowden où la majorité des internautes a entendu parler de la revente des données et de la surveillance de masse, sans trop savoir ce que cela implique. « Au moment des révélations d’Edward Snowden, je n’avais aucune connaissance en la matière. J’ai donc participé à des CryptoParties pour apprendre à protéger mes données, à chiffrer mes mails, à utiliser Linux… »

Le journaliste propose donc aux spectateurs de se plonger sans paranoïa dans ce sujet, souvent auréolé de fantasme, et essaie d’en tirer les conséquences sur la société. Pour Snowden, rapporte le documentaire, il est aussi stupide de dire « je n’ai rien à cacher parce que je ne fais rien de mal », que de dire « je me moque de la liberté d’expression parce que je n’ai rien à dire ». Pour toucher les individus, les réalisateurs ont l’intelligence de présenter un cas, celui de Mister X, dont ils suivent les métadonnées à la trace pendant un mois.

 

Bande-annonce NOTHING TO HIDE FR from Marc Meillassoux on Vimeo.

Pendant plus d’un an, Marc Meillassoux et Mihaela Gladovic ont interviewé experts et témoins : Stéphanie Hankey de Tactical Technology, le percutant Thomas Drake, ancien de la NSA et lanceur d’alerte, Jérémie Zimmermann de la Quadrature du net, Fabrice Epelboin enseignant à Sciences Po et ancien de Owni et ReadWriteWeb, le hacker Claudio Agosti, l’activiste Alison Macrina…

Un documentaire riche, bien écrit et dont la force réside dans sa capacité à ouvrir les yeux sur un monde qui joue sur la ligne rouge. « Tous les mécanismes pour mettre en place un état policier sont en place », interpelle un intervenant. Tourné en partie en Allemagne où Marc Meillassoux travaille depuis sept ans, le documentaire revient sur la Stasi qui voulait « tout savoir » quand aujourd’hui la NSA veut « tout collecter ».

« Le fondement de la démocratie pensée par Montesquieu est la séparation des pouvoirs et l’existence de contre-pouvoirs », rappelle le réalisateur. « Or, avec la surveillance de masse, ce sont des agences hors-sol, au-dessus des lois qui surveillent la population sans garde-fous parlementaire ou judiciaire. »

« Logique de contrôle social »

Nothing to hide interroge donc sur cet équilibre entre sécurité et liberté en rappelant au spectateur les épisodes d’Occupy Wall Street, de l’état d’urgence, de la Cop21 durant laquelle 23 militants écologistes ont été assignés à résidence.

« Il existe aujourd’hui une concentration des pouvoirs dans les mains de l’exécutif, avec une multiplication des lois de surveillance (loi de programmation militaire, loi sur le renseignement) et le prolongement sans fin de l’état d’urgence. Les juges sont mis sur la touche par cet état d’exception permanent », s’inquiète Marc Meillassoux. Derrière tout cela : une « logique de contrôle social », avertissent les intervenants.  

Mais pas seulement. « D’après les révélations de Snowden, plus de la moitié de l’espionnage de la NSA est industriel, ce qui est une atteinte grave à la concurrence », souligne Marc Meillassoux. « Tout appel d’offre, toute innovation, tout brevet peut-être l’objet de surveillance. » Alors, vous n’avez toujours rien à cacher ?

À voir au cinéma Saint-André-des-Arts à Paris, les 26 septembre et 3 octobre à 13 heures. Et dans plusieurs cinéma et festivals. Et à partir du 30 septembre en Créative commons.