Une expérience en réalité virtuelle baptisée “Holotennis” permet désormais de connecter deux joueurs sur le central de Roland-Garros. Le jeu présenté par Orange et la FFT porte en lui plusieurs applications possibles, même si la route est longue avant la mise en place d’un vrai simulateur.

Echanger quelques balles sur le court Philippe-Chatrier pendant la quinzaine de Roland-Garros est désormais accessible à n’importe qui. Jeudi 1er juin, mi-journée. Deux adversaires totalement inconnus du grand public s’affrontent sous le soleil de Paris, devant un public en transe et sous les “call” d’un arbitre du circuit. A l’arrivée, un vainqueur, un perdant et une expérience incroyable de trois minutes, qui prend fin lorsque les deux personnes enlèvent leurs casques de réalité virtuelle.

Nous ne sommes pas exactement sur la terre rouge du court central, mais dans un espace baptisé RG Lab situé en lisière du court n°1. Le géant français de communication Orange, l’un des partenaires de Roland Garros, se trouve à l’origine de ce projet, une première mondiale pour le tennis. A deux endroits distants d’une centaine de mètres, deux joueurs sont téléportés sur le court, simultanément et en relief, à l’aide d’un casque HTC Vive.  

L’affiche de promotion d’Holotennis, dans les allées de Roland-Garros.

Un vrai hologramme en relief, “pas comme Mélenchon

“Ils peuvent se voir, se parler, interagir au travers de leur hologramme et faire ensemble un match de tennis”, précise Mathieu Ducrot, responsable apps anticipation chez Orange. La solution a été développée par la société française Emissive. Créée en 2005 (22 salariés, 1,6 million de chiffres d’affaires), elle a travaillé trois mois en partenariat avec Mimesys pour scanner le corps des participants. “L’hologramme est un vrai hologramme en 3D, pas comme les meetings de Jean-Luc Mélenchon, sourit Fabien Barati, directeur général et co-fondateur d’Emissive. Mélenchon, c’était une vidéo à plat. Nous parvenons à reproduire les volumes des deux joueurs.” Tous frais confondus, la facture représente une petite enveloppe à six chiffres. Le coût d’une installation de ce type ne coûte jamais moins de 50.000 euros et peut atteindre les 200.000.

La réaction des utilisateurs de la Porte d’Auteuil enseigne que ce service est réussi. “Je veux trop le refaire” trépigne, dans un grand sourire, une petite fille qui a déjà joué deux matches en quelques minutes. Le jeu se démarque par une certaine facilité d’utilisation. “En réalité virtuelle, il n’y a pas vraiment de temps d’apprentissage, souligne Fabien Barati. On utilise son corps comme dans la réalité. Pour le tennis, on fait des vrais mouvements, comme sur un court de tennis.”

Holotennis n’est cependant pas une simulation réaliste. Il n’est pas possible de se déplacer et la balle vient au joueur quel que soit le coup effectué, à condition d’avoir été effectué dans le bon timing. Ce parti-pris d’une expérience grand public rend le potentiel de développement encore difficile à mesurer. “C’est extrêmement large, acquiesce Mathieu Ducrot. A terme, pourquoi pas l’utiliser pour améliorer son jeu, revoir des actions, corriger ses défauts, le tout en regardant son hologramme? Travailler avec la Fédération française de tennis sur les formations à destination des joueurs professionnels est une piste qui peut être intéressante.” Dans le sport automobile, des pilotes de Formule 1 et de rallye utilisent déjà la technique de la réalité virtuelle pour simuler leur conduite, comme des pilotes d’avion. Ce sont les seules applications connues dans le sport de haut niveau.

Un futur outil d’entraînement ? Pourquoi pas

Pour le tennis, qui peine déjà à apprivoiser la masse de données déjà disponible sur le jeu, la route est longue. Holotennis s’utilise déjà avec une raquette. “Aboutir à une situation de mobilité avec une solution sans fil est techniquement possible dans un grand espace (NDLR, un court de tennis fait un peu moins de 200m2 sans les espaces de replacement), affirme Fabien Barati. En revanche, restituer le poids de la balle ne l’est pas. C’est ce que nous appelons les retours de force. Aujourd’hui, nous sommes capables déclencher une vibration dans la raquette à chaque impact. Des technologies existent pour aller plus loin, mais pas encore pour atteindre le niveau de précision d’un poids réel d’une balle jour par l’adversaire.” Le « poids » est cette notion non mathématique utilisée par le milieu pour parler à la fois de la vitesse de la balle, sa trajectoire et ses effets.

A court terme, Orange se contente d’utiliser Holotennis pour présenter ses nouveaux produits au plus grand nombre. “Roland-Garros est une vitrine, précise Mathieu Ducrot. Elle nous permet de montrer au grand public une innovation qui est en maturation depuis un certain temps. Notre métier, c’est d’offrir des services de communication. Holotennis est un service de communication immersif”.

Les particuliers, pourtant, ne constituent pas la cible principale d’une telle opération. Pour transformer votre salon en central de Roland-Garros, il faut avoir quelques moyens. “Les casques de réalité virtuelle sont disponibles pour le grand public mais ça ne se développe pas de façon exponentielle, cela nécessite un peu de temps”, indique Fabien Barati. Le casque HTC Vive utilisé à Roland Garros coûte aux alentours de 900 euros. Il doit s’accompagner d’un ordinateur puissant d’environ 1500-2000 euros. Sans compter qu’il faut une pièce dédiée, capable de disposer les lasers et les caméras de profondeur pour créer son hologramme.

Pour les particuliers, le marché n’est pas mûr

Les entreprises sont la cibles principale d’Orange. Elles restent aujourd’hui les premiers clients du marché de la réalité virtuelle. “Le but principal de ces marques c’est la visibilité, estime Fabien Barati. La réalité virtuelle, par son côté moderne, innovant et par l’émotion qu’on peut en tirer, donne cette visibilité.” Le fondateur d’Emissive parle ici de l’une des trois applications professionnelles de la réalité virtuelle. Elle met en valeur la marque à travers une expérience ludique, comme le propose aussi BNP-Paribas à Roland-Garros avec un match contre un drone. La seconde application est la formation. “En reproduisant des situations, des lieux ou des outils, la formation devient plus efficace, moins chère et plus sûre, développe Fabien Barati. Ainsi avons-nous reproduit des voies de chemin de fer pour former les personnels de la SNCF qui travaillent sur ces axes, qui font des victimes tous les ans parmi le personnel.”

La troisième application consiste à prévisualiser des situations futures. Ikéa aide ses consommateurs à voir ce que sera leur cuisine en réalité virtuelle. Des architectes et urbanistes peuvent restituer l’impact de leur projet à travers des casques de réalité virtuelle. “Il est parfois difficile pour un décideur économique de se représenter les résultats de leurs travaux, et la réalité virtuelle permet de mieux leur adresser leur projet”, indique Fabien Barati. En 2017, la réalité virtuelle permet de se représenter l’immensité du court central de Roland-Garros. Pas encore la force d’un coup droit lifté de Rafael Nadal au-dessus de votre épaule. Ce n’est qu’une question de temps.

Luc Magoutier et Cédric Rouquette