Le règlement général sur la protection des données (RGPD) entrera en vigueur en mai 2018. Ce texte doit permettre à l’Europe de s’adapter à de nouvelles réalités numériques en renforçant les droits des personnes, en responsabilisant les acteurs et en établissant une régulation. Il remplacera la directive sur la protection des données personnelles de 1995. Adopté en avril 2016, ce nouveau texte inquiète déjà les entreprises, notamment en raison de son aspect « restrictif » et des sanctions encourues. Pierre Calmard, ancien directeur services nouveaux médias chez Médiamétrie, fondateur de iProspect et actuel directeur général de Dentsu considère le RGPD trop contraignant.


Pourquoi parle-t-on de plus en plus des données personnelles et de leur protection ?

Le fait que les données personnelles soient revendues et utilisées par les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) est désormais un fait connu du grand public. Le marketing a changé : avec l’utilisation des données individuelles, il y a un sentiment d’absence de consentement des individus.

Le grand public comprend qu’il est ciblé et observé. Ce constat est fait par le gouvernement et par les citoyens, et il pose le problème légitime du respect de la vie privée. Le paradoxe, les données sont utilisées pour du marketing qui finance l’ensemble de l’écosystème

Tout le monde veut protéger sa vie privée, mais personne ne veut payer les contenus et les plateformes. Personne ne renonce à son compte Facebook, ou à rechercher de l’information en utilisant Google par exemple, ce qui montre bien le fait que les citoyens ont en réalité déjà fait leur choix : l’espace de liberté offert par Internet et ses plateformes numériques est supérieur à la protection de leur vie privé.

La règlementation européenne RGPD qui entrera en vigueur l’année prochaine a pourtant pour objectif de règlementer la protection des données ?

La prise en compte de la logique de régulation des données par le gouvernement est essentielle. Il est indispensable de légiférer la collecte des données mais le RGPD est trop contraignant. Surtout, cette réglementation n’est pas adaptée aux évolutions technologiques. En effet, elle s’attaque aux cookies alors que les entreprises reconnaissent désormais les ID, qui permettent de cibler directement les utilisateurs sur leur téléphone, leur ordinateur, leur tablette. Et ce n’est que le début : l’intelligence artificielle va permettre de reconnaître les individus par des moyens de moins en moins détectables.

Cette stratégie va contraindre les petits acteurs qui dépendent des cookies et faciliter les pratiques des GAFA qui ont déjà dépassé le paradigme des cookies.

En résumé, ceux qui ont les technologies les plus puissantes pourront se développer. A savoir les entreprises américaines et chinoises. Un comble pour une réglementation européenne.

Quelles sont alors les solutions ?

La question est de savoir comment protéger le citoyen sans favoriser les GAFA ? Nous pouvons nier la réalité, ou l’accepter et donc mettre autour de la table les bonnes personnes, notamment les GAFA, mais aussi les publicitaires, marketeurs, annonceurs et éditeurs européens, et définir ensemble les règles de bonne gouvernance.

Les GAFA ont un talon d’Achille : leur business model repose sur la publicité et le marketing. Donc s’il y a soudain un retournement de la population qui arrêterait subitement de les utiliser, ce serait terminé pour eux. Google par exemple ne vit que de l’argent des annonceurs, donc s’il n’y a plus d’utilisateurs, Google tombe.

Aujourd’hui, la force de la data est de rendre les publicités plus efficaces. Le problème est que les groupes européens se disent qu’ils n’arriveront jamais à la cheville de Google. Je voudrais donc continuer à faire de la publicité ciblée, car c’est tout simplement mieux que de recevoir des publicités qui ne seraient pas adaptées à nos goûts, à nos es centres d’intérêt.

Qwant par exemple surfe sur le RGPD et la protection des données. Mais je ne vois pas de raz-de-marée vers ce moteur de recherche. De la même manière la question de leur modèle économique se pose. Mon rêve est que la commission européenne mettent les lobbys un peu de côté, écoutent les citoyens européens d’un côté, les annonceurs, les éditeurs européens et les agences conseil proposer une régulation viable. La coopération et la synthèse est le prix de notre liberté.