Stilla est une de ces start-up phares de la Biotech française. Depuis 2012, elle bouleverse la recherche des sciences du vivant en proposant un outil d’analyse génétique de haute précision, dont Remi Dangla, son fondateur, en est aussi l’inventeur. Rencontre. 

Adolescent, déjà, Rémi Dangla aimait “bricoler”. Il se souvient avoir “fabriqué un hydroglisseur à partir d’une voiture télécommandée qu'[il avait] démontée”. Depuis tout jeune donc, Rémi Dangla, 34 ans, entretient une très grande curiosité pour tout ce qui a trait aux sciences, si possible avec des équations dedans. Après avoir grandi entre un père géophysicien prospecteur de puits de pétrole et une mère prof de maths, en suivant les affectations professionnelles du premier un peu partout dans le monde, le natif de Bordeaux part à Paris pour ses études. Il intègre la classe préparatoire du prestigieux lycée Saint-Louis, et est admis à l’école Polytechnique en 2005. 

Un entrepreneur inventeur 


A l’X, Rémi Dangla n’est pas très attiré ni par une carrière business, ni par une carrière en finance. A l’époque pourtant, c’est l’âge d’or de la finance de marché, avec des étudiants qui se ruent dans le master de Nicole El Karoui. Dangla, lui, est porté par le gout de la recherche à la croisée des chemins entre la mécanique, la physique et la chimie. A la fin de son master à Polytechnique, il enchaîne en 2009 sur une thèse en micro-fluidique au sein de la même institution. “Ce qu’il y avait de bien avec ce domaine, c’est qu’il y avait encore beaucoup de choses à débroussailler.” Il se penche alors sur la possibilité de créer des circuits faisant appel à de très petites quantités de liquide afin de faciliter des expériences scientifiques. 

On ne dirait pas comme ça, avec son visage blond et glabre, et sa chemise blanche retroussée aux manches, mais Rémi Dangla est un entrepreneur-inventeur, un vrai de vrai. Inventeur d’abord, puisque c’est sur les paillasses de l’X qu’il découvre des technologies microfluidiques capable de manipuler des dizaines de milliers de microgouttelettes. Il dépose alors quatre brevets et se rend compte du potentiel de ses inventions dans le domaine de l’analyse génétique de précision. 

Une frise retrace l’histoire de Stilla dans ses locaux | Crédits : DR

Autant de brins d’ADN dans 1ml de sang que d’arbres dans la forêt amazonienne

A la fin de sa thèse en 2012, Rémi Dangla se retrouve dans une impasse : “J’avais créé ces outils en lesquels je croyais, mais je me suis rendu compte que si je ne prenais pas en main le processus de valorisation de cette technologie, personne ne le ferait à ma place. Je n’avais aucun exemple d’une invention qui avait réussi sans être portée par son inventeur.”

Pas effrayé par l’aventure entrepreneuriale, Dangla crée donc Stilla Technologies en 2013. Sa cible : les instituts de recherche privés et publics, qui ont des besoins complets et spécifiques en matière de matériels de recherche. Pour bien comprendre de quoi il en retourne, en termes d’enjeux, on n’a pas trouvé mieux que les explications de l’intéressé sur le site de l’X. ” La complexité génétique des échantillons biologiques est un problème majeur. Il faut par exemple s’imaginer qu’il y a autant de brins d’ADN dans 1ml de sang que d’arbres dans la forêt amazonienne ! Parmi ces brins, la plupart sont « sains » et sans grand intérêt. Quelques-uns, en revanche, peuvent porter les traces d’une maladie qui nous affecte. L’enjeu est donc de détecter et quantifier ces quelques brins d’intérêt, cachés dans cette gigantesque forêt de brins d’ADN. Le système que nous avons conçu, appelé “Naica System for Crystal Digital PCR”, permet d’isoler, de détecter et d’énumérer précisément ces ADN d’intérêt, quelque soit la complexité de l’échantillon à analyser. Aujourd’hui, notre technologie s’applique à de nombreux domaines (médical, agro-alimentaire, etc…). Une application à l’étude concerne, par exemple, l’utilisation du système “Naica” pour suivre l’évolution du cancer chez un patient en quantifiant l’ADN tumoral contenu dans son sang. Un peu comme on suit la température d’un grippé avec un thermomètre !” 

Le système Naica | Crédits : Stilla Technologies, DR

20 millions en série B

Le 11 février dernier, Stilla a levé 20 millions d’euros en série B afin d’accélérer son développement, notamment en soutenant ses activités en Asie, et en particulier en Chine. L’ambition de Stilla et de Rémi Dangla n’est pas seulement de proposer leurs solutions aux instituts de recherche, mais aussi aux laboratoires d’analyse médicale afin d’améliorer directement le devenir des patients. 

Cet amoureux de la montagne fait partie désormais de ces jeunes entrepreneurs qui font la fierté de la filière Biotech française. Et de rappeler que le marché sur lequel il se positionne – la recherche -, n’est pas une petite chose : “En France, on dépense 2% de notre PIB en recherche & développement. Cependant, dans les labos français, quasiment tous les équipements qu’on achète sont étrangers.” Stilla technologies peut en tout cas inspirer l’épanouissement global d’une filière Biotech hexagonale. 

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