Une guerre silencieuse est en cours. L’enjeu de cette guerre n’est rien d’autre que le futur d’Internet tel que nous le connaissons. La majeure partie du contenu internet est financée par la publicité interruptive : à l’unanimité, les utilisateurs détestent cela. Apple et Google souhaitent y remédier. Leurs prochains navigateurs Internet stoppe les vidéos au chargement automatique et la publicité ciblée. 

Leur idée va dans le sens de l’utilisateur, tout en étant bonne pour les affaires. De plus, elle constitue un appel lancé à l’intention des modèles commerciaux dépassés.

Frederic Filloux, rédacteur pour le site Monday Note, ne mâche pas ses mots :
“Ceux qui montent des entreprises, parfois grandes, au détriment de l’expérience de l’utilisateur ne sont pas loin d’une chute fatale.” Il n’a pas tort.

Ensemble, Apple et Google sont une force dirigeante. Leurs systèmes d’exploitation couvrent plus de 90% des mobiles, lesquels représentent la part d’Internet la plus importante et connaissent la croissance la plus rapide. Et Chrome, le navigateur Internet développé par Google, domine toutes les plateformes.

Apple et Google sont tout à fait en mesure de rebâtir la façon dont la publicité fonctionne sur Internet.

Depuis sa tentative de gérer une entreprise publicitaire, qui s’est soldée par un échec, Apple est l’adversaire le plus acharné de l’internet supporté par la publicité.
L’année dernière, l’entreprise a annoncé que Safari, son navigateur, comprendrait nativement un bloqueur de publicités. Cette année, lors de sa conférence des développeurs, Google a fait savoir que la prochaine version du navigateur bloquera les vidéos à lecture automatique et limitera la technologie de publicité par le pistage.

Ces initiatives s’imbriquent bien dans le discours général d’Apple sur le respect de la vie privée.
Les directeurs d’Apple se sont fréquemment plaints du fait que les entreprises de la Silicon Valley sont trop laxistes au sujet de la collecte des données de l’utilisateur. L’année dernière, Apple a expliqué comment l’entreprise s’astreint à une politique de l’utilisation d’algorithmes complexes afin de rendre anonymes les données personnelles. En théorie tout du moins, Apple ne collecte pas les données individuelles des utilisateurs.

Quant à Google, son champ d’action repose entièrement sur la publicité. Son entrée dans la guerre livrée aux navigateurs n’est qu’une question de contrôle.

Frederic Filloux indique que Google a joué un rôle instrumental dans la Coalition pour de meilleures publicités (une association fondée par les grands acteurs de l’industrie digitale). Ce groupe de défense, qui implique les éditeurs et les annonceurs, a pour but l’amélioration d’Internet, en s’attaquant à ses mauvais acteurs.

Les utilisateurs sont très agacés pas ces vidéos internet qui se mettent automatiquement en lecture, sur les ordinateurs comme sur les smartphones.
Cependant, le blocage de publicité intégré à Chrome met Google en posture de définir la norme. L’entreprise devient l’arbitre déclarant ce qui est acceptable. Cela fortifie son emprise déjà considérable sur la publicité digitale sans pour autant affecter Google Search, son fonds de commerce.

L’entreprise digitale eMarketer prévoit une hausse de ses dépenses en publicité digitale de 15,9% en 2017, soit 83 milliards de dollars. Google devrait engranger 28,55 milliards de dollars, soit 40,7% du marché total. Cela représente une augmentation de 16,1% pour l’année 2015.
Les acteurs du secteur considèrent que ce chiffre gonflera à une allure encore plus rapide si les annonceurs fuient les bannières digitales publicitaires bloquées en faveur d’un navigateur payant.

Il se peut qu’Apple ait une autre motivation dans tout cela. Le fait de remettre en question l’Internet supporté par les publicités pousse les modèles requérant une souscription vers l’avant. Tandis que le marché des smartphones haut de gamme arrive à saturation, les souscriptions sont devenues une part considérable du plan commercial de l’entreprise.

Il existe toutefois des opportunités d’investissement. Nombreuses sont les petites entreprises bien placées pour tirer profit des résultats prometteurs garantis par le blocage de publicité. En ce moment, les entreprises construisent du matériel informatique doté d’intelligence artificielle. De tels produits susciteront une forte demande pendant que les autres acteurs du secteur recherchent de nouveaux modèles d’entreprise.

Dans tout cela, n’oublions pas les fournisseurs de contenu digital et les entreprises de placement de produit. Leurs services connaîtront une nouvelle demande dans la période suivant l’ère de la publicité digitale traditionnelle.

Il me semble que dans la plupart des cas, il existe des opportunités sur les marchés publicitaires pour les investisseurs émergents du secteur de la technologie.