Le boom urbain phénoménal des territoires invite les décideurs politiques à opter pour de nouveaux modes de gouvernance. Actuellement, les villes souffrent de nombreuses défaillances influant la vie quotidienne des populations locales. Cette situation rend la contribution des citadins et des forces en présence localement incontournable, au regard de nombreux paramètres inédits à prendre en compte, pour augmenter la performance des services urbains et résorber des problématiques très concrètes. Dans ce sens, les pilotes des villes doivent se doter d’outils d’aide à la décision, tels que l’OpenData en mesure de repérer les lacunes et dysfonctionnements urbains pour y remédier par une gestion rationnelle en phase avec la nouvelle disruption digitale à l’œuvre pour bénéficier de l’intelligence citoyenne et favoriser la création de valeur collective.

Dans un monde mutant et de plus en plus dense, les métropoles sont pourvoyeuses de données massives. Mais la plupart de ces données générées à l’échelle internationale sont invisibles et inexploitées. En réalité, les collectivités locales produisent, collectent et administrent une grande quantité de données, pour accomplir des missions de service public dans le cadre de leurs prérogatives. De ce fait, l’ouverture de ces données constitue, par les temps qui courent, le bras armé des pouvoirs locaux et du secteur privé pour accompagner les ambitions économiques, sociales et culturelles des territoires. Ces données stratégiques octroient, par la même occasion, la possibilité aux citoyens de contrôler et de suivre l’action des exécutifs locaux tout en appuyant les initiatives des acteurs économiques dans des dynamiques d’innovation sociale. C’est dans cet état d’esprit que le partage des données urbaines avec un large public améliore la confiance des administrés dans leurs élus. Il est donc opportun de donner la parole au citoyen en le remettant au cœur de la machine politique pour obtenir l’adhésion autour des projets d’intérêt général.


Pouvoir profiter de cet important gisement en donnant un accès aux informations à l’ensemble des acteurs à tout moment est le grand challenge. Pour ce faire, il est pertinent de structurer une plateforme de partage de données conforme à cette volonté d’ouverture, qui conduira systématiquement à l’adaptation de l’offre à la demande des maîtres d’usages. Pour faire face à ces nouveaux enjeux, les pouvoirs publics devraient déployer un outillage technologique avancé au sein des collectivités car les processus classiques de fourniture des données paraissent obsolètes et inadaptés aux évolutions des organisations publiques. La liberté d’accéder et de se servir de la donnée fait partie indéniablement des solutions originales pour lutter contre les insuffisances de la gouvernance locale à l’heure actuelle. Sur le plan pratique, les données libérées peuvent être utilisées par les citoyens, les développeurs, les acteurs économiques, les instituts de sondages, les institutions académiques et pôles de recherches, ainsi que les élus et les services municipaux.

Cette démarche de création de concentrateur de données issues des collectivités locales et des services territoriaux de l’Etat en vue de les rendre transformables est une excellente stratégie qui peut révéler le potentiel des territoires en quête d’efficience en matière de gestion locale. L’OpenData répond en tous points à cette vision contemporaine embarquant toutes les parties prenantes, et au premier chef les maîtres d’usage pour co-construire des « Smarter Cities ». Autrement dit, la plateforme OpenData est une brique fondamentale dans l’approche Smart Cities impulsée par de nombreuses villes porteuses d’une grande ambition de progrès humain. Elle représente un capital numérique stimulateur de l’innovation territoriale et des comportements créatifs au service du bien commun.

Ce nouvel espace de données nécessite une expertise urbaine pour mieux appréhender les immenses enjeux de la ville et y répondre de manière pragmatique. L’expertise urbanistique, l’analyse profonde de l’aménagement du territoire, la compréhension des jeux d’acteurs et le fonctionnement global des systèmes urbains dans un territoire, sont cruciaux pour qu’une telle démarche réussisse. La finalité de cette organisation technologique est de participer intelligemment au développement urbain et socio-économique à l’échelle communale ou métropolitaine. La centralisation des données a vocation à performer les systèmes complexes structurant les territoires et l’ensemble des services publics.

En mettant à disposition leurs données, les villes facilitent leurs usages à des fins d’intérêt public. L’exploitation de cette matière productrice de richesses insuffle assurément une synergie positive au sein des communautés locales, ce qui crée un effet d’entrainement colossal. Ce nouveau mode de fonctionnement organisationnel implique des modifications structurelles afin d’adapter les politiques publiques aux enjeux du numérique. Dans un contexte de profusion des données et d’accessibilité technologique grandissante, il est essentiel de s’appuyer sur des plateformes génératrices de services et d’interactivité sociale pouvant former un environnement facilitateur via des interfaces interopérables, collaboratives et intuitives.
La création du poste de « Chief Data Officer » au sein des collectivités territoriales s’impose pour prendre à bras le corps la question de la fluidification du processus d’accès aux données et garantir la fiabilité de celles-ci dans le but d’effectuer des analyses ciblées, à même de perfectionner le mécanisme décisionnel des collectivités publiques. Il est recommandé de lancer au préalable un vaste programme de dématérialisation des processus administratifs. Les données partageables peuvent être statiques comme les documents réglementaires ou dynamiques comme la : qualité de l’air et les transports. Le but est de rendre réel le développement de services à valeur ajoutée pour les maîtres d’usages. Ces données peuvent être enrichies par les informations fournies par les acteurs privés au sein des villes. Le but est de rendre ces données utilisables et intelligibles par le plus grand nombre, qu’il s’agisse du grand public ou des spécialistes du développement informatique. Sur le plan opérationnel, le Chief Data Officer, appuyé par des Datascientists, coordonne les services pouvant enrichir une base de données afin de réaliser des cartographies ou des études poussées pour agréger les informations en vue d’élaborer une politique numérique évolutive et pertinente apportant des solutions opérationnelles en faveur des citoyens.

Afin d’enregistrer des succès exemplaires, il faut en amont mener un travail de longue haleine, de recensement et d’identification des sources des données, qui peuvent être multiples, comme les objets connectés. L’idée est de passer d’une infrastructure classique à des « infostructures ». Les objets connectés capturent et émettent en permanence des données qui peuvent être injectées dans le circuit de la prise de décision pour produire des effets positifs sur l’ensemble des collectivités locales. L’idéal est de procéder, dans un premier temps, à un audit des données pour étudier précisément les besoins, définir les spécifications fonctionnelles et technique en vue d’installer la plateforme et de la configurer techniquement, sans oublier la formation des agents pour une mise en service immédiatement efficace. Certaines données sensibles peuvent faire l’objet d’une protection particulière et de certaines restrictions raisonnables sur la base de la réglementation. Plusieurs ingrédients favorisent le déploiement de plateformes de libéralisation des données, à commencer par le volontarisme politique des élus, qui est l’élément déclencheur pour porter une vision d’ouverture et de bienveillance à l’égard des citoyens et de toutes les parties prenantes. Il est absolument profitable de déverrouiller la décision publique en valorisant l’expertise citoyenne, sans oublier la nécessaire refonte des services au sein des collectivités pour passer d’une organisation en silos à un fonctionnement Bottom-up. Ceci permettra de s’abstraire du modèle hiérarchique descendant pour enclencher de véritables processus décisionnels fondés sur des méthodes largement collaboratives et inclusives. Pour gagner en efficacité opérationnelle, il importe d’établir une cartographie des données accessibles en identifiant leurs sources. L’actualisation et l’uniformisation des données confortent la pertinence d’interprétabilité des modèles. Aussi, le croisement des jeux de données est un gage de qualité. Ces jeux de données devraient être classifiés selon les services auxquels ils sont intégrés : culture, économie, sécurité publique, transport et mobilité, éducation, administration publique, environnement et énergie. Ils devraient faciliter la mutualisation de briques de services pour générer des cercles d’usages sur des domaines porteurs. Un autre point important est celui de procéder au traitement de données disparates en augmentant les capacités prédictives pour produire des modèles efficients sur le long terme à l’aide des algorithmes de Deep Learning.

Il est essentiel d’accorder la possibilité à l’ensemble de l’écosystème d’exploiter les données et d’en ressortir des analyses fines, des représentations graphiques pour de meilleures clarifications de l’évolution des territoires, des leviers opérationnels de natures différentes. Les collectivités territoriales ont intérêt à puiser dans les forces des territoires pour faire émerger des propositions très instructives et adéquates. Concrètement, les villes peuvent faire appel à des spécialistes, dans le cadre de partenariats stratégiques, incluant les concepteurs de la plateforme, les urbanistes et experts Smart Cities, les intégrateurs ainsi que les Datascientists, en mesure de faciliter la collecte et la gestion des données structurées multi-domaines optimisant l’analyse, l’exploitation et le traitement pour produire des prédictions en temps réel en vue de solutionner des problématiques liées à la vie locale. En outre, il faudrait mutualiser les processus de collecte, de visualisation, de partage et de traitement des données pour une efficacité opérationnelle maximale. Il convient de trouver la solution technologique adaptée au besoin d’une collectivité, et en capacité de favoriser l’émergence de nouvelles activités urbaines et d’un nouvel écosystème d’applications utilisant les API des uns et des autres. Certains opérateurs proposent une solution clé en main pour permettre de valoriser le contenu de la donnée. Le processus d’intégration de la démarche OpenData implique des investissements massifs dans la recherche et le développement pour suivre les tendances et les logiques de rupture.

Le constat empirique que l’on peut faire aujourd’hui, c’est qu’une grande majorité des collectivités est très en retard par rapport aux évolutions rapides de cette technologie. De façon factuelle, les difficultés réglementaires, techniques et politiques pour le déploiement d’une plateforme OpenData sont les principaux obstacles qui doivent être levés pour dépasser les fortes résistances opposées à un large partage des données publiques, souvent par dogmatisme. Au-delà de ces freins, les collectivités locales ont besoin d’un accompagnement technique dans la durée pour instaurer une organisation interne tournée vers ces nouveaux enjeux. Les métropoles et les intercommunalités sont des concentrations urbaines opportunes pour une mise en place efficace de l’OpenData au niveau institutionnel. L’investissement dans la formation des agents territoriaux pour monter en compétences et assurer ainsi la pérennité de ces plateformes, est une partie intégrante du dispositif à adopter par les collectivités.
Cependant, ce mouvement global OpenData marque une étape décisive de son expansion en raison de la maturité atteinte par certaines collectivités locales, de par le monde, particulièrement engagées dans la transformation digitale par l’alliance des acteurs locaux publics et privés dans cette mutation radicale, et l’évolution réglementaire qui pousse à la mise en œuvre des démarches OpenData dans les territoires. Il est certain que le processus de l’OpenData entraîne un cercle vertueux permettant de soutenir la croissance et la performance de la gestion urbaine. Cette nouvelle donne se répercute concrètement sur les écosystèmes locaux et s’inscrit dans les mouvements de plateformisation de l’économie de manière générale.
Il est à noter que certaines villes, à travers le monde, ont d’ores et déjà opéré ce virage profondément démocratique, et se distinguent par des efforts importants en matière de transparence municipale grâce à l’ouverture des données publiques. Cette tendance va se confirmer au fil des années compte tenu de l’intérêt croissant des décideurs pour les nouveaux instruments de la gestion publique.

Sans surprise, les Etats-Unis sont les initiateurs de l’OpenData à l’échelle locale. En effet, les administrations américaines récentes successives ont donné un coup d’accélérateur aux politiques de transparence de la vie locale. Ainsi, les villes de New York et Washington sont pionnières dans ce domaine. Le choix de la ville de New York en particulier consistant à partager les données avec le public émane d’une volonté politique forte qui a pris corps à partir de l’intégration de cette initiative au code administratif et à la loi. Le portail OpenData de la ville de New York est considéré comme optimiseur de la transparence et encourage l’innovation citoyenne afin d’améliorer la qualité de vie des urbains. Clairement, cette ville est l’exemple emblématique des expérimentations en matière de gouvernance locale, de démocratie participative. Cette mégalopole foisonnante d’actions innovantes soutenues par un écosystème performant est à l’avant-garde en termes de diffusion des données. Son atout est d’inciter à la création de services à forte valeur ajoutée et de généraliser territorialement cet élan. Pour refléter cette tendance, pléthore d’applications s’y créent, à l’image de « HealthyOut » qui permet d’identifier les restaurants les plus respectueux des normes d’hygiène et de santé publique.

L’alliance OpenData et Crowdsourcing forme un moteur de changement qui aiguille l’action des citoyens et organise leur contribution active aux actions de leurs territoires. Une retombée marquante est illustrée par l’initiative « Brand Your Subway », menée par un ingénieur, et qui propose aux maîtres d’usage de revoir la planification du métro de New York via une carte interactive. Également, l’OpenData prend tout son sens dans la ville de San Francisco, véritable hub de l’innovation internationale qui abrite les géants du numérique. Ce territoire fait figure de référence mondiale et incarne un vrai modèle d’inspirations. La plateforme DataSF instaurée par la mairie promeut significativement les technologies de rupture pour continuer à faire de la ville de San Francisco, une ville à la pointe de la technologie, par la promotion des applications nourries par l’accessibilité optimale des données, comme la solution développée par une équipe pluridisciplinaire, et qui vise à analyser des données liées aux crimes et délits pour élaborer des modèles prédictifs grâce à l’intelligence artificielle par l’usage des algorithmes de Machine Learning. Ces prédictions permettent d’établir une carte des zones à fort taux de criminalité en précisant la géolocalisation et les types de crimes commis durant une période donnée en vue d’assurer la sécurité urbaine par l’adaptation des dispositifs aux nouvelles formes de menaces.

Afin d’illustrer la chose, il est fort intéressant de citer le service OpenData de Helsinki, qui est l’un des plus aboutis au monde. Son point fort est de soutenir puissamment le dynamisme économique en accompagnant les porteurs d’idées à les transformer en projets réels. Un concours prestigieux à l’échelle de la ville, a été créé spécialement pour récompenser les concepteurs d’applications mobiles au bénéfice des citoyens. Et pour inclure les personnes exprimant leur intérêt de participer aux débats locaux, le conseil municipal de Helsinki dispose d’un système dématérialisé appelé Ahjo facilitant le partage des délibérations et des comptes-rendus. La plateforme de Helsinki comporte 10 catégories de données : Logement, gouvernement local, plans, culture et loisirs, mobilités et tourisme, Education, construction, Economie et taxes, santé et services sociaux, Emploi et industrie, Population, nature et environnement. Ces catégories sont dictées par les priorités fixées par chaque ville. Il s’agit d’un portail communal répertoriant un ensemble de données fournies par les ministères, partenaires ou entreprises de service public.

 

L’Europe s’intéresse de plus en plus à cet enjeu vital. Ainsi, la ville de Barcelone a lancé son propre portail métropolitain OpenData. Il s’agit d’une plateforme regroupant toutes les informations dans des formats exploitables pour permettre aux entrepreneurs de créer des applications mobiles et d’investir dans la recherche analytique autour des villes intelligentes et quantifiées. Cette initiative est amplifiée par la mise en place du « Fablab Barcelona » qui vise à développer des moyens de visualisations cartographiques pour un meilleur traitement en effectuant des comparaisons avec les données d’autres villes à l’échelle planétaire. Cela offre la possibilité d’imaginer et de modéliser ce que pourrait être le futur de l’open data au niveau mondial.

L’évolution législative en France, traduite par la mise en place de la loi pour une république numérique, imposant aux collectivités locales de plus de 3500 habitants, de partager leurs données va dans le bon sens et mérite d’être évaluée à moyen terme. Avec ce changement non négligeable, le droit à l’information et à l’accès aux données, qui concerne aussi les acteurs privés opérant dans le service public, que ce soit dans le domaine des mobilités, de l’énergie, des déchets, pousse vers une démocratisation de la donnée. Les objectifs sont nombreux, que ce soit de l’information pure et simple à l’opérationnalisation de projets, en passant par l’animation du territoire. Ceci dans le but de co-construire des politiques efficaces et atteindre plus de maturité dans l’action publique.

La métropole de Nantes, a profité de ces changements législatifs, et s’affirme comme un laboratoire d’innovation en France, en lançant entre autres, une plateforme OpenData moderne. Son utilité est vérifiée par les nombreuses propositions d’applications lancées par des développeurs. La démarche « Mieux trier à Nantes » qui aide les habitants de la métropole à développer les gestes de tri des déchets, prouve la transition engagée par la ville dans une multitude de secteurs vitaux.

Par ailleurs, la ville de Melbourne priorise l’analyse fine des indicateurs, des statistiques et des tendances urbaines pour mieux comprendre l’impact des politiques publiques engagées et disposer d’éléments probants afin de tirer les enseignements et d’ajuster un certain nombre de politiques sectorielles. L’idée est de combiner des ensembles de données pour créer de nouvelles connaissances, perspectives et applications dans un tas de domaines, à savoir les parkings, la mobilité et les objets connectés. A titre d’exemple, il est possible de procéder à une visualisation cartographique des places de stationnement disponibles pour optimiser le trafic routier et réduire en conséquence la pollution atmosphérique.

En Afrique, la ville de Casablanca passe à l’action en poursuivant la traduction opérationnelle des orientations du Schéma Directeur de Transformation Numérique (SDTN), et lance la réalisation d’une plateforme OpenData qui couvre un spectre large de services urbains en mettant l’accent sur la transversalité des acteurs pour un meilleur développement économique local. Cette plateforme qui sera sécurisée, intégrée et interopérable, va permettre de gérer tout le cycle de vie de la donnée tout en rationalisant l’exploitation en temps réel par des méthodes modernes d’analyse. Elle vise également à aider au pilotage optimal des réseaux urbains et à évaluer continuellement les réformes et stratégies multi-sectorielles mises en œuvre par les élus et responsables de la ville. L’idée est de rendre disponible des données dans des formats standardisés, aisément exploitables par des mécanismes de traitement de pointe, pour servir à terme à booster les capacités de gestion urbaine et à revivifier la croissance économique de la métropole.

L’OpenData suscite également l’intérêt dans le continent asiatique. Cette appétence se mesure par la diversité impressionnante d’applications qui y voient le jour. La capitale Taiwanaise, Taipei, à titre d’exemple, solidifie sa stratégie de libéralisation des données, qui a poussé à la conception de plusieurs solutions numériques tournés vers l’intérêt collectif, à l’instar d’une solution permettant aux distributeurs d’électricité de stocker plus efficacement l’énergie.

D’une certaine manière, la réutilisation des données collectées à l’échelle d’une ville peut servir comme un outil d’urbanisme planificateur et participatif dans le but de détecter les insuffisances territoriales et d’anticiper les futures transformations urbaines. Le but est aussi de disposer d’une meilleure lecture de la ville à travers la constitution d’une base de données et visualisation 3D pour fabriquer des maquettes numériques à l’échelle du Grand territoire. Aussi, l’ouverture des données est le fer de lance de la transition écologique et la croissance verte grâce à un pilotage fin des systèmes énergétiques de production, distribution, stockage et consommation. Les cas d’usages sont infinis. Il est possible, à travers cette ouverture, de revoir les politiques de santé publique pour une meilleure organisation des parcours de soin. Typiquement, il est faisable de géolocaliser les régions déficitaires en offres de soins à destination des seniors pour un meilleur ciblage. Quant au champ culturel, le partage des données renforce la prise en considération des évolutions des pratiques des consommateurs afin de mieux rapprocher les lieux culturels des publics et en diversifiant l’offre culturelle. D’autres initiatives se manifestent par des solutions en rapport avec la météo et d’autres critères urbains majeurs.

D’un autre côté, l’expérience significative d’ouverture des données conduite par le gouvernement mexicain pour combattre la corruption et améliorer la transparence vis-à-vis des citoyens, pourrait être dupliquée au niveau des villes en fournissant aux habitants les données relatives aux budgets locaux contenant les dépenses et recettes de fonctionnement et d’investissement pour les faire participer à l’évaluation de l’usage de leurs impôts et au renforcement de l’intégrité publique.

Plus que jamais, les données ouvertes offrent aux citoyens des ressources formidables pour proposer des produits et des services innovants. En effet, la performance et l’évaluation des dispositifs ne relève pas seulement des élus, mais concerne plus globalement, l’ensemble des forces vives locales. L’intérêt de la mise en place d’une plateforme OpenData est de démocratiser l’accès aux données en simplifiant la collecte, l’harmonisation, la visualisation interactive et la réutilisation de la donnée pour tout un chacun. Il faut se rappeler que la donnée est la matière première de l’innovation territoriale.

 

Il importe de s’équiper d’une plateforme en mesure d’engranger constamment une importante quantité de données, qui peuvent porter sur l’environnement urbain, l’usage des services publics, les développements démographiques, les nuisances sonores et pleins d’autres cas pratiques. La philosophie de l’OpenData est de déboucher sur la création d’applications concrètes pour diffuser les informations en temps réel portant sur plusieurs domaines urbains, comme l’état des transports, les stationnements, le patrimoine, l’emplacement des pistes cyclables, les zones de tri des déchets, les chantiers en cours ou sur le réaménagement d’un quartier. Néanmoins, le principe de confidentialité doit être préservé par la ville dans la mesure du possible.La confiance numérique ainsi que la cyber-sécurité sont par ailleurs deux critères absolument capitaux pour maîtriser le fonctionnement d’une plateforme OpenData sécurisée et décentralisée. Les données doivent être mises à disposition dans un format ouvert, structuré, lisible par machine, ouvert et sous licence du possédant des données. L’accès gratuit à des données brutes doit être garanti pour faciliter l’invention d’applications et servir des besoins spécifiques. L’intérêt est de pouvoir consulter et faire parler la donnée pour obtenir des représentations graphiques interprétables pour solutionner une problématique d’ordre urbain. Les collectivités de petite taille peuvent à minima mettre en place un tableau de bord communautaire pour permettre aux citoyens de suivre les actions municipales et les mesures stratégiques afin de préserver l’avantage concurrentiel de leur territoire. Il est incontestable que les retombées socio-économiques d’une communauté de transparence soient positives.

Les plateformes OpenData ont vocation à harmoniser et répartir les données en plusieurs catégories. On y trouve par exemple, les données relatives à planification urbaine, éducation, santé, sécurité et culture. Le site doit être ergonomique pour élargir le public participant. Il doit y avoir la possibilité de proposer de nouvelles données, et aussi d’en réclamer en cas de vides dans certains secteurs. Toutes les informations doivent être accessibles, en tout temps et sans limite de quantité. Autre élément important : les réglementations locales sont un facteur de transformation du processus qui devraient déboucher sur le déploiement des applications pratiques.

Les étapes phares de déploiement d’un projet OpenData est d’affiner les données partageables en définissant les cas d’usage. Ensuite, il convient de procéder à la publication des données pour des visualisations graphiques pouvant également enrichir les graphes de modules tiers dans une logique de transversalité. Il faut penser à la possibilité d’utiliser et de télécharger gratuitement les données numériques produites par la collectivité tout en respectant les conditions de la licence associée. La diversification des jeux de données est un marqueur d’efficacité du processus de l’OpenData. Les ensembles de données gagneraient à être catégorisées pour optimiser la découverte des données en fonction des affinités des uns et des autres.

L’utilisation des données à caractère public sert à muscler les politiques territoriales et identifier les fragilités particulières. Et pour fortifier cet usage, la Datascience qui est une discipline s’appuyant sur des outils mathématiques, statistiques, informatique et de visualisation des données, permet d’élaborer des modèles prédictifs probabilistes et améliorables dans la durée pour alimenter les politiques publiques. Le catalogue de données sous formes d’API pourrait être intégré par des partenaires tiers dans leurs propres applications afin de diffuser des informations géolocalisées vraiment utiles aux citoyens.

L’enjeu qui se pose aujourd’hui n’est pas uniquement technologique, mais bel et bien politique, dans la mesure où les décideurs se rendent compte des apports de la donnée dans la modernisation des services publics existants et l’invention de nouveaux services pleinement tournés vers l’évolution des modes de vie du 21ème siècle. En effet, il faut se rendre à l’évidence en considérant la data comme le carburant de la transformation des territoires.

Les grands acteurs ou les industriels des données de type GAFAM investissent le champ urbain, ce qui impacte la souveraineté des villes. Pour faire en sorte à ce que les territoires stimulent les potentialités et maîtrisent, en même temps leur destin, l’administration locale devrait ajuster la réglementation et veiller à son application par tous, sans imposer des règles trop restrictives allant à l’encontre des objectifs initiaux. Pour plus d’efficacité, l’Open Innovation soutenue par les géants du numérique, permet l’acculturation sur la démarche d’OpenData ce qui fait progresser peu à peu la qualité de la data pour assurer une meilleure circulation.

Redéfinir nos paradigmes est un gage de bonne santé de toute gouvernance. Des donneurs d’ordres aux maîtres d’usages, toutes les parties prenantes doivent s’associer dès la phase initiale pour faire de ces plateformes de véritables pôles d’agrégation et de convergences de l’économie numérique et du monde physique. Pour relever ce défi titanesque, il faut remettre à plat l’ensemble de l’organisation institutionnelle et les mécanismes de pilotage des services. Ceci permettra non seulement de revigorer la démocratie locale, mais aussi de matérialiser des opportunités business sans limite. L’utilité de l’ouverture des données dépasse la question de la transparence de la gestion municipale. L’OpenData fournit aux citoyens une variété de données liées à leur vie de tous les jours pour s’en emparer et proposer des actions correctives visant à adapter constamment leur cadre urbain. C’est une sorte de catalyseur de l’empowerment du citoyen et du financement participatif pour davantage d’inclusion dans la sphère décisionnelle. En parallèle du schéma formé de trois axes d’influence : société civile, élus politiques, administration locale, il est important de rendre les données intelligibles, accessibles et finalement bénéfiques pour tous. Il faudrait mettre l’accent sur une stratégie d’ouverture de données pertinente en se posant les bonnes questions pour cerner les enjeux et appliquer des outils statistiques appropriés, de manière à mieux comprendre les complexités d’usages et leur traduction sur le terrain. Cette approche débouchera sur la construction des « Data-Villes » gérées sur la base de critères objectifs pour garantir une administration politique et technique en parfaite harmonie avec les changements permanents au sein des unités urbaines caractérisées par une certaine mixité fonctionnelle. Finalement, la stratégie OpenData pourrait s’inscrire dans le cadre d’un « Schéma Directeur Smart Cities » pour porter une vision globale de la gestion des cités.