Elon Musk a annoncé que la start-up Neuralink, dont le but est d’élaborer un implant évolutif pouvant connecter des cerveaux humains aux ordinateurs, avait déjà commencé à implanter des puces dans des rats de laboratoire et prévoyait de tester son interface cerveau-machine sur des humains d’ici deux ans, avec l’objectif à long terme de faire « fusionner les personnes avec l’intelligence artificielle (IA) ».

Les interfaces cerveau-machine existent depuis un certain temps déjà. Quelques-uns des premiers succès de cette technologie incluent la BrainGate de la Brown University à Rhode Island, qui a été la première à permettre à une personne paralysée de contrôler un curseur d’ordinateur en 2006. Depuis lors, de nombreux groupes de recherches et entreprises, dont Synchron soutenu par le centre médical de l’université de Pittsburgh et la DARPA, travaillent sur des dispositifs similaires. Il existe deux approches de base : l’approche invasive, qui crée une interface avec un implant en contact direct avec le cerveau, ou l’approche non-invasive, généralement via des électrodes placées sur la peau (à titre d’information, cette dernière est celle utilisée par la start-up CTRL-Labs).

D’après Elon Musk, Neuralink utilisera la voie invasive. La start-up a développé une puce contenant un assortiment de près de 96 petits fils de polymère, chacun connecté à près de 32 électrodes pouvant être implantées dans le cerveau grâce à un robot et à une incision de 2 millimètres. Les fils sont fins – moins de 6 micromètres d’épaisseur – car, comme l’a fait remarquer Musk lors d’un webcast mardi soir, « si vous mettez quelque chose dans votre cerveau, vous n’allez pas vouloir quelque chose d’énorme, mais plutôt de minuscule. »

Une fois implantée, si l’on en croit Elon Musk, la puce établira une connexion sans fil avec les appareils. « C’est comme une connexion Bluetooth à votre téléphone ». Il ajoute : « Nous allons devoir garder à l’œil les mises à jour de l’App Store, pour celle-là » (rires du public). 

Elon Musk a été le cofondateur de Neuralink en 2017 et agit en qualité de PDG de la société, bien que l’étendue de son implication ne soit pas claire, étant donné qu’il est également le PDG de SpaceX et Tesla. L’autre cofondateur de l’entreprise, également président de celle-ci, Max Hodak, est titulaire d’un diplôme en ingénierie biomédicale de l’Université de Duke et est le cofondateur de deux autres entreprises, MyFit et Transcriptic. Neuralink a levé 66,27 millions de dollars de fonds de capital-risque jusqu’à présent, selon Pitchbook, qui évalue la start-up à 509,3 millions de $.

Musk et Hodak ont mentionné le potentiel pour les implants neuronaux de l’entreprise d’améliorer la vie des personnes souffrant de lésions cérébrales et autres handicaps cérébraux. Son objectif premier, après en avoir discuté avec les patients, est d’offrir la capacité de contrôler un appareil mobile.

L’objectif à long-terme est un peu plus sensationnel, et il est lié aux préoccupations souvent répétées de Musk sur les dangers de l’intelligence artificielle avancée. Il s’agit d’utiliser les puces de la start-up pour créer un « niveau tertiaire » du cerveau qui serait lié à l’intelligence artificielle. « Nous pouvons effectivement avoir l’option d’une fusion avec l’IA, » a-t-il indiqué.

« Après la résolution d’un certain nombre de problèmes liés aux maladies cérébrales, il y a l’atténuation de la menace existentielle de l’IA », a-t-il continué.  « C’est le but. »

 

En termes de progrès, l’entreprise affirme avoir élaboré une puce et un robot pour l’implanter, et qu’elle a déjà implanté la puce dans des rats. Si l’on en croit le livre blanc publié par la société (qui n’a pas encore fait l’objet d’examens par les pairs), celle-ci a pu enregistrer l’activité cérébrale des rats grâce à ses puces, et avec beaucoup plus de canaux qu’il n’en existe sur les systèmes actuels utilisés chez les humains.

Cela étant dit – et comme bien des start-up du domaine de la santé en ont fait l’expérience – il reste un long chemin à faire pour passer des rats aux humains, et ce n’est pas à la portée de tout le monde. En ce qui concerne Neuralink, les premiers essais cliniques sont prévus pour l’année prochaine, bien que Hodak ait mentionné que l’entreprise n’a pas encore débuté le processus d’autorisation de la FDA nécessaire à la conduite de ces tests.

 (Neuralink n’est pas non plus la seule entreprise à s’essayer à l’élaboration d’un implant évolutif comportant des électrodes flexibles. Une étude montrant le succès d’un dispositif comparable a été publiée cette semaine dans le Proceedings of the National Academy of Sciences).

Mais Elon Musk a bien conscience que tout un chacun ne pourra pas connecter son cerveau de sitôt. Malgré les améliorations apportées aux interfaces machine vantées par l’entreprise mardi soir, Elon Musk a prévenu le public que la plupart des avancées dont il parle auront lieu des années, voire des décennies plus tard.

 « Ce ne sera pas comme si tout à coup Neuralink allait avoir cette nouvelle interface incroyable et prendre le contrôle du cerveau des gens, » rappelle-t-il. « Cela prendra du temps, et vous le verrez arriver. Obtenir l’autorisation de la FDA pour des dispositifs implantables quels qu’ils soient est assez difficile et ce sera un long processus. »