Il n’est plus tellement question des smartphones, aujourd’hui, mis plutôt des réseaux de smartphones développés en coulisse.

Avec le CeBIT en Allemagne, le Mobile World Congress (MWC) à Barcelone est l’un des événements majeurs rythmant le calendrier technologique en Europe. En dehors de ces deux congrès, il faut se tourner vers les domaines de la sécurité, de l’éducation, ou de l’open source pour trouver des événements rassemblant autant de vendeurs. C’est ainsi que, à l’âge du mobile et du cloud omniprésents, les efforts du GMSA pour représenter l’industrie mondiale des communications mobiles produisent le MWC, qui semble devenir plus important chaque année.

Évidemment, mobile ne veut pas simplement dire téléphone portable. Aujourd’hui, le mobile c’est l’Internet des Objets (IoT, en anglais) des villes intelligentes, c’est de l’informatique embarquée partout, ce sont des logiciels spécialement conçus pour de plus petits appareils « facteurs de forme », ce sont des centres de données en cloud qui empruntent des services tirés d’Internet et d’analyses de données pour les remettre aux Intelligences Artificielles (IA) de nos propres appareils… Ce sont aussi des couches superposées de réseaux et de processus automatisés qui connectent nos machines les unes aux autres au bon endroit, avec les bonnes données, au bon moment.

Top 7 des thématiques

Vu tout ce qui sera publié au sujet des centaines d’entreprises qui rivaliseront de démonstrations devant les 100 000 visiteurs de l’événement, nous nous sommes permis d’essayer de faire ressortir les tendances et les thèmes clés abordés cette année pour avoir une idée de l’état de l’industrie des logiciels mobiles en 2018. Voici notre sélection :

  1. De l’Intelligence Artificielle partout avec du Machine Learning (ML)
  2. Mise au point de la 5G et de la LTE
  3. Internet des Objets et informatique de la périphérie (edge computing)
  4. Appellation réseau à définition logicielle (Software-Defined Network, SDN)
  5. Big Data et analyse de données
  6. Services évolués de transmission de la voix (EVS)
  7. Produits (certains lancements sont inévitables) et neutralité du net, pour conclure

Pour aller plus loin, le GMSA a dévoilé sa propre liste de thématiques intéressantes, au risque qu’elles soient (même si c’est en quelque sorte attendu) génériques. Oui, nous savons déjà que les gens parleront d’Industrie 4.0 et de « quatrième révolution industrielle ». De nombreuses discussions autour des réseaux et de comment les opérateurs de réseaux travailleront avec les nouvelles technologies, comme la virtualisation des fonctions réseau (NFZ) et l’appellation réseau à définition logicielle (SDN) sont évidemment à prévoir (ces deux procédés sont essentiels pour contrôler les réseaux avec une plus grande souplesse logicielle, opposée à des fonctions matérielles moins flexibles et établies lors de la construction).

Nous autres humains devrions être sur le devant de la scène mobile cette année. Quand on voit que « la technologie dans la société » et la réalité du « consommateur numérique » sont deux des thématiques suggérées par la GMSA, on peut espérer des commentaires assez intéressant quant à notre usage des appareils. Les cultures du monde ne devraient-elles pas être appliquées à l’Intelligence Artificielle aujourd’hui ? Peut-on faire confiance à l’IA pour traverser les frontières et parvenir aux mêmes conclusions selon qu’elle est utilisée en Occident, en Chine ou au Moyen-Orient ? Nous devrions dès à présent rechercher un niveau de développement plus nuancé et plus sophistiqué pour ces technologies, qui doit venir du développement logiciel.

L’ère des besoins non exprimés

Le GMSA a eu une déclaration assez étrange en suggérant que cette année mettrait à l’honneur « l’innovation en tant qu’application de meilleures solutions qui répondent à de nouvelles conditions et à des besoins non exprimés ». Autrement dit, nous savons ce que nous voulons, mais nous ne savons pas quand nous le voulons, comment le quantifier, comment le demander, donc nous voulons que l’IA et les données nous fournissent suffisamment de services logiciels automatisés pour en décider à notre place. Et, évidemment, nous voulons ça sur nos smartphones. Enfin, nous le voulons dès maintenant.

Mais qu’en pense l’industrie ?

Mark Foster est Vice-président de IBM Global Services. Il suggère que le mobile, la connectivité et l’accès permanent à des données partagées mondialement a ouvert de nouvelles perspectives aux entreprises. De nouveaux processus, données et systèmes du monde industriel numérique moderne sont en train de s’aligner.

« Chez IBM, nous pensons être à l’aube d’un changement de paradigme dans l’architecture des entreprises, poussé par l’application omniprésente de l’IA et des technologies cognitives au sein des processus essentiels et de l’organisation des flux de travail. Cette révolution générationnelle va pousser la vague numérique sur laquelle surfent actuellement les entreprises et les États au niveau supérieur, et transformer la façon dont les employés apportent de la valeur ajoutée et entretiennent leurs différenciations. Nous appelons cela l’ère de « l’entreprise cognitive ». Ce nouveau business model associe les données propriétaires, des plateformes technologiques uniques et une expertise de spécialiste pour permettre aux entreprises de sans cesse se réinventer et obtenir un avantage concurrentiel, finissant ainsi par gagner le temps et le soutien de leurs clients », détaille M. Foster.

Bernd Gross, Vice-président pour l’Internet des Objets et le cloud dans l’importante entreprise allemande d’analyse de données Software AG, nous donne sa vision des choses. Il nous a demandé d’estimer le nombre de capteurs présents dans un réfrigérateur intelligent. Il y aurait un capteur différent pour la température, la nourriture sur chaque étagère, les lumières, l’alimentation, etc. M. Gross explique qu’avec un système fonctionnant autour d’un cloud conçu pour répondre aux besoins de ce frigo intelligent, toutes les données doivent être envoyées vers un lieu centralisé et analysées pour déclencher une alerte ou une action. Imaginez maintenant non pas un ou même six capteurs, mais des milliards, qui envoient chacun les données mesurées vers le cloud centralisé. La bande passante et la puissance nécessaires pour faire fonctionner ce type de configuration seraient intenables. M. Gross pense donc qu’une part toujours plus importante de l’analyse va se déplacer vers la périphérie des appareils eux-mêmes, ce qu’on appelle logiquement l’espace informatique « périphérique ».

« Nous pensons que même si le modèle informatique du cloud centralisé reste le plus important aujourd’hui, la « périphérie » va devenir essentielle pour permettre la croissance de l’IoT sur le marché mondial du mobile. Nous assisterons donc à l’émergence prochaine de nouvelles technologies avant-gardistes comme les Low Power Wide Area Network (LPWAN), des réseaux étendus à faible consommation, et des analystes d’IoT périphériques. L’IoT restera en périphérie des réseaux avec une empreinte logicielle limitée. Concrètement, qu’est-ce que cela change avec notre exemple du réfrigérateur ? Tout d’abord, les capteurs sont maintenant équipés d’une empreinte logicielle pour prendre et analyser les mesures. Les seules données envoyées au cloud centralisé sont donc les résultats de ces analyses ou les alertes. Essayez maintenant d’imaginer la complexité que suppose la gestion de milliards de ces capteurs ou appareils. C’est vraiment ce sur quoi nous sommes en train de travailler », conclut M. Gross.

Après tout, c’est un monde virtuel

Sanjay Bathia est Vice-président Stratégie et solutions marketing chez Ribbon, une entreprise de communication en temps réel sécurisée née de la fusion de Sonus Networks et Genband en 2017. Il évoque une tendance importante chez les opérateurs de réseaux mobiles, et leur avancée inéluctable vers la nouvelle génération de réseaux NFV, qui repose bien moins sur des solutions matérielles personnalisées. Il explique que ces univers NFV, à définition logicielle, sont par essence des méthodes plus souples, flexibles et rentables que les fonctions cloud forcées de passer par de architectures de microservices fonctionnant sur des infrastructure matérielles. Il n’est pas étonnant que Ribbon s’y intéresse : l’entreprise a d’ores et déjà déployé commercialement des fonctions de NFV et prévoit de se positionner sur ce marché en 2018.

M. Bathia parle également en passant de nouvelles technologies mobiles comme les Services évolués de transmission de la voix (EVS). « Les nouveaux codecs premium HD d’EVS seront un énorme pas en avant en termes de qualité et de fiabilité des appels, tout en utilisant moins de bande passante, pour améliorer l’efficacité et la couverture réseau », explique-t-il.

À ce propos, Bill Bodin, Directeur de la technologie chez la plateforme de développement des applications mobiles Kony, a voulu exprimer son avis. Il est persuadé que l’IA jouera un rôle essentiel et changera nos manières de vivre et de travailler, et assure que les systèmes d’IA ont maintenant suffisamment évolué pour que les développeurs puissent mettre au point des chatbots et des applications de conversation pour n’importe quel secteur du marché mondial.

« Les principaux moteurs d’IA ont dépassé le stade des balbutiements et des simples correspondances, associant maintenant des composantes de reconnaissance vocale automatique (ASR) et de Compréhension du Langage Naturel (CLN, ou NLU en anglais) capables de convertir des discours très précis en textes et de les faire correspondre. Les Interfaces de Programmation Applicative (API, en anglais) pour ces services sont plus faciles à intégrer que jamais, et avec des appels compatibles REST (Representational State Transfer) et des envois sous format JSON (Notation en objet JavaScript), la tâche programmatique d’interprétation des résultats d’IA s’est grandement simplifiée », finit M. Bodin.

Le nouvel âge des applis de conversation mobiles

M. Bodin va plus loin en expliquant que les développeurs finiront par produire des applications mobiles pour entreprises entièrement capables de conversation, avec un certain nombre d’entre elles concentrées sur l’usage du machine learning (ML) pour rapprocher différents systèmes de stockage de données, évitant ainsi une grande partie de l’héritage des programmes et permettant à différents systèmes de dialoguer, de découvrir leurs différences syntaxiques, d’apprendre l’un de l’autre et finalement d’interagir.

« Les systèmes construits sur des règles domineront le marché une fois associés au ML et à l’IA. On ne peut plus se permettre de simplement penser « le mobile d’abord », il faut maintenant réfléchir en des termes qui permettent l’intégration de tous les canaux numériques, disponibles pour tous les appareils. Ce n’est une simple vision, c’est la réalité que nous construisons chaque jour », explique-t-il.

La fin du « bling bling »

Il existe beaucoup d’appareils une peu « bling bling », des smartphones intelligents, des casques de réalité virtuelle (VR) un peu flashys, et des montres avec écran vidéo, tous présentés au Mobile World Congress 2018. Mais la tendance n’est plus au bling bling, et cela fait presque dix ans que nous le savons.

Aujourd’hui, nous voulons en savoir plus sur ce qui se passe au niveau du réseau (à l’intérieur du cerveau du cloud, si vous voulez) et sur où nous allons appliquer toute cette intelligence pour résoudre les problèmes que nous n’avons même pas encore bien identifiés.

Les logiciels contrôlent le monde, et les logiciels mobiles en sont l’avant-garde. Veuillez donc maintenant mettre vos téléphones en mode silencieux ou en vibreur, essuyer vos écrans et vous laver les mains.