Les levées de fonds dans la FrenchTech volent de record en record et sont les signes d’un écosystème en pleine expansion. Peu visible du grand public, une dynamique interne à ces levées de fonds, s’installe dans le paysage Tech, celle du “cash out” ou autrement dit, celui du rachat partiel ou total des parts des dirigeants fondateurs et des actionnaires historiques. Une part significative des opérations 2017 de Serie B ou Serie C de la French Tech (c’est à dire des levées de fonds entre 5 et 50 millions d’euros) intègrent une tranche de Cash Out.

Si le Cash Out était un OVNI financier il y a quelques années encore, les investisseurs VC et l’ensemble des acteurs (fondateurs, actionnaires historiques, investisseurs, etc.) y voient désormais de nombreuses qualités.  

Le Cash Out est un outil potentiellement vertueux pour tous les acteurs

Pour les fondateurs, le Cash Out permet évidemment de concrétiser une partie de la valeur créée mais elle offre aussi une prise de conscience réelle sur la valeur de son entreprise si celui-ci atteint les objectifs qu’il s’est fixé et qu’il a promis à ses investisseurs. Il devient donc aussi un moyen de réaligner les attentes et les perspectives entre les fondateurs et les nouveaux investisseurs.

Pour les actionnaires historiques, c’est une voie idéale pour accéder à une liquidité rapide ; l’horizon de liquidité est pour eux un réel eujeu, en particulier pour ceux qui ont accompagné la société dès ses débuts et doivent attendre parfois au-delà de dix ans avant de réaliser leurs plus values. L’actionnaire historique qui a accompagné la société dans ses premières étapes doit aussi pouvoir concrétiser une partie de son investissement ; d’autant que, dans les jeux de gouvernance et compte tenu des dilutions successives, ses moyens d’action et de contrôle se réduisent. Celui-ci peut attendre qu’une réduction de son pouvoir au sein de la société va de pair avec une diminution de sa prise de risque.

Pour les investisseurs, il induit une baisse du prix moyen de l’investissement. C’est mathématique : le rachat de parts se réalisant avec une décote par rapport au nouveau tour de financement, généralement entre 25 % et 50 %.

Pour la société, le cash out est l’occasion de réorganiser la gouvernance et de repousser les horizons de liquidité, donnant ainsi plus de temps pour mieux se valoriser. La multiplication d’actionnaires ou membres du board étant parfois contre productif, le cash out est pour cela un bon outil pour rationaliser la gouvernance.

Enfin, d’un point de vue plus macro économique, le cash out est une manière d’augmenter les moyens financiers des entrepreneurs. En effet, suivant la théorie quantitative monétaire MV = PT (où M est la masse monétaire, V est la vélocité de la circulation de la monnaie, P est l’indice général des prix et T le nombre de transactions), les Cash Out partiels permettent de multiplier les transactions (T) et donc les fonds disponibles (M).

Cash Out, prémices de la création d’un marché secondaire dans le Venture Capital

Jusqu’ici le cash out s’est principalement limité aux historiques et fondateurs, les investisseurs VC intervenant en série B ou C étant encore hésitant à racheter les parts de leurs camarades présents dans la société dès les tours de Seed ou Serie A.

C’est pourtant un phénomène que l’on observe aux États Unis depuis les années 2000 et avec une forte accélération dans les années 2008 avec l’explosion d’un nombre de licornes, c’est à dire de start up valorisées plus d’un milliard d’euros et non cotées en bourse, où les VC des premiers tours recherches des voies de liquidité autres que l’IPO ou le M&A. Un marché secondaire du Venture Capital s’est ainsi structuré outre atlantique avec des fonds comme Industry Capital ; celui-ci ayant levé plus de 700 M$ sur ce thème en 2016. Il est probable que la France suive le même chemin, pour le bien de l’écosystème.