Les projets de ville intelligente, dite smart city, se multiplient en France depuis quelques années, à la faveur des opportunités offertes par l’IoT, l’IA ou encore la Blockchain. Pour autant, ce modèle de ville peine encore à convaincre les Français, la ville connectée arrivant en dernière position des types de ville où ils souhaitent vivre. Par Simon Marsol.

Comment l’expliquer ? Les Français ne perçoivent pas toujours l’intérêt de la smart city qui se concentre aujourd’hui sur l’optimisation de l’utilisation des infrastructures mais ne répond pas encore à leurs préoccupations quotidiennes. Tout l’enjeu est donc d’ajuster notre manière de penser la smart city en l’implémentant au plus près des besoins immédiats des citoyens, au sein des quartiers et des immeubles, et ainsi de s’orienter vers le smart building.

Ce changement d’échelle permettra de démontrer que le numérique est d’abord présent pour recréer du lien social et répondre aux nouveaux besoins des citoyens.

Remettre le citoyen au centre de la smart city

En 2018, 24 communes, métropoles et communautés d’agglomération françaises ont développé des projets de smart cities en France en créant des plateformes participatives ou open-data, Paris Data par exemple, qui adressent tant les enjeux d’équipements ou de mobilité que les enjeux d’urbanisme, de culture et de citoyenneté. Ces projets s’appuient sur la démocratisation de l’IoT, dont le chiffre d’affaires a franchi le milliard en 2017 en France (ii).

Le marché de la smart home est, quant à lui, en pleine croissance et représente 2/3 du marché français de l’IoT. Pourtant nous avons tendance à réduire ces objets connectés à un simple agrégat isolé de la technologie lorsque nous devrions les envisager comme une plateforme de services globale aux multiples usages. Il faut donc aller au-delà de la simple optimisation des infrastructures que permet la smart city.

En effet, ce n’est qu’une première étape et il est également indispensable de penser aux bénéfices immédiats et concrets qu’elle pourrait apporter aux citoyens. L’idée serait donc de définir ces services centrés sur l’expérience du citoyen, au-delà des bénéfices économiques attendus, et de développer ainsi des usages inédits grâce aux nouvelles technologies. Avant toute chose, il convient donc d’envisager ces nouvelles technologies sous le prisme de l’expérience et de l’usage des citoyens.

Répondre aux besoins actuels et futurs des citoyens grâce au smart building

La gestion intelligente des immeubles se développe en France, notamment dans les grandes villes, mais reste circonscrite aux immeubles de bureau qui bénéficient de travaux de rénovations plus régulièrement que les immeubles d’habitation.

A l’instar de la smart city, le smart building peut favoriser l’optimisation de la consommation de ressources individuelles en favorisant les prises de conscience. Les nouvelles technologies permettraient en effet d’aider à mieux gérer les systèmes de Gestion Technique de Bâtiment ou GTB comme les alarmes, l’éclairage, la vidéosurveillance ou encore les contrôles d’accès, ainsi que les consommations d’énergie avec l’optimisation du chauffage collectif par exemple.

Le smart building peut également permettre de recréer du lien social, en facilitant l’entraide dans les lieux de vie communs et en luttant contre l’isolement des personnes vulnérables grâce aux services numériques. Il permet également de rapprocher les citoyens des services qu’ils recherchent. Une conciergerie repensée et numérisée pourrait proposer des services de proximité, comme les livraisons de l’immeuble ou la mutualisation des achats du quotidien des habitants par exemple.

Il pourrait également s’agir de repenser certains espaces associés au numérique afin de mutualiser les ressources pour créer des espaces partagés et vivants destinés entre autres au coworking ou à l’organisation d’événements. D’ailleurs, certaines civic-techs et start-up proposent de plus en plus de services même s’ils sont encore peu répandus.

 

Lever les derniers freins

La construction de ces immeubles augmentés nécessite d’animer un écosystème complexe d’acteurs. Pour réussir le pari, il faut associer à la fois architectes, promoteurs, acteurs du numérique et pouvoirs publics. L’enjeu majeur est de réussir à tirer parti de cette tendance émergente pour créer une dynamique de collaboration entre les différentes parties prenantes qui ne sont pas forcément habituées à collaborer ensemble. Initier cette dynamique deviendrait possible en favorisant des politiques publiques dédiées à l’aménagement de ces espaces.

Il s’agit également de définir le modèle économique pertinent. En effet, les améliorations des immeubles d’habitation sont financées par les habitants eux-mêmes au contraire des immeubles de bureaux gérés par des promoteurs. En revanche, certaines évolutions comme l’installation de la fibre optique ont été prises en charge par les opérateurs ce qui prouve que des modèles économiques alternatifs sont envisageables.

Il reste ensuite à statuer sur certains enjeux juridiques concernant l’utilisation des données collectées par ces immeubles intelligents ou sur les garanties apportées à l’ensemble des équipements de ces nouveaux immeubles par rapport aux garanties décennales traditionnelles. La clé de la réussite des projets de smart building réside donc dans la coordination des savoir-faire, des technologies et du droit.

 

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Par Simon Marsol, Directeur “Excellence IT secteur public” chez Sopra Steria Next

 

(i) http://lobsoco.com/lobservatoire-des-usages-emergents-de-la-ville/
(ii) https://www.gfk.com/fr/insights/press-release/iot-plus-de-5-millions-de-produits-achetes-et-1-milliard-eur-de-revenu-genere-en-2017/