La société “spatiale” Vector Space Systems a réussi le lancement de la fusée Vector-R pour la première fois mercredi. Cette start-up, fondée par des ingénieurs issus d’entreprises américaines majeures de l’astronautique et du vol spatial, comme Space X ou Virgin et Boeing, s’attaque à des petites startup du satellite en offrant des prix aussi modiques que la somme de 1.3 million d’euros par lancement. Cela permet de mettre des satellites en orbite au moins une fois par semaine. Un coût aussi bas et une telle flexibilité sont des critères importants pour cette branche en plein essor de l’industrie spatiale.

Ce lancement réussi est donc plus qu’un cap pour l’entreprise – c’est un cap pour l’industrie elle-même. Il y a par ailleurs un certain nombre d’entreprises qui cherchent à faire leur place dans l’étroit marché spatial, y compris l’entreprise Virgin Orbit, et Rocket Lab, basée à Los Angeles. Toutefois, pas une seule de ces entreprises n’avait eu de lancement réussi jusqu’à cette semaine.
“Le lancement probant réalisé par Vector Space Systems peut encourager les clients et investisseurs potentiels à avoir plus confiance en l’industrie spatiale,” remarque Bill Ostrove, un analyste dans le secteur. “Cela dit, chaque entreprise devra faire ses preuves afin de continuer à obtenir des contrats.”


C’est en Avril 2016 que la société Vector Space System a été fondée, par Jim Cantrell, John Garvey, Ken Sunshine et Eric Besnard. Entre les subventions gouvernementales et les fonds du capital-risque, l’entreprise a collecté jusqu’à présent un peu moins de 10 millions d’euros pour développer ses fusées, espérant pouvoir procéder au lancement des fusées plusieurs fois par semaine (comparé aux entreprises spatiales traditionnelles, qui visent environ un lancement par mois). Sa cible est le petit marché des satellites, en plein essor, qui profite de la technologie pour construire des satellites de plus en plus petits, ce qui revient à un coût de construction bien moins élevé que les satellites traditionnels.

Ce regain d’intérêt pour les petits satellites, toutefois, vient du fait que les fusées d’aujourd’hui sont construites de manière à supporter de bien plus lourdes charges utiles. Ce qui signifie que les coût des lancements est élevé – 54 millions d’euros ou plus – forçant ainsi les petites entreprises de satellites à être des passagers secondaires: être à bord d’un satellite bien plus gros, ou s’envoler pour aller apporter des fournitures aux astronautes de la Station Spatiale Internationale (SSI), d’où ils repartent au moyen du satellite de la SSI, en fonction des possibilités du calendrier des astronautes.

Dans les deux cas, cela signifie que les entreprises de satellite doivent souvent patienter des mois voire des années pour que leurs produits partent en orbite, puisqu’elles sont liées aux plannings des entreprises spatiales traditionnelles. Et bien que les coûts de Vector Space Systems soient un peu plus élevés que les prix actuels (le coût des charges utiles secondaires peut s’élever à seulement quelques centaines de milliers d’euros), son intérêt pour le marché des petits satellites permet bien plus de flexibilité. Puisque Vector prévoit de faire des lancements plus de 100 fois par an, les entreprises de satellites peuvent envoyer leurs charges utiles en orbite bien plus tôt.

Pour les fondateurs de Vector, il y a cependant plus en jeu que la simple réponse aux besoins d’un marché. Ils ont un véritable intérêt pour l’industrie du satellite.
“Il y a des aspects attrayants dans ce pan du marché,” m’a confié le PDG de Vector l’été dernier. “Dès que l’on peut faire des choses avec les petits satellites, le tout revient moins cher. Ce qui permet de trouver de l’argent pour prendre de plus grands risques. Au bout du compte, ça permet d’être plus innovant et plus audacieux dans le concept du business et son application.”

Vector avance rapidement comparé à bien d’autres de ses concurents. Son premier test d’engin réussi a eu lieu l’année dernière, en décembre, de même que les permis dont l’entreprise avait besoin pour construire son usine de fusées en Arizona. Le mois dernier, l’entreprise a annoncé un partenariat avec Citrix Systems, une multinationale américaine, en vue de construire des machines virtuelles qui serviront de platforme pour GalacticOS, un système d’exploitation développé par Vector afin de faire office de plateforme pour les logiciels pour satellite.

Si Vector parvient à encourager les entreprises de satellite à utiliser la plateforme, “des opportunités de lancements émergeront pour la branche fusée de l’entreprise.”
Après son dernier lancement réussi, l’entreprise espère garder la cadence. Elle travaille au développement du Vector-R, qui a été lancé aujourd’hui et peut supporter jusqu’à 60 kg de charges utiles, et au développement du Vector-H, qui peut en supporter jusqu’à 125 kg. Les coûts des lancements varient entre 1.3 et 3.1 millions d’euros.

Les lancements des Vector-R et Vector-H sont respectivement prévus pour débuter en 2018 pour l’un, et en 2019 pour l’autre.